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23/05/2017

Il est vivant Celui devant qui je me tiens - 1

Il est vivant Celui devant qui je me tiens (1R 17,1 et 18,15) - I

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Le Père n’a dit qu’une parole: ce fut son Fils. Et dans un silence éternel Il la dit toujours: l’âme doit l’écouter en silence. (Jean de la Croix, Maxime 147)

Un des textes bibliques fondamentaux dans la spiritualité du Carmel est celui où le Seigneur parle au prophète Elie et le charge de mission, non dans le fracas du tonnerre et des bourrasques, mais dans le souffle d’une brise légère (1 R 19,9-13). Le recueillement intérieur est l’un des premiers objectifs à atteindre et ce recueillement intérieur demande, au départ, un certain silence extérieur.

Le silence extérieur est favorisé par la nuit et la solitude. Jésus nous en a donné l’exemple à maintes reprises. Il gravit la montagne à l’écart pour prier. Il passait toute la nuit à prier Dieu. Et Il nous dit: Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre et prie le Père qui est là, dans le secret (Mt 6,6). Un de nos premiers soins est de trouver dans notre vie des temps de silence, qui d’abord ne seront peut-être que de cinq ou dix minutes; mais à mesure de notre persévérance, ils atteindront au moins une demi-heure d’affilée de prière silencieuse. Une éducation de nous-même est à faire. Or toute éducation est une progression: nous acceptons humblement d’avancer pas à pas.

Ce silence extérieur, on doit s’y habituer en supprimant les paroles superflues (elles sont pour nous occasion de tant de fautes); en nous privant d’une écoute ininterrompue de la radio; en évitant les distractions qui nous éloignent de Dieu, etc. Ce silence extérieur, on peut le trouver chez soi; on peut aller le chercher à l’église ou dans la nature… Mais à lui seul, il serait peu efficace s’il ne s’accompagnait, petit à petit, du silence intérieur.

Le silence intérieur ne nous est pas naturel. Nous avons d’autant plus de mal à nous concentrer, à intérioriser notre piété, à nous absorber dans la pensée du Dieu Amour, que la vie actuelle est pleine de bruits qui semblent faits pour entraver la vie intérieure. Or la vie contemplative, la vie d’oraison n’est pas autre chose que le souvenir habituel de Dieu. (Jean de la Croix, La nuit obscure)

Tout l’enseignement de saint Jean de la Croix nous aide, au long des années, à acquérir un certain silence intérieur. Un certain silence et non le silence absolu. Car, de même qu’il y a toujours du bruit à l’intérieur comme à l’extérieur de notre corps tant qu’il y a de la vie (la nôtre et celle des autres), de même nous ne pourrons jamais empêcher des pensées de naître en nous, des images de se former dans notre esprit malgré nous. Mais nous apprenons à les maîtriser pour en faire une prière, les écarter si elles nous éloignent de Dieu afin qu’elles deviennent un moyen de purification pour pouvoir écouter la parole que Dieu veut nous dire.

 Carmel de France, Silence - Parole - Engagement / extraits (carmel.asso.fr)

image: Collonge-Bellerive / Suisse (2016)

30/10/2016

Présence de Dieu, présence à Dieu - 3

Présence de Dieu, présence à Dieu - III

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres 

Présence de Dieu par son Esprit Saint que le Père envoie pour nous enseigner toutes choses et nous faire ressouvenir de tout ce que Jésus nous a dit (Jn 14,26). Présence en nous de l’Esprit Saint qui ne dort ni ne sommeille (Ps 120), et qui sans cesse prie en nous avec des gémissements ineffables (Rm 8,26).

C’est pourquoi le précepte central de la Règle du Carmel, repris dans les Constitutions de l’Ordre des Carmes Déchaux Séculier, est: Méditez jour et nuit la loi du Seigneur, veillant dans la prière. Ce précepte de la prière continue semblerait impossible à mettre en pratique littéralement, si l’on oubliait que c’est la multitude des croyants qui le réalise. Chacun y a son rôle indispensable, irremplaçable.

Dieu, en effet, nous est présent dans les autres, par les autres, avec les autres. Le Christ n’est pas seulement présent en ses apôtres et par eux dans leurs disciples. Je ne prie pas seulement pour eux, je prie aussi pour tous ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi… afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux (Jn 17,20-26). Jésus est présent aussi dans le plus petit de ses frères.

