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05/08/2017

Chemins de traverse - 605 / Paul Valéry

Paul Valéry

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Un esprit vraiment libre ne tient guère à ses opinions. S'il ne peut se défendre d'en voir naître en soi-même, et de ressentir des émotions et des affections qui semblent d'abord en être inséparables, il réagit contre ces phénomènes intimes qu'il subit: il tente de les rendre à leur particularité et instabilité certaines. Nous ne pouvons, en effet, prendre parti qu'en cédant à ce qu'il y a de plus particulier dans notre nature, et de plus accidentel dans le présent. L'esprit libre se sent inaliénable.

Paul Valéry, Regards sur le monde actuel et autres essais (coll. Folio/Gallimard, 1988)

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03/08/2017

Chemins de traverse - 7 / Elie Wiesel

Elie Wiesel

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J'appartiens à une génération qui s'est souvent sentie abandonnée par Dieu et trahie par l'humanité. Et, pourtant, je crois qu'il nous incombe de ne nous séparer ni de l'un ni de l'autre. Est-ce hier - ou autrefois - que nous avons appris combien l'être humain peut atteindre la perfection dans la cruauté plus que dans la générosité? Que, pour les tueurs et les tortionnaires, il est normal, donc humain, de se montrer inhumain? Dès lors, faudrait-il se détourner de l'humanité? Je crois que la réponse appartient à chacun de nous. Car il incombe à chacun de choisir entre la violence des adultes et le sourire des enfants, entre la laideur de la haine et le désir de s'y opposer. Entre infliger souffrance et humiliation à son semblable et lui offrir la solidarité et l'espoir qu'il mérite. Peut-être.

Je sais - je parle d'expérience - que, même dans les ténèbres, il est possible de créer la lumière et nourrir des rêves de compassion. Que l'on peut se sentir libre et libérateur à l'intérieur des prisons. Que, même en exil, l'amitié existe et peut devenir ancre. Qu'un instant avant de mourir, l'homme est encore immortel. Voilà: je crois en l'homme malgré les hommes. Je crois dans le langage bien qu'il ait été meurtri, déformé et perverti par les ennemis de l'humanité. Et je continue à m'accrocher aux mots parce qu'il nous appartient de les transformer en instruments de compréhension plutôt que de mépris. A nous de choisir si nous souhaitons nous servir d'eux afin de maudire ou de guérir, pour blesser ou consoler.

Elie Wiesel, Coeur ouvert (Flammarion, 2011)

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31/07/2017

La citation du jour - 689 / Anne Frank

Anne Frank

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La chose importante à garder en tête est qu'il ne faut jamais attendre une minute pour commencer à changer le monde.

Anne Frank, Journal (coll. Livre de Poche/LGF, 1991)

image: http://fr.freepik.com

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26/07/2017

Chemins de traverse - 600 / François Cheng

François Cheng

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Au bout de tout, voici ce que j'ai saisi: la vraie vie n'est pas seulement ce qui a été donné comme existence; elle est dans le désir même de la vie. Ce désir et cet élan étaient présents au premier jour de l'univers. Au niveau de chaque être cependant, ils sont fondés sur ce que son âme - par-delà les épreuves, les souffrances, les chagrins, les effrois, les blessures reçues ou infligées aux autres - aura préservé de sensations éprouvées, d'émotions vécues, d'inlassables aspirations à un au-delà de soi, de soifs et de faims aussi infinies que le besoin sans borne d'amour et de tendresse.

François Cheng, De l'âme (Albin Michel, 2016)

image: https://www.deamuseum.org

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25/07/2017

Chemins de traverse - 599 / Abdellatif Laâbi

Abdellatif Laâbi

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Côté ténèbres: les visages de la barbarie d'aujourd'hui sont peut-être différents de ceux d'hier. Mais la barbarie, dans son essence, n'a pas changé. Les peuples qui viennent de mettre à bas la statue d'un tyran peuvent dès le lendemain acclamer un nouveau tyran. 

Côté lumière: un peuple qui semble soumis aujourd'hui, acceptant toutes les avanies, peut s'insurger demain et revendiquer des libertés inconcevables auparavant. L'égoïsme, l'indifférence, la fermeture de l'esprit peuvent, dans des circonstances déterminées, voler en éclats pour faire place à l'altruisme, l'attention à autrui, l'accueil bienveillant de la différence.

La dualité est en nous, en chacun  de nous. Ce qui compte, c'est la vigilance, le travail incessant de l'esprit, la reconstruction permanente de la pensée qui peut combattre efficacement l'assoupissement des consciences et le flux rampant des obscurantismes. 

