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23/02/2017

Chemins de traverse - 526 / Paul Eluard

Paul Eluard

littérature,poésie,extraits,livres 

La nuit n’est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l’affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un cœur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager.

Paul Eluard, Le Phénix, dans: J'ai un visage pour être aimé - Choix de poèmes 1914-1951 (coll. Poésie/Gallimard, 2009)

image: René Magritte, Lithographie (troisxhuit.com)

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21/02/2017

La citation du jour - 606 / Christian Bobin

Christian Bobin

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C'est si beau ta façon de revenir du passé, d'enlever une brique au mur du temps et de montrer par l'ouverture un sourire léger. Le sourire est la seule preuve de notre passage sur terre.

Christian Bobin, Noireclaire (Gallimard, 2015)

image: Buste de femme en bois polychromé, Italie, vers 1500 (lasculpturefrancoise.com)

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17/02/2017

La citation du jour - 62 / Charles Péguy

Charles Péguy

1.jpg

Il y a des larmes d'amour qui dureront plus longtemps que les étoiles du ciel, des regards de prières, des regards de tendresse perdus en charité, qui brilleront éternellement.

Charles Péguy, Le Mystère des Saints Innocents (Gallimard, 1940)

image: Abbott Handerson Tayer,  Uma Virgem (pt.wikipedia.org)

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Chemins de traverse - 524 / Louis Aragon

Louis Aragon

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Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps
C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie
C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
À l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger.

Louis Aragon, la Diane française (2006)

image: http://yvonne92110.y.v.pic.centerblog.net

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13/02/2017

Chemins de traverse - 522 / Alphonse de Lamartine

Alphonse de Lamartine

littérature,poésie,extraits,livres 

Il est un nom caché dans l'ombre de mon âme,
Que j'y lis nuit et jour et qu'aucun oeil n'y voit,
Comme un anneau perdu que la main d'une femme
Dans l'abîme des mers laissa glisser du doigt.

Dans l'arche de mon coeur, qui pour lui seul s'entrouvre,
Il dort enseveli sous une clef d'airain;
De mystère et de peur mon amour le recouvre,
Comme après une fête on referme un écrin.

Si vous le demandez, ma lèvre est sans réponse,
Mais, tel qu'un talisman formé d'un mot secret,
Quand seul avec l'écho ma bouche le prononce,
Ma nuit s'ouvre, et dans l'âme un être m'apparaît.

En jour éblouissant l'ombre se transfigure;
Des rayons, échappés par les fentes des cieux,
Colorent de pudeur une blanche figure
Sur qui l'ange ébloui n'ose lever les yeux.

C'est une vierge enfant, et qui grandit encore;
Il pleut sur ce matin des beautés et des jours;
De pensée en pensée on voit son âme éclore,
Comme son corps charmant de contours en contours.

Un éblouissement de jeunesse et de grâce
Fascine le regard où son charme est resté.
Quand elle fait un pas, on dirait que l'espace
S'éclaire et s'agrandit pour tant de majesté.

Dans ses cheveux bronzés jamais le vent ne joue.
Dérobant un regard qu'une boucle interrompt,
Ils serpentent collés au marbre de sa joue,
Jetant l'ombre pensive aux secrets de son front.

Son teint calme, et veiné des taches de l'opale,
Comme s'il frissonnait avant la passion,
Nuance sa fraîcheur des moires d'un lis pâle,
Où la bouche a laissé sa moite impression.

Sérieuse en naissant jusque dans son sourire,
Elle aborde la vie avec recueillement;
Son coeur, profond et lourd chaque fois qu'il respire,
Soulève avec son sein un poids de sentiment.

Soutenant sur sa main sa tête renversée,
Et fronçant les sourcils qui couvrent son oeil noir,
Elle semble lancer l'éclair de sa pensée
Jusqu'à des horizons qu'aucun oeil ne peut voir.

