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16/03/2017

Chemins de traverse - 535 / Yorgos Thémelis

Yorgos Thémelis

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C'est pour toi que j'aime la lumière
Les hommes les arbres qui te ressemblent
Tout ce qui bouge et respire et la pierre éternelle
Et le flot partageant tes espaces
Et l'eau chantant l'amour

C'est pour toi et c'est toi
Qui marches dans les miroirs
Et partout dans les choses
Mes soeurs si proches

Et cette table tendre qui voit
Dans son sommeil les deux ailes de tes mains
Et cette table tendre qui entend
Ton écho secret dans son épais silence

C'est mon coeur qui te soutient comme un drapeau
C'est mon coeur qui t'accueille comme un ciel.

Yorgos Thèmelis, C'est pour toi, dans: Michel Volkovitch, Anthologie de la poésie grecque contemporaine 1945-2000 (coll. Poésie/Gallimard, 2000)

image: Miroir - Grèce classique, Ve siècle avant J.C. / Le Louvre (pinterest.com)

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11/03/2017

Chemins de traverse - 533 / Gisèle Prassinos

Gisèle Prassinos

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Il paraît que le ciel et la terre
vont se marier.
Avant l’aube le fiancé
sur sa fille
a jeté son voile de mousse
lentement et sans bruit
pour ne pas l’éveiller.
Elle sommeille encore il est tôt
mais déjà exaltés
impatients d’aller à la noce
les arbres ont mis leur gants
par milliers
et les maisons leurs chapeaux blancs.

Gisèle Prassinos, Le ciel et la terre se marient (Editions Ouvrières, 1979)

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07/03/2017

Morceaux choisis - 630 / Anna de Noailles

Anna de Noailles

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Mon Dieu, je ne sais rien, mais je sais que je souffre
Au-delà de l’appui et du secours humain,
Et puisque tous les ponts sont rompus sur le gouffre,
Je Vous nommerai Dieu, et je Vous tends la main.

Mon esprit est sans foi, je ne puis Vous connaître,
Mais mon courage est vif et mon corps fatigué,
Un grand désir suffit à Vous faire renaître,
Je Vous possède enfin, puisque Vous me manquez.

Les lumineux climats d’où sont venus mes pères
Ne me préparaient pas à m’approcher de Vous,
Mais on est votre enfant dès que l’on désespère
Et quand l’intelligence à plier se résout.

J’ai longtemps recherché le somptueux prodige
D’un tout-puissant bonheur sans fond et sans parois:
La profondeur est close au prix de mon vertige,
Et mon torrent toujours rejaillissait vers moi.

Ni les eaux, ni le feu, ni l’air ne Vous célèbrent
Autant que mon pensif, inerte et vaste amour;
La lumière est en moi, j’erre dans les ténèbres
Quand mes yeux sont voilés par la clarté du jour.

Jamais un être humain avec plus de constance
N’a tenté de Vous joindre et d’échapper à soi.
Au travers des désirs et de leur turbulence,
J’ai cherché le moment que l’on Vous aperçoit.

... Seigneur, Vous l’entendez, je n’ai pas d’autre offrande
Que ces pourpres charbons retirés des enfers;
Depuis longtemps l’eau vive et l’agreste guirlande
S’échappaient de mes bras, épars comme un désert.

Mais ce que je Vous donne est le soupir des âges,
L’orgueil désabusé porte la corde au cou
Et ma simple présence est comme un clair présage
Qu’un siècle plus gonflé veut s’écouler en Vous.

Ce n’est pas la langueur, ce n’est pas la faiblesse
Qui me fait Vous louer et vers Vous me conduit;
Mais l’exaltant soleil, comblé de mes caresses,
Quand mon esprit souffrait l’a laissé dans la nuit.

– J’ai vu que tout priait, le désir et la plainte,
Que les regards priaient en se cherchant entre eux,
Que les emportements, le délire et l’étreinte
Sont la tentation que nous avons de Dieu.

... C’est pour quoi, les yeux clos aux lueurs de la terre,
Délaissant ma raison comme un trop faible ami,
Je Vous bois, ô torrent dont le feu désaltère,
Dieu brûlant, Vous en qui tout excès est permis.

Anna de Noailles, Les Vivants et les Morts (sejh.pagesperso-orange.fr)

image: Patricia Mawet, Chapelle Fernuy - Eglise de La Clusaz / Haute-Savoie, France (galerie-creation.com)

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Prier avec Marie - 5 / Maurice Carême

Maurice Carême

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Etre si simple, être si pauvre
Qu'on serait près de vous, Marie,
Dans une cuisine bleuie
Par l'ombre en prière d'un saule;
 
Etre près de vous, plus caché
Que ne l'était aux yeux du monde,
Sous le rabot du charpentier,
Un copeau de lumière blonde;
 
Avoir le coeur si dépouillé
Qu'on puisse vous imaginer
Coupant le pain, versant le vin
 
Et levant doucement les mains
Pour frotter votre tablier
D'où les miettes tombent sans fin.
 

Maurice Carême,  Heure de Grâce (mauricecareme.be)

image: Vierge de Banneux / Belgique (http://media.cathocambrai.com)

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03/03/2017

Chemins de traverse - 529 / Emily Dickinson

Emily Dickinson

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On apprend l'eau par la soif,
La terre par les océans traversés,
La jubilation par les affres,
La paix par le récit des batailles,
L'amour par l'humus de la tombe,
Les oiseaux par la neige.

Emily Dickinson, On apprend l'eau par la soif, dans: Oeuvres complètes (Flammarion, 2009)

image: comeviaggiareinformati.it

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25/02/2017

Chemins de traverse - 3 / Charles Péguy

Charles Péguy

0_7.jpg

Nous ne demandons pas que le grain sous la meule
Soit jamais replacé dans le coeur de l'épi,
Nous ne demandons pas que l'âme errante et seule
Soit jamais reposée en un jardin fleuri.
 
Nous ne demandons pas que la grappe écrasée
Soit jamais replacée au fronton de la treille,
Et que le lourd frelon et que la jeune abeille
Y reviennent jamais se gorger de rosée.
 
Nous ne demandons pas que la rose vermeille
Soit jamais replacée aux cerceaux du rosier,
Et que le paneton et la lourde corbeille
Retourne vers le fleuve et redevienne osier.
 
Nous ne demandons pas que cette page écrite
Soit jamais effacée au livre de mémoire,
Et que le lourd soupçon et que la jeune histoire
Vienne remémorer cette peine prescrite.
 
Nous ne demandons pas que la tige ployée
Soit jamais redressée au livre de nature,
Et que le lourd bourgeon et la jeune nervure
Perce jamais l'écorce et soit redéployée.
 
Nous ne demandons pas que le rameau broyé
Reverdisse jamais au livre de la grâce,
Et que le lourd surgeon et que la jeune race
Rejaillisse jamais de l'arbre fourvoyé.
 
Nous ne demandons pas que la banche effeuillée
Se tourne jamais plus vers un jeune printemps,
Et que la lourde sève et que le jeune temps
Sauve une cime au moins dans la forêt noyée.
 
Nous ne demandons pas que le pli de la nappe
Soit effacé devant que revienne le maître,
Et que votre servante et qu'un malheureux être
Soient libérés jamais de cette lourde chape.
 
Nous ne demandons pas que cette auguste table
Soit jamais resserve, à moins que pour un Dieu,
Mais nous n'espérons pas que le grand connétable
Chauffe deux fois ses mains vers un si maigre feu.
 
Nous ne demandons pas qu'une âme fourvoyée
Soit jamais replacée au chemin du bonheur,
O reine il nous suffit d'avoir gardé l'honneur
Et nous ne voulons pas qu'une aide apitoyée
 
Nous remette jamais au chemin de plaisance,
Et nous ne voulons pas qu'une amour soudoyée
Nous remette jamais au chemin d'allégeance,
O seul gouvernement 'une âme guerroyée,
 
Régente de la mer et de l'illustre port
Nous ne demandons rien dans ces amendements
Reine que de garder sous vos commandements
Une fidélité plus forte que la mort.

Charles Péguy, Les Tapisseries de Notre-Dame, dans: Les tapisseries, précédé de Sonnets, Les sept contre Thèbes, Châteaux de Loire (coll. Poésie/Gallimard, 1992)

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23/02/2017

Chemins de traverse - 526 / Paul Eluard

Paul Eluard

littérature,poésie,extraits,livres 

La nuit n’est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l’affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un cœur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager.

Paul Eluard, Le Phénix, dans: J'ai un visage pour être aimé - Choix de poèmes 1914-1951 (coll. Poésie/Gallimard, 2009)

image: René Magritte, Lithographie (troisxhuit.com)

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