Parce que le Christ est présent là où deux ou trois sont assemblés en son nom, on ne se contente pas au Carmel de la prière communautaire vocale, on fait oraison ensemble. Et même, cet ermite qu’est souvent le laïc carmélitain, dans la solitude où il fait oraison, sait qu’il n’est jamais seul à prier. Car il est toujours précieux de donner pour base à notre oraison la prière qui est sortie d’une bouche telle que celle de Notre Seigneur (sainte Thérèse d'Avila, Le chemin de perfection). Or il nous a appris à dire: Notre Père...

Carmel de France, Présence de Dieu - Présence à Dieu / extraits (carmel.asso.fr)

image: http://www.michel-lafontaine.com

29/10/2016

Présence de Dieu, présence à Dieu - 2

Présence de Dieu, présence à Dieu - II

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Cette Bonne Nouvelle - Demeurez en moi, comme je demeure en vous - le Carmel l’accueille avec empressement et joie. Sainte Thérèse d’Avila a construit l’œuvre de sa maturité - Le Château intérieur ou Les Demeures - sur cette certitude de la présence de Dieu au plus intime du cœur du croyant.

Vivre en présence de Dieu, voilà le cœur de la vie du Carmel. Ce n’est pas une affaire d’intelligence, ni d’imagination, ni de sensibilité, mais une affaire de foi et d’amour.

Tout baptisé peut y prétendre humblement. Loin de détourner les laïcs de leurs responsabilités terrestres, cette vie cachée en Dieu, qui fut celle de Marie, Notre-Dame du Mont Carmel, les achemine à une profondeur et une paix, une joie que le monde ne peut donner.

Présence à Dieu dans et par son Verbe, le Christ, lui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14,6). Le cheminement du chrétien sera donc l’union d’amour au Christ, la conformation à l’image du Fils de Dieu. Tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître (Jn 15,15), nous dit Jésus. Celui qui m’aime gardera ma Parole (Jn 14,23). Dieu nous est aussi présent par sa Parole dans l’Ecriture. Celle-ci est la nourriture première de l’oraison. La découvrir, la méditer est un souci quotidien et les saints du Carmel nous aident à cette méditation.

Ainsi sainte Thérèse d’Avila, dans Le chemin de la perfection fait, entre autres, un long commentaire du Pater. Ainsi saint Jean de la Croix illustre en ses écrits ce passage de l’Epître aux Hébreux: Vivante est la Parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur; tout est à nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. C’est à elle que nous devons rendre compte. Ainsi sainte Thérèse de Lisieux disait à la fin de sa vie: C’est par-dessus tout l’Evangile qui m’entretient pendant mes oraisons; là je puise tout ce qui est nécessaire à ma pauvre petite âme.

Carmel de France, Présence de Dieu - Présence à Dieu / extraits (carmel.asso.fr)

image: Carmel de Basse-Terre, Guadeloupe (service-des-moniales.cef.fr)

28/10/2016

Présence de Dieu, présence à Dieu - 1

Présence de Dieu, présence à Dieu - I

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Dieu et le Christ, qui Le révèle, s’imposent à la Foi comme la grande et ultime réalité. Non pas que le monde et ses innombrables tâches seraient sans consistance. Mais si le monde a un sens et une valeur, c’est précisément dans la lumière de Dieu et dans sa relation à Dieu. Dans cette lumière, Dieu est précisément saisi comme la Réalité unique et souveraine, la Source de la vie, du mouvement et de l’être.

L’Absolu de Dieu ne dévalorise pas nos tâches terrestres, nos responsabilités humaines, puisqu’il les fonde. Mais c’est avec un regard et un cœur nouveaux que tout sera vécu.

Ce sens d’un Dieu tout autre, le Carmel l’a puisé dans ses racines bibliques. Un lien particulier relie l’histoire du Carmel au prophète Elie, témoin et champion de la Sainteté de Dieu : Il est vivant le Seigneur devant qui je me tiens (1 R 17,1). La sainteté ou la transcendance de Dieu, c’est la face cachée, secrète, mystérieuse de Son Être indicible. Rien ne peut le contenir ni le mesurer.

La tradition carmélitaine garde très vif ce sens de l’impossibilité de dire Dieu. Il en découle une conséquence pratique pour la vie de foi et de prière. Nous sommes encombrés par toutes sortes de fausses images de Dieu, qui sont plutôt un obstacle qu’une aide pour la rencontre de la prière. Et tout progrès dans la foi et la prière implique une radicale purification de tous ces faux visages de Dieu. Purification pour laquelle saint Jean de la Croix est un guide sûr.