Comme au sein de ces nuits sans brumes et sans voiles,
Où dans leur profondeur l'oeil surprend les cieux nus,
Dans ses beaux yeux d'enfant, firmament plein d'étoiles,
Je vois poindre et nager des astres inconnus.

Des splendeurs de cette âme un reflet me traverse;
Il transforme en Éden ce morne et froid séjour.
Le flot mort de mon sang s'accélère, et je berce
Des mondes de bonheur sur ces vagues d'amour.

- Oh! dites-nous ce nom, ce nom qui fait qu'on aime;
Qui laisse sur la lèvre une saveur de miel!
- Non, je ne le dis pas sur la terre à moi-même;
Je l'emporte au tombeau pour m'embellir le ciel.

Alphonse de Lamartine, Un nom, dans: Poésies diverses, précédé de: Méditations poétiques et Nouvelles méditations poétiques (coll. Poésie/Gallimard, 2000)

image: Herbert James Draper, A Young Girl by a Pool (preraphaelitepaintings.blogspot.ch)

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09/02/2017

Morceaux choisis - 103 / Jean de la Croix

SJean de la Croix

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Je sais bien la source qui coule et fuit
malgré la nuit
 
Elle est cachée cette éternelle source
moi je sais bien là où elle vient sourdre
malgré la nuit
 
Je n'en sais l'origine n'en a point
mais je sais que toute origine en vient
malgré la nuit
 
Je sais qu'il n'est nulle chose si belle
et que les cieux la terre boivent en elle
malgré la nuit 
 
Du fond je sais qu'on n'en peut découvrir
et que nul à gué ne peut la franchir
malgré la nuit 
 
Sa lumière jamais n'est obscurcie
et je sais que tout éclat en surgit
malgré la nuit
 
Je sais qu'ils sont si puissants ses courants
qu'ils baignent tout l'enfer les cieux les gens
malgré la nuit
 
Issu de cette source le courant
est si vaste je le sais si puissant
malgré la nuit
 
Le courant qui de ces deux-là procède
l'une ou l'autre je sais ne le précède
malgré la nuit
 
Cette éternelle source elle est enfouie
en ce pain vif pour nous donner la vie
malgré la nuit
 
C'est là qu'on appelle les créatures
qui boivent de cette eau même en l'obscur
malgré la nuit
 
Cette source vive que je désire
c'est de ce pain de vie que je la tire
malgré la nuit
 
Bien haut elle convie toutes les créatures
A s'y désaltérer en profondes ténèbres
malgré la nuit
 
Cette source d'eau vive, objet de mes désirs
En ce vrai pain de vie je la vois, la contemple
malgré la nuit

Jean de la Croix, Chant de l'âme qui se réjouit de connaître Dieu par la foi, dans: Nuit obscure, Cantique spirituel et autres poèmes (coll. Poésie/Gallimard, 1997)

image: Jean de la Croix et Thérèse d'Avila (newtheologicalmovement.blogspot.com)

06/02/2017

Chemins de traverse - 520 / Emily Dickinson

Emily Dickinson

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Le son le plus triste, le son le plus doux,
Le son le plus fou qui enfle,
- C'est celui que font les oiseaux, au printemps,
Quand la nuit délicieusement tombe,
Sur le fil, entre mars et avril -
Frontière magique
Au-delà de laquelle l'été hésite,
Presque divinement trop proche.

Il nous fait penser à tous ces morts
Qui ont traversé la vie en flânant avec nous,
Et que la sorcellerie de la séparation
Nous rend cruellement plus chers encore.

Il nous fait penser à ce que nous eûmes,
Et dont nous déplorons la perte.
Nous en souhaiterions presque que ces voix de sirènes
S'en aillent et se taisent.
L'oreille peut briser le coeur humain
Au vif comme un javelot.
On voudrait que le coeur ne soit pas
Si dangereusement près de l'oreille.

Emily Dickinson, Poèmes non datés, dans: Oeuvres complètes (Flammarion, 2009)

image: http://kathy85.unblog.fr

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