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24/05/2017

Il est vivant Celui devant qui je me tiens - 1

Il est vivant Celui devant qui je me tiens (1R 17,1 et 18,15) - I

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Le Père n’a dit qu’une parole: ce fut son Fils. Et dans un silence éternel Il la dit toujours: l’âme doit l’écouter en silence. (Jean de la Croix, Maxime 147)

Un des textes bibliques fondamentaux dans la spiritualité du Carmel est celui où le Seigneur parle au prophète Elie et le charge de mission, non dans le fracas du tonnerre et des bourrasques, mais dans le souffle d’une brise légère (1 R 19,9-13). Le recueillement intérieur est l’un des premiers objectifs à atteindre et ce recueillement intérieur demande, au départ, un certain silence extérieur.

Le silence extérieur est favorisé par la nuit et la solitude. Jésus nous en a donné l’exemple à maintes reprises. Il gravit la montagne à l’écart pour prier. Il passait toute la nuit à prier Dieu. Et Il nous dit: Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre et prie le Père qui est là, dans le secret (Mt 6,6). Un de nos premiers soins est de trouver dans notre vie des temps de silence, qui d’abord ne seront peut-être que de cinq ou dix minutes; mais à mesure de notre persévérance, ils atteindront au moins une demi-heure d’affilée de prière silencieuse. Une éducation de nous-même est à faire. Or toute éducation est une progression: nous acceptons humblement d’avancer pas à pas.

Ce silence extérieur, on doit s’y habituer en supprimant les paroles superflues (elles sont pour nous occasion de tant de fautes); en nous privant d’une écoute ininterrompue de la radio; en évitant les distractions qui nous éloignent de Dieu, etc. Ce silence extérieur, on peut le trouver chez soi; on peut aller le chercher à l’église ou dans la nature… Mais à lui seul, il serait peu efficace s’il ne s’accompagnait, petit à petit, du silence intérieur.

Le silence intérieur ne nous est pas naturel. Nous avons d’autant plus de mal à nous concentrer, à intérioriser notre piété, à nous absorber dans la pensée du Dieu Amour, que la vie actuelle est pleine de bruits qui semblent faits pour entraver la vie intérieure. Or la vie contemplative, la vie d’oraison n’est pas autre chose que le souvenir habituel de Dieu. (Jean de la Croix, La nuit obscure)

Tout l’enseignement de saint Jean de la Croix nous aide, au long des années, à acquérir un certain silence intérieur. Un certain silence et non le silence absolu. Car, de même qu’il y a toujours du bruit à l’intérieur comme à l’extérieur de notre corps tant qu’il y a de la vie (la nôtre et celle des autres), de même nous ne pourrons jamais empêcher des pensées de naître en nous, des images de se former dans notre esprit malgré nous. Mais nous apprenons à les maîtriser pour en faire une prière, les écarter si elles nous éloignent de Dieu afin qu’elles deviennent un moyen de purification pour pouvoir écouter la parole que Dieu veut nous dire.

 Carmel de France, Silence - Parole - Engagement / extraits (carmel.asso.fr)

image: Collonge-Bellerive / Suisse (2016)

23/05/2017

Il est vivant Celui devant qui je me tiens - 2

Il est vivant Celui devant qui je me tiens (1R 17,1 et 18,15) - II

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

La Parole: d’une part, le Christ nous dit de redevenir semblables à de petits enfants; d’autre part, saint Paul nous parle de la nécessité de laisser le langage de l’enfant pour celui de l’adulte. Il n’y pas contradiction, mais complémentarité. Le langage est le premier moyen de communication entre les êtres humains. L’éducation de l’enfant sert, entre autres, à lui donner la maîtrise de la langue. Mais le tout petit enfant (littéralement celui qui ne parle pas), s’il ne peut saisir le sens des mots, n’en est que plus sensible à ce que ces mots transmettent à son affectivité et il n’a pas besoin d’un langage articulé pour connaître l’amour de ses parents. C’est pourquoi la prière silencieuse nous remet d’abord entre les bras de Dieu, comme de petits enfants confiants. Sainte Thérèse de Lisieux nous aide à retrouver cet abandon sans réserve de nous-mêmes à Celui qui nous a créés et sauvés par pur amour.

En même temps et inséparablement, puisque Dieu a fait de nous des créatures qui évoluent, nous avons à parfaire le langage de notre prière pour qu’il devienne davantage une parole d’amour; nous devons surtout affiner notre capacité d’écoute et améliorer notre compréhension du langage de Dieu, par l’étude de sa Parole dans l’Ecriture, comme à travers la charité fraternelle puisque Jésus s’identifie au plus petit de ses frères. Notre parole, qui est partage, va aussi porter témoignage de notre réponse à l’appel plein de tendresse reçu de Dieu.