Mais la sainteté de Dieu ne l’éloigne pas, Lui, des pécheurs. Le Tout-Autre est aussi le Tout-Proche. Si proche qu’il vient habiter dans nos cœurs. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure (Jn 14,23).

Carmel de France, Présence de Dieu - Présence à Dieu / extraits (carmel.asso.fr)

http://www.michel-lafontaine.com

02/10/2016

La spiritualité du Carmel - 4

Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel - IV

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3. Troisième caractéristique

C’est à partir de cette union intime à Dieu, dans la foi, que se développe de plus en plus un agir dont la source est à la fois la liberté humaine et Celui qui nous anime. Peu à peu, les mots de saint Paul trouvent une résonance profonde: Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20), alors qu’une autre parole de l’Apôtre traduit une expérience intérieure, déconcertante, apparemment contradictoire avec la précédente: Je ne comprends rien à ce que je fais: ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais (…) Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir, puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais. (Rm 7,15)

Dieu, écouté, contemplé dans l’Écriture et dans les événements, et servi dans le quotidien, est à l’œuvre dans sa créature, qui est pourtant encore pleine de défauts, parfois criants. Et Il agit en elle, et par elle, au delà ce qu’elle aurait pu imaginer. Ce n’est plus moi, c’est Lui...

Troisième caractéristique : cet agir branché sur le Christ, tête d’un Corps dont nous sommes les membres, a un accent d’universalité, de catholicité aux dimensions de l’Eglise universelle. Oui j’ai trouvé ma place dans l’Eglise et cette place, ô mon Dieu, c’est Vous qui me l’avez donnée… dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour. (Thérèse de Lisieux, Manuscrit B)

Comment pourrait-il en être autrement? Le Carmel se situe au cœur, dans le Christ que nous rejoignons dans notre propre cœur. Ainsi placé, son regard ne peut que porter très loin, car plus on est au centre, plus on est en relation avec l’ensemble. Et comment l’esprit vivant du Carmel, son charisme, ne susciterait-il pas responsabilité et solidarité? Cette union vivante au Christ est une union à Celui qui s’est fait solidaire de tous les hommes jusqu’à donner Sa vie pour eux tous.

Mais quel est donc l’aspect du mystère du Christ auquel le Carmel est particulièrement sensible? Quels sont les textes d’Evangile qui inspirent ses choix? 

Des foules accouraient pour entendre Jésus et se faire guérir de leur maladie. Mais lui se retirait dans les solitudes et priait. (Lc 5,15-16) Jésus s’arrête régulièrement de guérir les malades qu’Il peut guérir et d’annoncer la Bonne Nouvelle qu’Il annonce dans la force de l’Esprit pour se retirer dans la solitude et prier, sachant que là s’opère une œuvre aussi grande que celle qu’Il accomplit dans Ses autres activités. Le Carmel aime à suivre Jésus dans cette prière. Et encore: A Gethsémani, Jésus prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée... Il leur dit: Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi... Il revient vers ses disciples et les trouve en train de dormir (cf. Mt 26,38 et 40). Le Carmel aime à répondre à l’appel de Jésus: Veillez et priez. Ce n’est pas tout...

Tous les saints du Carmel sont imbibés de la Parole de Dieu, lue, méditée, savourée, ruminée, digérée. Ils aiment à regarder Marie, mère de Jésus, qui, elle aussi, symbolise la vocation du Carmel. Auprès de Jésus, Marie gardait tous ces souvenirs et les méditait dans son cœur. (Lc 2,19). Auprès de Marie, le Carmel apprend à vivre en compagnie de Jésus, à Le regarder, à se laisser habiter par la Parole, à prier et à aimer au cœur de l’Église.

Mystérieux Carmel qui n’a pas de compétence particulière et qui s’avère souvent bien fragile. Dans le Christ, il rejoint néanmoins chaque homme et chaque situation humaine, au niveau le plus profond, là où le Christ Lui-même le rejoint.

Carmel de France, Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel / extraits (carmel.asso.fr)

image: Carmel du Reposoir, France (service-des-moniales.cef.fr)

01/10/2016

Thérèse de l'Enfant Jésus et Thérèse de Jésus

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et Sainte Thérèse de Jésus

par Robert Arcas, ocd

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Sainte Thérèse de Lisieux est fêtée deux semaines avant Sainte Thérèse d’Avila. Les fêtes des deux Thérèse sont proches dans le calendrier liturgique, elles pourraient être encore plus proches! Thérèse de Lisieux a quitté ce monde le 30 septembre 1897, vers 19h20. Pour Thérèse d’Avila, ce fut le 4 octobre 1582, vers 21h00, c’est-à-dire au début d’une nuit particulière qui dura jusqu’au 15 octobre 1582, à cause de la réforme du calendrier grégorien, un saut d’une dizaine de jours! Elles ont donc ce point commun de n’être pas fêtée exactement au jour anniversaire de leur mort, leur entrée dans la vie.

Entre ces deux grandes saintes, il y a bien d’autres points communs, autrement plus importants. Elles sont carmélites déchaussées, elles sont docteurs de l’Eglise! Celle que nous fêtons aujourd’hui est certainement plus largement connue dans le monde, à l’exclusion peut-être du monde hispanique qui connaît bien la Madre. Oui, la fille est plus populaire que la mère. Mais est-elle bien connue pour autant?

Sainte Thérèse d’Avila est grande par son œuvre dans l’histoire de l’Eglise, elle est à l’origine du Carmel déchaussé, féminin et masculin, et ses écrits sur l’itinéraire de l’âme vers Dieu lui ont valu le doctorat de l’Eglise. Sainte Thérèse de Lisieux est tout aussi grande, elle a réalisé dans l’Eglise un renouveau spirituel évangélique remarquable. Le Pape Pie XI a pu dire qu’elle était une parole de Dieu pour notre temps. La petite voie de Thérèse s’offre à tous pour progresser sur le chemin de la foi, de l’espérance et de l’amour. 

Thérèse a connu sainte Thérèse, avant d’entrer au Carmel de Lisieux, par la lecture, en 1886 et 1887, de l’Histoire de sainte Thérèse des Bollandistes. Un ouvrage impressionnant par ses 1045 pages, en deux tomes, dans lequel Thérèse a littéralement plongé. Elle a été profondément impressionnée et formée par ce livre à tel point qu’elle n’en a pas parlé pendant qu’elle en faisait la lecture, comme cela lui arrivera plus tard en découvrant le Cantique Spirituel de saint Jean de la Croix. Cette lecture la touchait tellement au cœur, dans sa relation d’amour avec Dieu que c’était trop intime pour en parler sur le moment. C’est en faisant cette lecture que Thérèse a pris connaissance de la personnalité de la Madre et de sa spiritualité.

Et c’est en vivant au Carmel que Thérèse va pleinement intégrer le fruit de cette riche lecture. Elle va alors faire l’expérience communautaire de la vie de la carmélite, à l’école de sainte Thérèse de Jésus: une vie de silence et de solitude dans l’espace de la clôture, une vie dans une ambiance conviviale et fraternelle, par l’observance de la Règle et des Constitutions. Les deux Thérèse ont eu la même prière pour les prêtres, le même désir de la sainteté, le même amour de l’Eglise.

Bien des expressions que l’on connaît chez Thérèse de l’Enfant Jésus sont déjà présentes chez Thérèse de Jésus, en particulier à propos de la miséricorde de Dieu. Toutes les deux sont de grands apôtres de la miséricorde de Dieu.

L’une est bien la fille de l’autre, une fille qui rappelle sa mère mais qui en même temps est très différente de sa mère, très originale, très indépendante. Thérèse de l’Enfant Jésus fait partie de ces tout-petits, véritablement humbles, qui ont accueilli la révélation de l’amour de Dieu, de Sa miséricorde. De ces petits qui vont vers Dieu pour y trouver le repos, l’allégement du fardeau. Ils ont cette confiance profonde qui est le véritable moteur pour avancer sur le chemin de la sainteté.

Robert Arcas, Homélie pour Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus / extrait - 1er octobre 2015 (carmel.asso.fr)

Référence: Société des Bollandistes (bollandistes.org)

La spiritualité du Carmel - 3

Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel - III

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2. Deuxième caractéristique

Mais il faut aller plus loin ou plus précis… Et voici la deuxième caractéristique.

Toute vie chrétienne profonde se traduit par une relation vivante au Seigneur. Chez la plupart des saints et des bienheureux du Carmel, on remarque que cette relation a une note d’intériorité particulière. Pour Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Élisabeth de la Trinité, le Seigneur avec lequel et en présence duquel ils vivent, est d’abord présent en eux, selon les affirmations de la Parole de Dieu. C’est pourquoi ils interpellent, comme le fait Jean de la Croix (Cantique spirituel B): O mon âme, la plus belle entre les créatures, toi qui désires si ardemment savoir où se trouve ton Bien-Aimé, afin de Le chercher et de t’unir à Lui, voici qu’on te le dit: tu es toi-même la demeure où Il habite, la retraite où Il se cache. Quelle joie, quelle consolation pour toi! Ton trésor, l’objet de ton espérance, est si proche de toi qu’il est en toi-même, ou pour mieux dire, tu ne saurais exister sans lui. Ecoute: Voici que le royaume de Dieu est au dedans de vous. (Lc 17,21) Et l’apôtre Paul nous dit de son côté: Vous êtes le temple de Dieu. (2 Co 6,16)

Pourquoi donc vas-tu chercher le Seigneur si loin alors qu’Il s’est fait si proche de toi? Pourquoi Lui parles-tu comme à quelqu’un d’extérieur à toi, - ce qu’Il est certes – en méconnaissant qu’Il est aussi présent en toi? Comment peux-tu reconnaître vraiment que le Seigneur est dans le prochain que tu sers, si tu ne reconnais pas qu’Il est d’abord en toi, plus intime à toi-même que toi-même?... Où demeures-Tu? Dans tes pensées, tes affects, tes projets, tes inquiétudes, tes espoirs... alors que le Seigneur demeure en Toi... et t’y attend aussi. Demeurez en moi comme moi en vous. (Jn 15,4)

La dignité inouïe de l’homme est ici saisie à partir de l’œuvre de miséricorde du Seigneur. C’est Lui qui a choisi, dans une audacieuse folie, de venir faire Sa demeure en l’homme. Le Carmel ne se contente pas de connaître cette vérité, ni de l’affirmer. Dans la grâce du baptême, il se reconnaît appelé à en faire l’expérience. L’Esprit Saint est ici son Maître intérieur et les saints du Carmel, à la suite du Christ, sont ses compagnons et ses guides. Ils ont eux-mêmes vécu cette aventure, dans la foi, à la lumière de la Parole de Dieu, et dans la joie de constater que l’engagement sur ce chemin change le regard et la vie, ils invitent à s’y aventurer.

Peu à peu, avec les années, ou les décennies, tout le créé se révèle tel qu’il est: il ne prend sa vraie valeur que dans sa relation à Dieu et à Son projet de vie pour l’humanité. Les plus petites créatures apparaissent revêtues de la beauté du Créateur et les plus humbles occupations prennent une valeur quasi infinie dès lors qu’elles sont faites par amour, en union à la volonté de Dieu et pour le bien des hommes. Par contre, en dehors de cette relation vitale, tout apparaît de plus en plus fade et pâle... Les vues de Dieu ne sont pas comme les vues de l’homme, car l’homme regarde à l’apparence, mais le Seigneur regarde au cœur. (1 S 16,7)

Ce qui est petit, et parfois minable au regard humain, peut être grand aux yeux de Dieu. La spiritualité du Carmel, marquée par l’intériorité de l’Esprit Saint, est aussi placée sous le signe du cachéJe te bénis Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux habiles et de l’avoir révélé aux petits. (Mt 11,25)

Carmel de France, Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel / extraits (carmel.asso.fr)

image: Carmel de France (carmel.asso.fr)

30/09/2016

La spiritualité du Carmel - 2

Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel - II

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Comment préciser les traits de cette aventure menée au Carmel? La réponse ne peut être esquissée qu’en regardant les grands témoins de cette famille spirituelle. Par delà les différences de leur itinéraire, de leur tempérament et de leur engagement dans l’histoire de l’humanité, ils témoignent d’une manière propre de se situer par rapport au Christ, à l’Eglise et au monde. On peut y reconnaître trois caractéristiques.

1. Première caractéristique

La première caractéristique est faite de l’union de deux traits qui apparaissent en gros plan chez le prophète Elie, le premier à symboliser la vocation du Carmel.

Il est vivant le Dieu devant qui je me tiens. (1 R 17,1) Tels sont les premiers mots d’Elie dans la Bible. Ils sont d’abord une proclamation de foi: Dieu est vivant, le Vivant par excellence et il n’y a de vie qu’en relation avec Lui. Ils expriment aussi l’essentiel de ce que recherche le prophète: vivre avec Dieu, en se tenant en sa présence, dans une disponibilité permanente à Le servir. La spiritualité du Carmel est celle d’une vie en présence et au service de Dieu, dans la foi et l’amour.

