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10/08/2017

Chemins de traverse - 609 / François Mauriac

François Mauriac

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Je me rappelle ce dégel de tout mon être sous ton regard, ces émotions jaillissantes, ces sources délivrées. Les gestes les plus ordinaires de tendresse, une main serrée, une fleur gardée dans un livre, tout m'était nouveau, tout m'enchantait.

François Mauriac, Le noeud de vipères, dans: Oeuvres romanesques (coll. Pochothèque/LGF, 1992)

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04/08/2017

Chemins de traverse - 343 / Nikos Kazantzaki

Nikos Kazantzaki

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Par l'étroite lucarne du sanctuaire, on apercevait de la verdure. C'était le petit jardin de l'église. Le romarin et le chèvrefeuille embaumaient.

- Sortons dans le jardin, dit François. Ici, on étouffe.

Mais, au moment où nous allions franchir la porte, des soupirs, des halètements et des bruissements de soie ou d'ailes s'élèvent de derrière l'autel. François me saisit le bras.

- Tu entends? Il me semble...

Aussitôt, trois jeunes filles, vêtues de blanc, surgissent de leur cachette, passent devant nous comme des flèches et s'élancent dans le jardin en poussant des petits cris. Là, elles éclatèrent d'un rire moqueur comme si elles avaient deviné notre frayeur. François se précipita dans la cour et je l'y suivis.

Elles ne paraissaient nullement effarouchées, mais la plus grande rougit jusqu'aux oreilles à la vue de François. Ce dernier, appuyé au montant de la porte, essuyait son visage couvert de sueur. La jeune fille s'approcha de lui, de plus en plus, excitée et souriante. Une branche d'olivier chargée de fruits couronnait son front. François fit un pas en arrière comme s'il avait peur.

- Tu la connais? lui demandai-je tout bas.

- Tais-toi, répondit-il en pâlissant.

La fillette s'enhardit:

- Messire François, dit-elle, railleuse, vous êtes le bienvenu dans notre humble demeure.

François la regardait. Il ne répondait pas, mais son menton tremblait.

- Tu te trouves dans la maison de Saint Damien, répondis-je moi-même pour couvrir le silence de François. Depuis quand l'occupez-vous, toi et tes compagnes?

Les deux autres jouvencelles, un peu plus jeunes, treize ou quatorze ans, se rapprochèrent doucement, la main devant la bouche pour étouffer leurs rires.

- Depuis ce matin, répondit la jeune fille. Nous comptons rester toute la journée. Voici ma soeur Agnès et notre petite voisine Ermelinde. Nous avons apporté un panier plein de provisions et de fruits.

Elle se tourna de nouveau vers François.

- Si cela peut faire plaisir à Messire François, nous l'invitons à déjeuner. Puisqu'il est venu chez nous, nous le recevrons en ami.

- Claire, fit François très doucement. Je te souhaite le bonjour.

Nikos Kazantzaki, Le pauvre d'Assise (Plon, 1957)

image: San Damiano, Assisi (tripadvisor.it)

31/07/2017

Chemins de traverse - 603 / Honoré de Balzac

Honoré de Balzac 

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Dans les pays dévorés par le sentiment d'insubordination sociale caché sous le mot égalité, tout triomphe est un de ces miracles qui ne va pas, comme certains miracles d'ailleurs, sans la coopération d'adroits machinistes. Sur dix ovations obtenues par des hommes vivants et décernées au sein de la patrie, il y en a neuf dont les causes sont étrangères au glorieux couronné.

Honoré de Balzac, Illusions perdues (coll. Folio/Gallimard, 2013) 

image: Honoré Daumier, L'émeute (contrepoints.org)

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29/07/2017

Chemins de traverse - 602 / Siri Hustvedt

Siri Hustvedt

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Certains d'entre nous sont destinés à vivre dans une case dont il n'est de libération que temporaire. Nous autres aux esprits endigués, aux sentiments entravés, aux coeurs arrêtés et aux pensées réprimées, nous qui aspirons à exploser, à déborder en un torrent de rage ou de joie ou même de folie, nous n'avons nulle part où aller, nulle part au monde parce que nul ne veut de nous tels que nous sommes, et il n'y a rien d'autre à faire qu'embrasser les plaisirs secrets de nos sublimations, l'arc d'une phrase, le baiser d'une rime, l'image qui prend forme sur le papier ou la toile, la cantate intérieure, la broderie cloîtrée, le travail d'aiguille sombre ou rêveur venu de l'enfer ou du ciel ou du purgatoire ou d'aucun des trois, mais il faut que viennent de nous quelque bruit ou quelque fureur, quelques éclats de cymbales dans le vide.