Je m’engage. Toute parole engage déjà celui qui la profère et c’est par des paroles que l’on prend un engagement. L’Eglise demande au baptisé de promettre, en adulte, fidélité au Christ. C’est en Eglise que le Seigneur demande, à celui qu’Il attire vers le Carmel, de s’engager par une promesse particulière. N’ayez pas peur! n’a cessé de nous redire Jean-Paul II, qui a si bien écrit sur la Miséricorde divine. Or la peur de s’engager est un mal pernicieux qu’il faut combattre. Cette peur exprime souvent une fausse humilité (je ne suis pas digne… je ne suis pas capable) qui est finalement un manque de foi, d’espérance et de charité. Nous oublions que Dieu est un Père tout-puissant et miséricordieux; que Jésus nous dit: Gardez courage. J’ai vaincu le monde (Jn 16,33); enfin que son Esprit intercède pour nous avec des gémissements ineffables. (Rm 8,26)

 Carmel de France, Silence - Parole - Engagement / extraits (carmel.asso.fr)

image: Collonge-Bellerive / Suisse (2016)

30/10/2016

Présence de Dieu, présence à Dieu - 1

Présence de Dieu, présence à Dieu - I

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Dieu et le Christ, qui Le révèle, s’imposent à la Foi comme la grande et ultime réalité. Non pas que le monde et ses innombrables tâches seraient sans consistance. Mais si le monde a un sens et une valeur, c’est précisément dans la lumière de Dieu et dans sa relation à Dieu. Dans cette lumière, Dieu est précisément saisi comme la Réalité unique et souveraine, la Source de la vie, du mouvement et de l’être.

L’Absolu de Dieu ne dévalorise pas nos tâches terrestres, nos responsabilités humaines, puisqu’il les fonde. Mais c’est avec un regard et un cœur nouveaux que tout sera vécu.

Ce sens d’un Dieu tout autre, le Carmel l’a puisé dans ses racines bibliques. Un lien particulier relie l’histoire du Carmel au prophète Elie, témoin et champion de la Sainteté de Dieu : Il est vivant le Seigneur devant qui je me tiens (1 R 17,1). La sainteté ou la transcendance de Dieu, c’est la face cachée, secrète, mystérieuse de Son Être indicible. Rien ne peut le contenir ni le mesurer.

La tradition carmélitaine garde très vif ce sens de l’impossibilité de dire Dieu. Il en découle une conséquence pratique pour la vie de foi et de prière. Nous sommes encombrés par toutes sortes de fausses images de Dieu, qui sont plutôt un obstacle qu’une aide pour la rencontre de la prière. Et tout progrès dans la foi et la prière implique une radicale purification de tous ces faux visages de Dieu. Purification pour laquelle saint Jean de la Croix est un guide sûr.

Mais la sainteté de Dieu ne l’éloigne pas, Lui, des pécheurs. Le Tout-Autre est aussi le Tout-Proche. Si proche qu’il vient habiter dans nos cœurs. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure (Jn 14,23).

Carmel de France, Présence de Dieu - Présence à Dieu / extraits (carmel.asso.fr)

http://www.michel-lafontaine.com

29/10/2016

Présence de Dieu, présence à Dieu - 2

Présence de Dieu, présence à Dieu - II

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Cette Bonne Nouvelle - Demeurez en moi, comme je demeure en vous - le Carmel l’accueille avec empressement et joie. Sainte Thérèse d’Avila a construit l’œuvre de sa maturité - Le Château intérieur ou Les Demeures - sur cette certitude de la présence de Dieu au plus intime du cœur du croyant.

Vivre en présence de Dieu, voilà le cœur de la vie du Carmel. Ce n’est pas une affaire d’intelligence, ni d’imagination, ni de sensibilité, mais une affaire de foi et d’amour.

Tout baptisé peut y prétendre humblement. Loin de détourner les laïcs de leurs responsabilités terrestres, cette vie cachée en Dieu, qui fut celle de Marie, Notre-Dame du Mont Carmel, les achemine à une profondeur et une paix, une joie que le monde ne peut donner.

