Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/06/2017

Chemins de traverse - 572 / Colette

Colette

9.jpg

Demain, je surprendrai l’aube rouge sur les tamaris mouillés de rosée saline, sur les faux bambous qui retiennent, à la pointe de chaque lance bleue, une perle… Le chemin de côte qui remonte de la nuit, de la brume et de la mer… Et puis, le bain, le travail, le repos… Comme tout pourrait être simple… Aurais-je atteint ici ce que l’on ne recommence point? Tout est ressemblant aux premières années de ma vie, et je reconnais peu à peu, au rétrécissement du domaine rural, aux chats, à la chienne vieillie, à l’émerveillement, à une sérénité dont je sens de loin le souffle - miséricordieuse humidité, promesse de pluie réparatrice suspendue sur ma vie encore orageuse - je reconnais le chemin du retour.

Colette, La naissance du jour (coll. GF/Flammarion, 1993)

00:05 Publié dans Chemins de traverse | Tags : littérature, roman, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

30/05/2017

Chemins de traverse - 570 / Alphonse de Lamartine

Alphonse de Lamartine

4.jpg

Un soleil étincelant moirait la mer de rubans de feu et se réverbérait sur les maisons blanches d'une côte inconnue. Une légère brise, qui venait de cette terre, faisait palpiter la voile sur nos têtes et nous poussait d'anse en anse et de rocher en rocher. C'était la côte dentelée et à pic de la charmante île d'Ischia, que je devais tant habiter, et tant aimer plus tard. Elle m'apparaissait, pour la première fois, nageant dans la lumière, sortant de la mer, se perdant dans le bleu du ciel, et éclose comme d'un rêve de poète pendant le léger sommeil d'une nuit d'été.

Alphonse de Lamartine, Graziella (coll. Folio/Gallimard, 2006)

image: Ischia Porto / Italia (http://www.ilportaledelsud.org)

00:19 Publié dans Chemins de traverse | Tags : littérature, roman, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

27/05/2017

Chemins de traverse - 11 / Georges Bernanos

Georges Bernanos

littérature,roman,extraits,livres

Je voudrais vous donner ce que j'ai, ce que vous aimiez si fort, et dont je n'ai plus besoin maintenant - je n'en aurai jamais plus besoin, jamais - ma joie, ma pauvre joie qui vous plaisait. Je vous ai toujours obéi sans peine, comme vous désiriez l'être, avec allégresse. Et après tout, il est bien possible que cette allégresse fut vaine, mais quoi! N'est-ce pas vous qui vous étonniez un jour des grandes choses que Dieu sait tirer pour lui seul du rire d'un petit enfant?... Peut-être est-il bon aussi que j'apprenne à ménager la merveilleuse espérance dont je croyais la source intarissable, que je prodiguais sans y songer, follement, comme un présent de nul prix. L'espérance, après tout, c'est la parole divine, et la parole divine est à la fois suave et terrible. J'ai trop souri à la mort, ainsi qu'à tout le reste: il est juste que je voie aujourd'hui son vrai visage. Je l'ai vue. Je l'accepte ainsi, telle que vous me l'avez montrée: je la reçois véritablement de votre main...

Et maintenant... Et maintenant... comment vous dire?... Maintenant je vous supplie de n'être plus qu'heureux... heureux comme j'étais heureuse, ce matin, en vous regardant dormir, si calme, déjà hors de notre présence, à moitié dans l'ombre et à moitié dans la lumière. Ne vous détournez pas de moi ainsi, pour toujours, sur une dernière parole de tristesse. M'entendez-vous?

Après Dieu, c'est à vous que je devais ma joie, vous dis-je. Reprenez-la. Daignez la consommer tout entière, d'un seul coup, seulement pour franchir ce petit passage. S'il vous plaît de me laisser dans le doute, ne m'épargnez pas. Mais s'il est vrai que... par impossible... vous ayez besoin de moi, il me semble que je trouverais le moyen de vous être utile, peut-être... si vous vouliez du moins... Le voulez-vous?

Georges Bernanos, L'imposture (Castor Astral, 2010)

00:06 Publié dans Chemins de traverse, Georges Bernanos | Tags : littérature, roman, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

26/05/2017

Chemins de traverse - 568 / Elie Wiesel

Elie Wiesel

littérature,roman,extraits,livres

L'être humain qui vit dans le temps ne connaît qu'une seule voie: vivre dans le présent en y épuisant toutes ses ressources, tous ses ressorts. Faire de chaque journée une source de grâce, de chaque heure un accomplissement, de chaque clin d’œil une invitation à l'amitié. De chaque sourire une promesse? Tant que le rideau n'est pas tombé, tout reste possible. Quelques part sur la terre, chacun joue sa propre pièce; elle fait pleurer ou rire aux éclats un inconnu ici et un autre là-bas. Leur lien est la récompense du poète, la vie un couloir entre deux abîmes?

