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16/02/2016

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Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila)

Le château intérieur - Guide de lecture / extrait

par Tomas Alvarez, ocd 

Introduction aux 46 extraits de l'oeuvre / à suivre

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Ordre d’écrire

Le Livre des Demeures ou le Château intérieur de sainte Thérèse est couramment considéré comme le meilleur. Plus qu’une histoire, ce livre est une biographie, plus encore, une autobiographie. Dans son dialogue avec Gratien, alors qu’ils parlent du Livre de la Vie, celui-ci dit à la Sainte: Notez ce dont vous vous souvenez, ajoutez-y d’autres idées et faites un nouveau livre, sans nommer la personne en qui ces choses se sont passées. 

Cet autre livre fut le Château intérieur. L’auteur elle-même, satisfaite de son œuvre, donne sa préférence à celui-ci plutôt qu’à l’autre: aux Demeures plutôt qu’à la Vie. En termes de joaillerie, et bien que pour elle la Vie soit un bijou, le deuxième (le Château intérieur) est plus précieux, avec plus de délicates parures et de labeurs. Dit d’une autre manière et par elle-même: Cet autre joyau est bien supérieur, il me semble, au premier quoique le frère Domingo Bañez dise qu’il n’est pas bon; au moins, j’avais plus d’expérience que lorsque je l’écrivis. L’ordre d’écrire les Demeures lui vint de trois côtés: du père Gratien, du docteur Velazquez et du grand verrier: Jésus-Christ qui était par ailleurs son livre vivant.

Epoque de rédaction, autographe, destinataires

L’heure de la première pierre et celle de la dernière, c’est elle-même qui nous les révèle: Je commence donc à exécuter ce qu’elle me prescrit (l’obéissance), aujourd’hui, fête de la très sainte Trinité de l’année 1577, en ce monastère de Saint-Joseph du Carmel de Tolède, où je me trouve actuellement. Ceci se trouve dans le prologue. Et dans la conclusion du livre: Cet écrit a été achevé au monastère de Saint-Joseph d’Avila, l’année 1577, la veille de saint André (29 novembre), pour la gloire de Dieu, qui vit et règne dans tous les siècles. Amen.  

En tout, six mois moins deux jours entre le moment où elle a commencé à écrire et celui où elle termine. Le livre achevé, elle regarde pour bien employée la peine qu’il m’a coûtée, peine d’ailleurs bien légèreLes premières destinataires sont ses moniales, comme elle le dit dans cette sorte de dédicace: JHS. Ce traité, intitulé le Château intérieur, a été écrit par Thérèse de Jésus, religieuse de Notre-Dame du Mont-Carmel, pour ses sœurs et ses filles, les religieuses carmélites déchaussées.

Tout fidèle chrétien, candidat à la sainteté depuis son baptême et par lui, est également destinataire de l’œuvre.

Visite du Château

C’est l’auteur elle-même qui va nous guider à partir d’une de ses confessions faites à la hâte. La plume à la main, elle cherche comment elle pourra commencer à écrire: Voici ce qui s’est présenté à mon esprit. J’en ferai le fondement de ce que je vais dire. Nous pouvons considérer notre âme comme un château, fait d’un seul diamant ou d’un cristal parfaitement limpide, et dans lequel il y a beaucoup d’appartements, comme dans le ciel il y a bien des demeures (Jn 14, 2). Et en effet; mes sœurs, si nous y réfléchissons bien, l’âme du juste n’est autre chose qu’un paradis où le Seigneur, comme Il nous l’assure Lui-même, prend ses délices (Pr 8, 31). 

Déjà à partir d’ici, sans aucune complication, nous comprenons ce qu’est, ou mieux, qui est pour elle le château intérieur: la personne humaine, et nous voyons comment celle-ci se laisse éclairer par les deux textes bibliques de Jean et des Proverbes. Thérèse divise le livre du Château en sept demeures, mais elle-même avertit: Ne vous représentez pas ici quelques appartements seulement, mais une infinité. Et plus clairement: Je n’ai parlé que de sept demeures, mais chacune d’elles en renferme un grand nombre d’autres, en bas, en haut, sur les côtés. 