Abdellatif Laâbi, Entretien avec Frank Barat, dans: Ecrits 1982-2016 (Editions de la Différence, 2017)

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19/07/2017

Chemins de traverse - 596 / Guy Gilbert

Guy Gilbert

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Ne sois jamais hyène pour te repaître des restes de tes partenaires déchus: ils te boufferont avec la même délectation, s'ils en ont à nouveau l'occasion. Sois par contre un aigle qui voit loin, et de haut: il plane longtemps, l'aigle, avant d'atterrir, il a les cimes pour royaume. Sois fourmi besogneuse: elle vit au ras des pâquerettes, solidaire et proche de l'immense fourmilière de ses frères et soeurs. Ne sois pas un rat putride se nourrissant des mille et une rumeurs de la gent politique et se régalant des plus sordides déchets: n'oublie pas, les rats aiment s'entre-dévorer. Le loup sera ton guide: protecteur des faibles, fidèle jusqu'à la mort, il a un formidable instinct; il sait voir longtemps à l'avance le froid qui vient, l'ennemi qui guette. Sois royal comme  le lion: les petitesses ne le touchent pas; son domaine est immense, l'horizon seul l'attire.

Si tu n'as pas la cuirasse du rhinocéros, face aux critiques et aux innombrables attaques, tu seras aussi fragile qu'un vermisseau. L'éléphant, son travail terminé, se retire, solitaire. N'attends pas qu'on te pousse au désert, ou alors tu te dessécheras sous la risée de tous. Le lièvre, c'est connu, à la moindre alerte fonce vers son terrier: sauve qui peut, chacun pour soi. Prends la mesure de ce que tu vis: responsable, tu l'es; prends-en le risque. Ne sois pas caméléon, sinon ta vie politique ne sera que couleurs changeantes, au gré du temps: l'opinion est versatile et le mépris t'attend. Sois prudent comme un serpent: tu éviteras les pièges sordides de la vie politique. Sois doux comme une colombe: personne ne résiste à la douceur et à la bonté; aie de l'humour et de la tendresse dans tes propos. Sois chameau: ta bosse emplie de certitudes morales et d'énergie spirituelle t'aidera à traverser tous les déserts et à affronter le choc de la vague qui frappe, poussée par la houle. Le singe n'arrête pas de se complaire dans l'image que le miroir lui renvoie: ton visage ou ton meilleur profil ne serviront jamais le bien public; ta vérité et tes certitudes iront au-delà du miroir.

Ne sois pas coucou: pondre un oeuf dans le nid des autres et vider ensuite la couvée pour prendre toute la place, c'est risquer sa vie politique sur l'intérêt, le vent du moment et le vide; l'impasse ou le ravin seront alors ton dernier nid. Fonce avec la horde des bisons, en tête bien sûr: tu donnes la direction, c'est ton boulot; ta force et ton enthousiasme entraîneront le troupeau. Quand tu parles, dis ce que tu penses, ne lis jamais: le perroquet répète toujours la même chose. On est toujours conquis par le chant du rossignol: lui aussi dit toujours la même chose, mais il appelle au plus haut; on ne se lasse jamais de l'entendre. Ne t'affiche pas avec les stars: elles brillent et s'éteignent aussi vite.

Le monde politique est un immense chêne. Alors sois écureuil: ne cherche pas à tout prix à récolter des voix: demain elles te trahiront; grimpe de branche en branche, monte toujours plus haut. Tu contempleras le ciel: il est rempli d'étoiles: on en manque tragiquement...

 

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03/07/2017

Chemins de traverse - 587 / Anne Frank

Anne Frank

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Quand tu es seul et malheureux ou que tu as du chagrin, essaie, toi aussi, de monter dans les combles par un aussi beau temps et de regarder au-dehors. Pas de regarder les maisons et les toits, mais le ciel. Tant que tu pourras contempler le ciel sans crainte, tu sauras que tu es pur intérieurement et que malgré les ennuis tu retrouveras le bonheur. Richesse, considération, on peut tout perdre, mais ce bonheur au fond du coeur, il ne peut guère qu'être voilé et il saura nous rendre heureux, aussi longtemps que l'on vivra.

Anne Frank, Journal (coll. Livre de Poche/LGF, 1991)

image: Catrin Welz-Stein, The Man in the Moon (pinterest.com)

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24/06/2017

Chemins de traverse - 583 / François Mauriac

François Mauriac

littérature,essai,extraits,livrese voilà loin de la politique. Sisyphe s'interrompt un instant de pousser son rocher. La politique, c'est bien cela: une grosse pierre informe que nous poussons et qui retombe et nous ramène sans fin à notre point de départ; rien n'est jamais résolu, rien n'aboutit à rien. Tout recommence, simplement.

Me voilà loin de la politique. Sisyphe s'interrompt un instant de pousser son rocher. La politique, c'est bien cela: une grosse pierre informe que nous poussons et qui retombe et nous ramène sans fin à notre point de départ; rien n'est jamais résolu, rien n'aboutit à rien. Tout recommence, simplement.

François Mauriac, Bloc-Notes 1959, dans: D'un bloc-notes à l'autre / 1952-1969 (Bartillat, 2004)

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