Présence à Dieu dans et par son Verbe, le Christ, lui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14,6). Le cheminement du chrétien sera donc l’union d’amour au Christ, la conformation à l’image du Fils de Dieu. Tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître (Jn 15,15), nous dit Jésus. Celui qui m’aime gardera ma Parole (Jn 14,23). Dieu nous est aussi présent par sa Parole dans l’Ecriture. Celle-ci est la nourriture première de l’oraison. La découvrir, la méditer est un souci quotidien et les saints du Carmel nous aident à cette méditation.

Ainsi sainte Thérèse d’Avila, dans Le chemin de la perfection fait, entre autres, un long commentaire du Pater. Ainsi saint Jean de la Croix illustre en ses écrits ce passage de l’Epître aux Hébreux: Vivante est la Parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur; tout est à nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. C’est à elle que nous devons rendre compte. Ainsi sainte Thérèse de Lisieux disait à la fin de sa vie: C’est par-dessus tout l’Evangile qui m’entretient pendant mes oraisons; là je puise tout ce qui est nécessaire à ma pauvre petite âme.

Carmel de France, Présence de Dieu - Présence à Dieu / extraits (carmel.asso.fr)

image: Carmel de Basse-Terre, Guadeloupe (service-des-moniales.cef.fr)

28/10/2016

Présence de Dieu, présence à Dieu - 3

Présence de Dieu, présence à Dieu - III

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Présence de Dieu par son Esprit Saint que le Père envoie pour nous enseigner toutes choses et nous faire ressouvenir de tout ce que Jésus nous a dit (Jn 14,26). Présence en nous de l’Esprit Saint qui ne dort ni ne sommeille (Ps 120), et qui sans cesse prie en nous avec des gémissements ineffables (Rm 8,26).

C’est pourquoi le précepte central de la Règle du Carmel, repris dans les Constitutions de l’Ordre des Carmes Déchaux Séculier, est: Méditez jour et nuit la loi du Seigneur, veillant dans la prière. Ce précepte de la prière continue semblerait impossible à mettre en pratique littéralement, si l’on oubliait que c’est la multitude des croyants qui le réalise. Chacun y a son rôle indispensable, irremplaçable.

Dieu, en effet, nous est présent dans les autres, par les autres, avec les autres. Le Christ n’est pas seulement présent en ses apôtres et par eux dans leurs disciples. Je ne prie pas seulement pour eux, je prie aussi pour tous ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi… afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux (Jn 17,20-26). Jésus est présent aussi dans le plus petit de ses frères.

Parce que le Christ est présent là où deux ou trois sont assemblés en son nom, on ne se contente pas au Carmel de la prière communautaire vocale, on fait oraison ensemble. Et même, cet ermite qu’est souvent le laïc carmélitain, dans la solitude où il fait oraison, sait qu’il n’est jamais seul à prier. Car il est toujours précieux de donner pour base à notre oraison la prière qui est sortie d’une bouche telle que celle de Notre Seigneur (sainte Thérèse d'Avila, Le chemin de perfection). Or il nous a appris à dire: Notre Père...

Carmel de France, Présence de Dieu - Présence à Dieu / extraits (carmel.asso.fr)

image: http://www.michel-lafontaine.com

05/10/2016

La spiritualité du Carmel - 1

Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel - I

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Ce que l’on peut entendre par spiritualité en christianisme: c’est une attention particulière portée à un aspect du mystère du Christ révélé dans l’Evangile, une grâce de sensibilité à une facette lumineuse de ce mystère qui est d’une richesse insondable. En une formule brève, on dira par exemple que la spiritualité franciscaine est placée sous le signe de la pauvreté évangélique; si tout disciple de Jésus est appelé à suivre le Christ pauvre, selon sa vocation propre, la spiritualité franciscaine se développe autour de cette note évangélique. Le bénéfice de la brièveté ne doit pas pour autant cacher qu’une spiritualité appartient au domaine de la vie dans l’Esprit qui ne se laisse pas réduire à une formule suggestive.

La croissance de cette vie se manifeste au Carmel, comme en d’autres spiritualités, par un désir qui s’éveille doucement comme la fleur caressée par le soleil ou qui envahit soudainement comme la flamme jaillissante. Ce désir lance sur un chemin qui ouvre sur de grands horizons, sans que l’on sache où il mène précisément. La marche y a goût de vie, tout en étant handicapée par une sérieuse difficulté à y persévérer résolument. Elle connaît des avancées et des reculs et fait expérimenter la tension entre de grandes aspirations et la médiocrité de notre comportement concret, la douloureuse incohérence entre une soif persistante et des actes qui paraissent nous éloigner de la source désirée. Paradoxalement toutefois, cette disharmonie n’empêche pas la permanence d’une paix secrète au milieu des turbulences de la vie quotidienne, une paix que l’homme ne peut pas se donner.