Indépendamment de la compréhension du château dans lequel on rencontre, on voit, on peut visiter et parcourir divers appartements, chambres, pièces, demeures, il faut toujours se souvenir que c’est l’âme qui possède en soi-même les diverses ou différentes demeures, qui les porte avec elle. Le château est l’âme considérée comme répartie en sept demeures, sans préjudice du fait que ces sept demeures se multiplient en soixante-dix fois sept, c’est-à-dire en innombrables demeures.

Le parcours du château est rendu facile et plaisant grâce à la main de l’auteur. Après avoir lu lentement le prologue, le lecteur se laisse conduire par les titres des 27 chapitres que contient le livre. La Sainte possède une habilité singulière pour résumer dans ces épigraphes ce qu’elle veut dire. Bien plus, comme il semble certain que les titres ont été écrits après la rédaction du texte, l’habilité de l’auteur à synthétiser et à clarifier en est doublée. La lecture des 27 chapitres terminée, le lecteur portera son attention sur la conclusion, où la Madre expose une fois de plus des critères de vie et de lecture qu’elle a semés tout au long du livre.

Le thème ou, pour mieux dire, la réalité de l’oraison est présent dans tout le Château comme fil conducteur. Quelqu’un, en France, a écrit il y a longtemps, bien que ce ne fût pas à propos de la doctrine thérésienne: L’oraison est la première chose de tout. Ce n’est pas l’essentiel: l’essentiel, c’est la charité qui résume en elle-même la perfection, Dieu même. Mais l’oraison est la première chose.

C’est pour cela que José Vicente Rodriguez a écrit avec raison : Partant de la réalité de la grâce et de l’amour, qui font que l’âme est agréable à Dieu, qu’elle est le paradis où il prend ses délices (Premières Demeures), les demeures se forment sur le fondement de l’amour; elles deviendront les divers degrés d’amour de l’âme, puisque l’avancement de l’âme ne consiste pas à penser beaucoup mais à aimer beaucoup (Fondations) et aussi que pour monter à ces Demeures qui sont l’objet de nos désirs, l’essentiel n’est pas de penser beaucoup mais d’aimer beaucoup (Quatrièmes Demeures). Cet amour n’exclut pas mais inclut d’autres activités, d’autres pratiques, et nous tendrons ainsi à ce que l’âme établie dans l’amour s’emploie, par exemple, dans la connaissance de soi et dans la pratique de l’humilité, et nous aurons les premières demeures.

Pour comprendre pleinement comment la Sainte transmet toute sa charge doctrinale, il est conseillé de lire attentivement le dernier chapitre du livre: les Septièmes Demeures. La Madre y donne l’impression de vouloir se poser sur les fondements les plus solides de la vie chrétienne: l’amour fraternel et la configuration au Christ. Le Château intérieur est, sans doute, un splendide manuel de sainteté.

Pour conclure

Dans les Sixièmes Demeures, la Sainte nous surprend par l’identité et, en même temps, par la diversité qu’elle signale dans ce passage: Représentons-nous Dieu comme une demeure, un palais, d’une grandeur et d’une beauté admirables. Ce palais, je le répète, c’est Dieu même. En prolongeant ces paroles, on arrive immédiatement à ceci: Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mt 5, 48). Nous dirions ici: soyez de beaux châteaux comme l’est votre Père céleste.

Le fameux Catéchisme hollandais présente ainsi aux croyants d’aujourd’hui cette œuvre thérésienne: Sainte Thérèse écrivit un livre dans lequel l’âme est représentée par un Château de sept demeures. Demeure après demeure, on arrive à la septième où habite Dieu, c’est-à-dire le Christ. Sa présence est perçue dans tout le Château, mais lorsque l’âme arrive au centre, immergée dans la réalité même, elle se sent toute envahie par le paisible sentiment que Dieu est en elle. L’âme vit dans la réalité terrestre qui se présente magnifique à ses yeux car elle comprend que Dieu est le cœur ineffable de toute réalité. 