Elie Wiesel, Le cas Sonderberg (coll. Points/Seuil, 2009)

00:07 Publié dans Chemins de traverse, Elie Wiesel | Tags : littérature, roman, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

22/05/2017

Chemins de traverse - 566 / Sarah Hall

Sarah Hall

7.jpg

De tous les états par lesquels nous passons, la solitude est peut-être le plus mal compris. La choisir est tenu pour une preuve d'irresponsabilité ou la marque d'un échec. Aux yeux de la plupart des gens, on devrait s'en garder, comme d'une maladie. A l'intérieur de la solitude, les gens voient les nombreux compartiments de la tristesse, rangés comme les cellules de la grenade. Etre évacué du monde, rejeté et oublié, est-ce cela que nous redoutons le plus? C'est pourquoi il nous faut serrer des mains, verser de l'argent, entendre des bavardages sur la société, sur notre famille, sur nous-mêmes. Il nous faut emprunter des portes, appuyer sur les boutons des ascenseurs, échanger nos rhumes, rire et pleurer, contribuer au vacarme et à l'agitation. Il nous faut danser et chanter, et fréquenter les tribunaux. Nous sommes tenus de passer ces contrats quotidiens.

Mais si elle est embrassée, la solitude est le plus joyeux des engagements. Dans la bénédiction de ces paisibles pièces, je connais bien mieux la saveur de chaque journée. Comme je connais bien la vie! Je comprends l'eau dans son verre. A mesure qu'avance l'après-midi, des ombres se déplacent derrière les objets posés sur la table. Il y a une pointe de cannelle dans le ragoût d'agneau. Quel accord! Quelle intimité! La peinture sur le châssis du chevalet a l'épaisseur du guano sur les falaises où nichent les mouettes.

Sarah Hall, Comment peindre un homme mort (Bourgois, 2010)

image: Giorgio Morandi, Nature morte / 1960 (artduquotidien.com)

00:01 Publié dans Chemins de traverse | Tags : littérature, roman, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

04/05/2017

Chemins de traverse - 558 / Clémence Boulouque

Clémence Boulouque

8.jpg

Kippour 20... Jour du Grand Pardon.

Onze heures du matin. Il me reste neuf heures et trente-trois minutes de migraine. Dans une salle de concert, transformée en synagogue, je tourne les pages du Mahzor, le livre de liturgie. Je me demande pourquoi obéir à ces commandements. Vingt-cinq heures de jeûne et de soif au terme desquelles résonnera la bénédiction: Shana tova.Gmar hatima tova. Bonne année. Bonne inscription.

Inscris-moi, Seigneur, dans le livre de la vie, est l'une des prières répétées plusieurs fois pendant onze heures d'affilée, au long de cette journée d'affliction. Je regarde autour de moi, articule des mots sans penser à ce que murmurent mes lèvres, et essaie de sourire pour me donner des forces, et je me révolte, décide que je ne sais plus pourquoi je m'affame, après tout, c'est Dieu qui devrait jeûner pour nous, il a tout l'univers à se faire pardonner. Je doute d'arriver au bout de la journée, comme chaque année.

Et soudain, mes yeux replongent vers le livre et voient: je n'emporte rien du monde, une citation d'Isaïe, la phrase qui me relie à elle, celle que je cherchais depuis des années, et j'entends la voix de Julie, surgir un jour d'expiation. Venue m'escorter dans la faiblesse, dans le jour où tout est vain et essentiel, où tout s'efface, flotte, où le monde se suspend, consigné à la sortie de cette assemblée. Où il nous est enjoint de trouver de nouvelles définitions de soi, se redessiner. Les étymologies hébraïques m'étourdissent. Baharut signifie adolescence. Harut signifie graver. Herut veut dire liberté.

Tu n'as rien emporté, non. Tu m'a laissé cette adolescence. Quelque chose d'une liberté à graver. Un retrait, maladif, peut-être. Je regarde le monde s'agiter, blesser, me blesser parfois, et je pense que la vie est ailleurs.

Dans le baiser que tu m'as volé, et que je t'aurais abandonné, si tu me l'avais demandé.

Clémence Boulouque, Je n'emporte rien du monde (Gallimard 2013)

image: Marc Chagall, L'ange au chandelier (ipaintingsforsale.com)

00:00 Publié dans Chemins de traverse | Tags : littérature, roman, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

02/05/2017

La citation du jour - 640 / Nikos Kazantzaki

Nikos Kazantzaki

littérature,spiritualité,roman,citations,livres

Craignez de blesser le cœur de l’homme, c’est la demeure de Dieu.

Nikos Kazantzaki, Les frères ennemis, dans: Romans (Presses de la Cité, 1995)

00:18 Publié dans Citation du jour | Tags : littérature, spiritualité, roman, citations, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

28/04/2017

Chemins de traverse - 556 / Honoré de Balzac

Honoré de Balzac

littérature,roman,extraits,livres

La droiture, l'honneur, la loyauté, la politesse sont les instruments les plus sûrs et les plus prompts de votre fortune. Dans ce monde égoïste, une foule de gens vous diront que l'on ne fait pas son chemin par les sentiments, que les considérations morales trop respectées retardent leur marche; vous verrez des hommes mal élevés, malappris ou incapables de toiser l'avenir, froissant un petit, se rendant coupables d'une impolitesse envers une vieille femme, refusant de s'ennuyer un moment avec quelque bon vieillard, sous prétexte qu'ils ne leur sont utiles à rien; plus tard vous apercevrez ces hommes accrochés à des épines qu'ils n'auront pas épointées, et manquant leur fortune pour un rien; tandis que l'homme rompu de bonne heure à cette théorie des devoirs, ne rencontrera point d'obstacles; peut-être arrivera-t-il moins promptement, mais sa fortune sera solide et restera quand celle des autres croulera!

Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée (coll. Folio/Gallimard, 2004)

image: Louis Boulanger, Honoré de Balzac (deslettres.fr)

00:00 Publié dans Chemins de traverse | Tags : littérature, roman, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg