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19/05/2017

Chemins de traverse - 565 / Dante Alighieri

Dante Alighieri

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S’il plaît à Celui par qui toutes les choses vivent, que ma vie dure encore quelques années, j’espère dire d’elle ce qui jamais ne fut dit d’aucune. Et puis qu’il plaise à Celui qui est Sire de la courtoisie que mon âme puisse aller voir la gloire de sa dame, c’est-à-dire de cette Béatrice bénie laquelle glorieusement contemple la face de Celui qui est per omnia saecula benedictus.

Dante Alighieri, Vita Nova (coll. Poésie/Gallimard, 1974)

Michael Parks, Dante et Béatrice (renclassic.ru)

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18/05/2017

Chemins de traverse - 564 / Abdelhafid Baoune

Abdelhafid Baoune

00_60 Isabelle Cochereau.jpg

Le plus beau de mes poèmes
sera celui qui pénètrera votre coeur
telle une épée bien aiguisée
et où mes mots
vous auront soulagé
de vos maux.

Le plus beau de mes poèmes
sera celui que vous aimerez
ou que vous chanterez
et que tout le monde fredonnera.
Et si la mort m'emportait
je reposerais en paix
car je saurais que vous lisez,
que vous chantez
ce que je vous aurai laissé.

Abdelhafid Baoune, Ecrits d'un passant (Société des Ecrivains, 2009)

image: Isabelle Cochereau, Les douceurs (https://frankzumbach.wordpress.com)

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15/05/2017

Chemins de traverse - 563 / Louis Aragon

Louis Aragon

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J'entends j'entends le monde est là
Il passe des gens sur la route
Plus que mon cœur je les écoute
Le monde est mal fait mon cœur las

Faute de vaillance ou d'audace
Tout va son train rien n'a changé
On s'arrange avec le danger
L'âge vient sans que rien se passe

Au printemps de quoi rêvais-tu
On prend la main de qui l'on croise
Ah mettez les mots sur l'ardoise
Compte qui peut le temps perdu

Tous ces visages ces visages
J'en ai tant vu des malheureux
Et qu'est-ce que j'ai fait pour eux
Sinon gaspiller mon courage

Sinon chanter chanter chanter
Pour que l'ombre se fasse humaine
Comme un dimanche à la semaine
Et l'espoir à la vérité

J'en ai tant vu qui s'en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère

J'entends leurs pas j'entends leurs voix
Qui disent des choses banales
Comme on en lit dans le journal
Comme on en dit le soir chez soi

Ce qu'on fait de vous hommes femmes
O pierre tendre tôt usée
Et vos apparences brisées
Vous regarder m'arrache l'âme

Les choses vont comme elles vont
De temps en temps la terre tremble
Le malheur au malheur ressemble
Il est profond profond profond

Vous voudriez au ciel bleu croire
Je le connais ce sentiment
J'y crois aussi moi par moments
Comme l'alouette au miroir

A vous comme les grains de sable
Comme le sang toujours versé
Comme les doigts toujours blessés
Ah je suis bien votre semblable

J'aurais tant voulu vous aider
Vous qui semblez autres moi-même
Mais les mots qu'au vent noir je sème
Qui sait si vous les entendez

Tout se perd et rien ne vous touche
Ni mes paroles ni mes mains
Et vous passez votre chemin
Sans savoir ce que dit ma bouche

Votre enfer est pourtant le mien
Nous vivons sous le même règne
Et lorsque vous saignez je saigne
Et je meurs dans vos mêmes liens

Quelle heure est-il quel temps fait-il
J'aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile

C'est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettez avec en terre
Comme une étoile au fond d'un trou.

Louis Aragon, Le discours à la première personne, dans: Les poètes (coll. Poésie/Gallimard, 1976)

image: https://cordeamapola.wordpress.com

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08/05/2017

Morceaux choisis - 659 / Charles Péguy

Charles Péguy

littérature,spiritualité,poésie,morceaux choisis,livres

La petite Espérance s'avance
entre ses deux grandes sœurs
la Foi, la Charité,
et on ne prend pas seulement garde à elle.
Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel,
sur le chemin raboteux du salut,
sur la route interminable,
sur la route entre ses deux sœurs
la petite espérance s'avance.

Entre ses deux grandes sœurs.
Celle qui est mariée.
Et celle qui est mère.
Et l'on n'a d'attention,
le peuple chrétien n'a d'attention
que pour les deux grandes sœurs.
La première et la dernière.
Qui vont au plus pressé.
Au temps présent.
A l'instant momentané qui passe.

Le peuple chrétien
ne voit que les deux grandes sœurs,
n'a de regard que pour les deux grandes sœurs.
Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.
Et il ne voit quasiment pas celle qui est au milieu.
La petite, celle qui va encore à l'école.
Et qui marche.
Perdue dans les jupes de ses sœurs.
Et il croit volontiers que ce sont les deux grands
qui traînent la petite par la main.
Au milieu.
Entre les deux.
pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut.

Les aveugles qui ne voient pas au contraire.
Que c'est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs.
Et que sans elle elles ne seraient rien.
Que deux femmes déjà âgées.
Deux femmes d'un certain âge.
Fripées par la vie.

C'est elle, cette petite, qui entraîne tout.
Car la Foi ne voit que ce qui est.
Et elle elle voit ce qui sera.
La Charité n'aime que ce qui est.
Et elle elle aime ce qui sera.

La Foi voit ce qui est.
Dans le Temps et dans l'Éternité.
L'Espérance voit ce qui sera.
Dans le temps et dans l'éternité.
Pour ainsi dire le futur de l'éternité même.

La Charité aime ce qui est.
Dans le Temps et dans l'Éternité.
Dieu et le prochain.
Comme la Foi voit.
Dieu et la création.
Mais l'Espérance aime ce qui sera.
Dans le temps et dans l'éternité.

Charles Péguy, Le porche du mystère de la deuxième vertu / extrait, dans: Oeuvres poétiques et dramatiques (Bibliothèque de la Pléiade/Gallimard, 2014)

image: Basilique Sainte-Sophie, Sofia / Bulgarie (http://la-bulgarie.fr)

Chemins de traverse - 559 / Jacques Ancet

Jacques Ancet

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Et pourtant, je reviens, et comment l’expliquer malgré tant de raisons d’abandonner, tant de raisons de s’enfermer, de disparaître, je reviens comme après un jour de pluie dans le ciel obscur, la lumière soudain, et tout semble recommencer, les tasses brillent, le bois de la table, et sur la vitre un grand morceau de bleu où s’entrecroisent les branches noires, un contre-jour où tu es là, et quand même, je dis oui au sourire, à la tendresse, à toutes ces années et leur ombre portée, oui à ce trop peu de temps qui reste, alors je reviens, je me dépêche, je me dépêche pour chaque objet, la chaise, la table, le fauteuil, le tapis, pour le jaune des pommes, le vert de l’hibiscus et du lierre, pour le livre entr’ouvert, le frémissement des feuilles, pour le mystère de ces deux-là, devant leur café, le brouhaha des voix, les soupirs du percolateur, le jour qui tombe et le clin d’oeil des lampes, pour le matin de la blancheur et du givre, du bleu pâle des yeux au milieu des images, pour le vent qu’on ne voit pas et qu’on voit pourtant dans les arbres secoués ou la dérive des nuages, et qu’on entend, parfois, c’est un soupir comme glissé sous le silence, une sorte de voix sans mots qu’on écoute un instant, mais elle s’est tue, et comment la retrouver dans l’indescriptible désordre du monde, dans cet infini de visages d’une même force sans visage, et ce n’est pas moi, c’est elle qui revient, même si je ne l’entends plus, comme le vent, elle est là, elle m’enveloppe, me traverse, elle pousse mes mots comme des feuilles, les disperse, les réunit en figures improbables…

Jacques Ancet, Chant III / extrait, dans : Ode au recommencement 2007-2008 (jacques.ancet.pagesperso-orange.fr)

Image : Orianne (https://riendetelque.wordpress.com)

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03/05/2017

Chemins de traverse - 557 / Alain Bosquet

Alain Bosquet

littérature,poésie,extraits,livres

La trompe de l'éléphant
c'est pour ramasser les pistaches
pas besoin de se baisser.

Le cou de la girafe
c'est pour brouter les astres
pas besoin de voler.

La peau du caméléon
verte, bleue, mauve, blanche
selon sa volonté pas besoin de fuir.

La carapace de la tortue,
c'est pour dormir à l'intérieur
même l'hiver:
pas besoin de maison.

Le poème du poète
c'est pour dire cela
et mille et mille et mille autres choses:
pas besoin de comprendre.

Alain Bosquet et Claire Franek, La trompe de l'éléphant (Rue du Monde, 2004)

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21/04/2017

Chemins de traverse - 551 / Mahmoud Darwich

Mahmoud Darwich

littérature,poésie,extraits,livres

Ici, entre les débris des choses et le rien, nous vivons dans les faubourgs de l'éternité. Nous jouons parfois aux échecs, insouciants du destin derrière la porte. Nous sommes toujours là, bâtissant des décombres, des colombiers lunaires. Nous connaissons le passé sans disparaître ni passer les nuits d'été en quête des hauts faits d'un âge d'or. Nous sommes qui nous sommes sans nous demander qui nous sommes, car nous sommes toujours là, ravaudant la robe de l'éternité.

Mahmoud Darwich, Le lanceur de dés et autres poèmes - photographies de Ernest Pignon-Ernest (Actes Sud, 2010)

image: Ernest Pignon-Ernest, Les expuisés / 1979 (le-cours-arts-plastiques.com)

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13/04/2017

La nuit comme le jour illumine - 13

Cristina Kaufmann

La nuit comme le jour illumine - XIII

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres 

Tu m'as donné
le creux de mes mains
rien que le creux

de mes mains tremblantes
pour puiser à la source
de l'univers.

Comment apaiser la soif
du savoir qui dévore ma chair,
le feu dans mes yeux
qui veulent voir,
si je n'ai que le creux
de mes mains de péché
pour puiser?

Chaque matin
elles sont saisies du Tout,
trône de sagesse
siège d'Amour.

Eric de Rus, Cristina Kaufmann - Une existence épiphanique (Ad Solem, 2013)

image: Carmel du Pâquier, Suisse (carmel-lepaquier.com)