Tomas Alvarez, Introduction aux oeuvres de Thérèse d'Avila, vol. 4: Le Château intérieur ou Les Demeures (carmel.asso.fr)

image: Gian Lorenzo Bernini, Estasi di Santa Teresa / Chiesa di Santa Maria della Vittoria, Roma - Italia (artspecialday.com)

15/02/2016

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Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila)

Le château intérieur - I. Premières Demeures - I

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres 

Nous pouvons considérer notre âme comme un château, fait d'un seul diamant ou d'un cristal parfaitement limpide, et dans lequel il y a beaucoup d'appartements, comme dans le ciel il y a bien des demeures. Et en effet, si nous y réfléchissons bien, l'âme du juste n'est autre chose qu'un paradis, où le Seigneur, comme Il nous l'assure Lui-même, prend ses délices. Mais que penser, je vous le demande, de l'appartement où un Roi si puissant, si sage, si pur, si riche de tous biens, prend plaisir à résider? Pour moi, je ne vois rien à quoi l'on puisse comparer l'excellente beauté d'une âme et son immense capacité. Non, en vérité, quelque pénétration qu'aient nos esprits, ils sont aussi impuissants à s'en faire une idée juste qu'à se représenter Dieu, car c'est à Son image et à Sa ressemblance, Il l'affirme Lui-même, que nous avons été créés. 

Si cela est vrai, comme l'on ne peut pas en douter, ne nous fatiguons pas à vouloir saisir la beauté de ce château. Sans doute, il est créé et, par-là même, il y a entre lui et Dieu toute la distance qui sépare le Créateur de la créature, mais il suffit que l'âme, comme sa Majesté nous l'assure, soit faite à Son image, pour que nous concevions quelque chose de son excellence et de sa beauté.

Thérèse d'Avila, Le château intérieur, dans: Oeuvres complètes (Cerf, 1995)

image: Gian Lorenzo Bernini, Estasi di Santa Teresa / Chiesa di Santa Maria della Vittoria, Roma - Italia (artspecialday.com)

14/02/2016

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Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila)

Le château intérieur - II. Premières Demeures - II

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Avant d'aller plus loin, je veux vous faire voir le spectacle qu'offre ce château si resplendissant et si beau, cette perle orientale, cet arbre de vie planté au milieu même des eaux vives de la vie, qui est Dieu, cette âme, en un mot, lorsqu'elle tombe dans un péché mortel. Il n'est pas de ténèbres plus épaisses, rien qui approche de cette obscurité et de cette noirceur. N'en cherchez pas d'autre cause que celle-ci: ce même Soleil qui lui donnait tant de splendeur et de beauté, bien qu'il soit au centre de cette âme. y est comme s'il n'y était pas, en ce sens qu'elle ne participe plus à sa lumière, elle est pourtant aussi apte à jouir de la divine Majesté que le cristal à réfléchir la splendeur du soleil.

En cet état de péché mortel, rien ne lui profite et toutes ses bonnes oeuvres sont stériles quant à l'acquisition de la gloire. Et, en effet, ce qui ne procède plus du principe qui fait que notre vertu est vertu - je veux dire de Dieu -, ce qui s'accomplit dans l'actuelle séparation de Lui, ne peut être agréable à Ses yeux. Aussi bien, l'intention de celui qui commet le péché mortel n'est-elle pas de contenter Dieu, mais de faire plaisir au démon. Or, ce dernier étant les ténèbres mêmes, la pauvre âme devient avec lui une seule et même obscurité.

Thérèse d'Avila, Le château intérieur, dans: Oeuvres complètes (Cerf, 1995)

image: Gian Lorenzo Bernini, Estasi di Santa Teresa / Chiesa di Santa Maria della Vittoria, Roma - Italia (artspecialday.com)

13/02/2016

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Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila)

Le château intérieur - III. Premières Demeures - III

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Je connais une personne à laquelle Notre-Seigneur voulut bien montrer l'état où se trouvait une âme qui a péché mortellement. Elle assure que si l'on comprenait ce que c'est, nul ne se résoudrait à pécher, faudrait-il, pour en fuir les occasions, s'exposer aux plus grandes peines que l'on puisse imaginer. De là, pour elle, un immense désir de voir tout le monde comprendre cette vérité. Puisse cela vous exciter à prier Dieu avec ardeur pour ceux qui se trouvent en pareil état et qui ne sont plus qu'obscurité, eux et leurs oeuvres!