Siri Hustvedt, Un été sans les hommes (Actes Sud, 2011)

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28/07/2017

Chemins de traverse - 601 / Jean Giono

Jean Giono

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Subitement il fit très froid. Antonio sentit que sa lèvre gelait. Il renifla. Le vent sonna plus profond; sa voix s’abaissait puis montait. Des arbres parlèrent; au-dessus des arbres le vent passa en ronflant sourdement. Il y avait des moments de grand silence, puis les chênes parlaient, puis les saules, puis les aulnes; les peupliers sifflaient de gauche et de droite comme des queues de chevaux, puis tout d’un coup ils se taisaient tous. Alors, la nuit gémissait tout doucement au fond du silence. Il faisait un froid serré. Sur tout le pourtour des montagnes, le ciel se déchira. Le dôme de nuit monta en haut du ciel avec trois étoiles grosses comme des yeux de chat et toutes clignotantes.

Jean Giono, Le chant du monde (coll. Folio/Gallimard, 2000)

image: Le Coulomp, Haute Provence / France (tourisme-alpes-haute-provence.com)

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08/07/2017

Chemins de traverse - 590 / Jean Giono

Jean Giono

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Ils avaient dépassé le quartier du silence et d'ici on entendait la nuit vivante de la forêt. Ça venait et ça touchait l'oreille comme un doigt froid. C'était un long souffle sourd, un bruit de gorge, un bruit profond, un long chant monotone dans une bouche ouverte. Ça tenait la largeur de toutes les collines couvertes d'arbres. C'était dans le ciel et sur la terre comme la pluie, ça venait de tous les côtés à la fois et lentement ça se balançait comme une lourde vague en ronflant dans le corridor des vallons.

Jean Giono, Le chant du monde (coll. Folio/Gallimard, 2000)

image: Jean Giono - Album de la Pléiade/Gallimard (jeangiono.blogspot.ch)

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03/06/2017

Chemins de traverse - 572 / Colette

Colette

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Demain, je surprendrai l’aube rouge sur les tamaris mouillés de rosée saline, sur les faux bambous qui retiennent, à la pointe de chaque lance bleue, une perle… Le chemin de côte qui remonte de la nuit, de la brume et de la mer… Et puis, le bain, le travail, le repos… Comme tout pourrait être simple… Aurais-je atteint ici ce que l’on ne recommence point? Tout est ressemblant aux premières années de ma vie, et je reconnais peu à peu, au rétrécissement du domaine rural, aux chats, à la chienne vieillie, à l’émerveillement, à une sérénité dont je sens de loin le souffle - miséricordieuse humidité, promesse de pluie réparatrice suspendue sur ma vie encore orageuse - je reconnais le chemin du retour.

Colette, La naissance du jour (coll. GF/Flammarion, 1993)

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30/05/2017

Chemins de traverse - 570 / Alphonse de Lamartine

Alphonse de Lamartine

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Un soleil étincelant moirait la mer de rubans de feu et se réverbérait sur les maisons blanches d'une côte inconnue. Une légère brise, qui venait de cette terre, faisait palpiter la voile sur nos têtes et nous poussait d'anse en anse et de rocher en rocher. C'était la côte dentelée et à pic de la charmante île d'Ischia, que je devais tant habiter, et tant aimer plus tard. Elle m'apparaissait, pour la première fois, nageant dans la lumière, sortant de la mer, se perdant dans le bleu du ciel, et éclose comme d'un rêve de poète pendant le léger sommeil d'une nuit d'été.

Alphonse de Lamartine, Graziella (coll. Folio/Gallimard, 2006)

image: Ischia Porto / Italia (http://www.ilportaledelsud.org)

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