Cette relation à Dieu n’est pas seulement une relation avec quelqu’un auquel on pense, auquel on se réfère et pour lequel on agit. Elle aspire de plus en plus à devenir une vie avec Dieu, une union vitale et intime avec Lui, reconnu à la fois comme l’unique Seigneur et le véritable Ami. C’est Lui, Dieu Lui-même, qui est de plus en plus cherché en premier: Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi... Ton amour vaut mieux que la vie... Dans la nuit, je me souviens de toi... Mon âme s’attache à toi... (Ps 62)

Les saints du Carmel témoignent du goût de Dieu… Ce désir de Dieu s’authentifie dans des actes: la personne choisit de prendre du temps, au détriment d’autres occupations, afin de vivre, dans le concret, de manière gratuite, cette union avec Dieu dans la foi. Car tout amour est préférence; il privilégie certaines valeurs et trouve sa vérité en agissant en conséquence. L’esprit du Carmel se traduit dans ces temps de présence silencieuse auprès du Seigneur. On les appelle oraison.

Ce comportement est le premier service à rendre à Dieu, car il proclame par lui-même, sans paroles, que le Seigneur est bien le Dieu vivant et vrai et la seule source de la Vie. Ainsi est-il juste de perdre du temps auprès de Lui, par amour de Lui, dans la prière. Cette perte de temps n’en est pas moins une coopération à l’œuvre de Dieu en ce monde, car elle est accueil secret de Son Esprit.

Toute action extérieure accomplie pour servir Dieu se situe dans le prolongement de ce service initial qui est engagement de foi et d’amour. Aux yeux du Carmel, ce prolongement du service par l’action est symbolisé par un autre mot d’ordre du prophète Elie, prononcé lors de sa rencontre avec le Seigneur, au Mont Horeb: Je suis dévoré d’ardeur pour le Seigneur. (1 R 19, 10) Elie est toujours prêt à s’engager dans une mission reçue du Seigneur, que ce soit pour défendre les droits des petits, comme il le fit pour la vigne de Nabot, ou pour témoigner du Dieu vivant et vrai, serait-ce au péril de sa vie. Le prophète symbolise une intense présence à Dieu et aux hommes, inséparablement. Car la présence au Dieu, Père, Créateur et Seigneur de l’univers, est inséparable d’une présence à tous les hommes, ses créatures bien-aimées.

Telle est la première caractéristique de la spiritualité du Carmel. Elle intègre, dans une unité concrète, deux dimensions apparemment antinomiques: une vie de recherche d’union intime avec le Seigneur de la vie et une vie d’engagement concret pour les affaires de ce même Seigneur, sous une forme ou sous une autre. Cette double dimension se retrouve, concrétisée différemment, chez sainte Thérèse d’Avila, la re-fondatrice du Carmel, au XVIe siècle. La sainte appelle à prendre l’habitude de vivre avec le Seigneur comme avec un ami. Croyez-moi, autant que vous le pourrez, ne vous écartez jamais d’un si bon ami. Si vous prenez l’habitude de L’attirer auprès de vous, s’il voit que vous L’appelez avec amour (…), vous n’arriverez pas, comme on dit, à vous en débarrasser, jamais Il ne vous manquera, Il vous aidera dans tout votre travail, Il sera partout avec vous. Pensez-vous que ce soit peu de chose qu’un tel ami à nos cotés? (Le chemin de perfection)

La même Thérèse est aussi la femme qui passe les quinze dernières années de sa vie à fonder des communautés de sœurs, intervenant auprès du roi, des princes, des évêques et des responsables de la vie civile, afin d’accomplir l’œuvre reçue du Seigneur, ces fondations qui sont réalisées le plus souvent dans des conditions impossibles

Tel est le paradoxe d’une vie d’intimité contemplative avec le Seigneur et d’une vie qui coopère activement au bien de l’Eglise et de l’humanité, serait-ce par le don quotidien de la prière et du renoncement par amour de Dieu et des hommes. C’est ce qu’a accompli, dans l’incognito, une sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Celle que l’on appelle la petite Thérèse n’est jamais sortie de son Carmel. Si elle a été nommée patronne des missions, aux cotés de saint François Xavier, l’évangélisateur de Goa et du Japon, mort aux portes de la Chine, c’est qu’elle a réellement coopéré à l’annonce de l’Évangile, différemment, mais autant que le grand missionnaire.

Carmel de France, Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel / extraits (carmel.asso.fr)

image: Santa Teresa d'Avila, Giardino del Convento delle suore Carmelitane di Nuoro / Italia (diocesidinuoro.it)