D'une source parfaitement claire, il ne sort que des ruisseaux également limpides: ainsi en est-il d'une âme en état de grâce. Ses oeuvres sont souverainement agréables aux yeux de Dieu et des hommes, parce qu'elles procèdent de cette source de vie où l'âme se trouve placée, semblable à un arbre planté au milieu des eaux et qui n'aurait sans elles ni fraîcheur ni fécondité, parce qu'il y puise sa nourriture, sa verdeur et l'excellence de ses fruits. Quand une âme, au contraire, s'est éloignée par sa faute de cette source de vie et qu'elle s'est fixée en une autre aux ondes extrêmement noires et fétides, tout ce qui s'en échappe n'est plus qu'abomination et souillure.

Thérèse d'Avila, Le château intérieur, dans: Oeuvres complètes (Cerf, 1995)

image: Gian Lorenzo Bernini, Estasi di Santa Teresa / Chiesa di Santa Maria della Vittoria, Roma - Italia (artspecialday.com)

12/02/2016

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Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila)

Le château intérieur - IV. Premières Demeures - IV

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L'humilité est semblable à l'abeille, qui travaille sans relâche à l'intérieur de la ruche à miel, sans quoi, tout serait perdu. Mais considérez l'abeille: elle ne cesse pas de sortir et de prendre son vol pour aller butiner sur les fleurs. Que l'âme appliquée à la connaissance de soi fasse de même. Si elle veut m'en croire, elle prendra de temps en temps l'essor pour considérer la grandeur et la majesté de son Dieu. Là, bien mieux qu'en elle-même, elle découvrira sa propre bassesse et sera moins importunée par les reptiles qui ont leur entrée dans les premières pièces du château, celles où l'on s'exerce à la connaissance de soi.

Je le répète, Dieu lui fait une grande grâce en l'appliquant à cette connaissance, mais enfin, le plus vaut bien le moins, comme l'on dit. Croyez-moi, nous ferons de bien meilleure vertu en nous attachant à la vertu de Dieu, qu'en nous collant à notre limon.

Thérèse d'Avila, Le château intérieur, dans: Oeuvres complètes (Cerf, 1995)

image: Gian Lorenzo Bernini, Estasi di Santa Teresa / Chiesa di Santa Maria della Vittoria, Roma - Italia (artspecialday.com)

11/02/2016

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Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila)

Le château intérieur - V. Secondes Demeures - I

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres 

La persévérance est ici ce qu'il y a de plus nécessaire; avec elle, on ne manque jamais de gagner beaucoup. Mais ils sont terribles, les combats que sous mille formes différentes les démons livrent à l'âme, et cette dernière en souffre beaucoup plus que dans la Demeure précédente. Là elle était muette et sourde, ou du moins elle entendait peu, et elle résistait moins encore, semblable à une personne qui a presque perdu l'espoir de vaincre. Ici, son esprit est plus vif, et ses puissances plus vigoureuses. D'un autre côté, les coups et les décharges de l'ennemi sont d'une telle violence qu'elle ne peut faire autrement que de les entendre. Les démons lui représentent alors les biens de ce monde, qui sont ces couleuvres dont j'ai parlé; ils lui dépeignent ses plaisirs en quelque sorte comme éternels; ils lui rappellent l'estime dont elle est l'objet, l'affection de ses amis et de ses parents, sa santé qu'elle va compromettre par les pratiques de pénitence, car en pénétrant dans cette Demeure, l'âme sent toujours le désir d'en embrasser quelques-unes; enfin, ils lui objectent mille autres difficultés.

O Jésus! quel tapage ne font pas ici les démons, et quelle n'est pas l'affliction de la pauvre âme! Elle ne sait si elle doit passer outre ou retourner à la première Demeure, car, d'autre part, la raison lui montre que c'est folie d'attribuer la moindre valeur à tous ces avantages mis en regard de ceux qu'elle ambitionne. La foi lui enseigne de quel côté se trouve son véritable intérêt. La mémoire lui représente où vont aboutir tous ces faux biens: elle lui remet sous les yeux la mort de plusieurs personnes de sa connaissance qui en avaient joui avec abondance; elle lui rappelle comment pour quelques-unes cette mort a été subite, et dans quel rapide et universel oubli elles sont tombées. Elle lui rappelle en particulier que plusieurs de ceux qu'elle a connus au comble de la prospérité ont été ensuite foulés aux pieds par les passants, qu'elle-même a souvent traversé le lieu de leur sépulture...

En même temps, sa volonté incline à aimer Celui en qui elle découvre tant d'amabilités, et dont elle a reçu de si nombreux témoignages d'amour qu'elle voudrait payer de retour en quelque chose. Surtout, elle est touchée de cette pensée que ce véritable Amant ne la quitte jamais, que toujours Il l'accompagne, lui donnant l'être et la vie.

Thérèse d'Avila, Le château intérieur, dans: Oeuvres complètes (Cerf, 1995)

image: Gian Lorenzo Bernini, Estasi di Santa Teresa / Chiesa di Santa Maria della Vittoria, Roma - Italia (artspecialday.com)

10/02/2016

Entrer dans... Le château intérieur - 6

Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila)

Le château intérieur - VI. Secondes Demeures - II

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Vous direz peut-être que pour ce qui est des épreuves extérieures, vous êtes toutes prêtes à les endurer, pourvu que Dieu vous console intérieurement. Sa Majesté sait mieux que nous ce qui nous convient, nous n'avons pas à Lui donner de conseil sur les dons à nous faire. Nous pourrions L'entendre nous dire à bon droit que nous ne savons pas ce que nous demandons. L'unique ambition de celui qui commence à faire oraison - n'oubliez pas cela, c'est très important - doit être de travailler avec courage à rendre sa volonté conforme à celle de Dieu, de prendre toutes les résolutions, tous les moyens nécessaires pour y arriver.

Du reste, soyez-en très certaines: en cela consiste toute entière la perfection la plus haute que l'on puisse atteindre dans le chemin spirituel. Plus cette conformité est parfaite, plus on reçoit du Seigneur, et plus on est avancé sur ce chemin. Ne vous imaginez pas qu'il y ait là des mystères, des choses inconnues ou inouïes; non, tout notre bien est dans cette conformité. Mais si nous faions fausse route dès les premiers pas, en voulant que le Seigneur fasse notre volonté et qu'Il nous conduise comme bon nous semble, quelle solidité peut avoir notre édifice? Faisons ce qui est en notre pouvoir et tâchons de nous défendre des bêtes venimeuses. Souvent le Seigneur veut que les mauvaises pensées nous poursuivent et nous tourmentent, sans que nous puissions nous en défaire, ou bien ce sont des sécheresses. Quelquefois même, Il permet que nous soyons mordus, pour nous apprendre à mieux nous défendre et pour éprouver si nous avons un vif regret de L'avoir offensé.

Si donc il vous arrive de tomber, ne perdez pas courage, mais avancez toujours. Dieu saura tirer le bien de votre chute même. 

Thérèse d'Avila, Le château intérieur, dans: Oeuvres complètes (Cerf, 1995)

image: Gian Lorenzo Bernini, Estasi di Santa Teresa / Chiesa di Santa Maria della Vittoria, Roma - Italia (artspecialday.com)

09/02/2016

Entrer dans... Le château intérieur - 7

Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila) 

Le château intérieur - VII. Troisièmes Demeures - I

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Le Seigneur n'a pas accordé une petite faveur - à ces âmes qui sont entrées dans les Troisièmes Demeures -, en leur faisant franchir les premières difficultés, il leur en fait une très grande, au contraire. Par la divine bonté ces âmes sont, je crois, nombreuses dans le monde. Elles ont un grand désir de ne pas offenser la divine Majesté; elles évitent même les péchés véniels; elles aiment la pénitence: elles ont leurs heures de recueillement; elles emploient utilement le temps; elles s'exercent dans les oeuvres de charité envers le prochain. Tout est bien réglé en elles: leurs paroles, leurs habits, le gouvernement de leur maison, et elles en ont une à conduire. Certes, c'est là un état digne d'envie, et rien, semble-t-il, ne peut empêcher ces âmes de pénétrer jusqu'à la dernière Demeure. Effectivement, si elles le veulent, le Seigneur ne leur en refusera pas l'entrée, car leur disposition est excellente et bien propre à leur attirer toute Sa faveur.

Thérèse d'Avila, Le château intérieur, dans: Oeuvres complètes (Cerf, 1995)

image: Gian Lorenzo Bernini, Estasi di Santa Teresa / Chiesa di Santa Maria della Vittoria, Roma - Italia (artspecialday.com)