Multiples sont les nuances de ce voyage intérieur, aussi varié que les personnes, car chacun a ses zones d’ombre et de lumière et unique est l’histoire de sa relation à Dieu. Celui qui participe à l’esprit du Carmel ne peut pourtant pas oublier ce qu’il a un jour pressenti: cette orientation de tout l’être vers Celui qui est le chemin, la vérité et la vie, et souvent, cette présence de Dieu en soi, aussi certaine qu’insaisissable.

Carmel de France, Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel / extraits (carmel.asso.fr)

image: Carmel de Lisieux, France (carmel.asso.fr)

00:05 Publié dans Spiritualité du Carmel | Tags : littérature, spiritualité, morceaux choisis, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

04/10/2016

La spiritualité du Carmel - 2

Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel - II

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Comment préciser les traits de cette aventure menée au Carmel? La réponse ne peut être esquissée qu’en regardant les grands témoins de cette famille spirituelle. Par delà les différences de leur itinéraire, de leur tempérament et de leur engagement dans l’histoire de l’humanité, ils témoignent d’une manière propre de se situer par rapport au Christ, à l’Eglise et au monde. On peut y reconnaître trois caractéristiques.

1. Première caractéristique

La première caractéristique est faite de l’union de deux traits qui apparaissent en gros plan chez le prophète Elie, le premier à symboliser la vocation du Carmel.

Il est vivant le Dieu devant qui je me tiens. (1 R 17,1) Tels sont les premiers mots d’Elie dans la Bible. Ils sont d’abord une proclamation de foi: Dieu est vivant, le Vivant par excellence et il n’y a de vie qu’en relation avec Lui. Ils expriment aussi l’essentiel de ce que recherche le prophète: vivre avec Dieu, en se tenant en sa présence, dans une disponibilité permanente à Le servir. La spiritualité du Carmel est celle d’une vie en présence et au service de Dieu, dans la foi et l’amour.

Cette relation à Dieu n’est pas seulement une relation avec quelqu’un auquel on pense, auquel on se réfère et pour lequel on agit. Elle aspire de plus en plus à devenir une vie avec Dieu, une union vitale et intime avec Lui, reconnu à la fois comme l’unique Seigneur et le véritable Ami. C’est Lui, Dieu Lui-même, qui est de plus en plus cherché en premier: Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi... Ton amour vaut mieux que la vie... Dans la nuit, je me souviens de toi... Mon âme s’attache à toi... (Ps 62)

Les saints du Carmel témoignent du goût de Dieu… Ce désir de Dieu s’authentifie dans des actes: la personne choisit de prendre du temps, au détriment d’autres occupations, afin de vivre, dans le concret, de manière gratuite, cette union avec Dieu dans la foi. Car tout amour est préférence; il privilégie certaines valeurs et trouve sa vérité en agissant en conséquence. L’esprit du Carmel se traduit dans ces temps de présence silencieuse auprès du Seigneur. On les appelle oraison.

Ce comportement est le premier service à rendre à Dieu, car il proclame par lui-même, sans paroles, que le Seigneur est bien le Dieu vivant et vrai et la seule source de la Vie. Ainsi est-il juste de perdre du temps auprès de Lui, par amour de Lui, dans la prière. Cette perte de temps n’en est pas moins une coopération à l’œuvre de Dieu en ce monde, car elle est accueil secret de Son Esprit.

Toute action extérieure accomplie pour servir Dieu se situe dans le prolongement de ce service initial qui est engagement de foi et d’amour. Aux yeux du Carmel, ce prolongement du service par l’action est symbolisé par un autre mot d’ordre du prophète Elie, prononcé lors de sa rencontre avec le Seigneur, au Mont Horeb: Je suis dévoré d’ardeur pour le Seigneur. (1 R 19, 10) Elie est toujours prêt à s’engager dans une mission reçue du Seigneur, que ce soit pour défendre les droits des petits, comme il le fit pour la vigne de Nabot, ou pour témoigner du Dieu vivant et vrai, serait-ce au péril de sa vie. Le prophète symbolise une intense présence à Dieu et aux hommes, inséparablement. Car la présence au Dieu, Père, Créateur et Seigneur de l’univers, est inséparable d’une présence à tous les hommes, ses créatures bien-aimées.

Telle est la première caractéristique de la spiritualité du Carmel. Elle intègre, dans une unité concrète, deux dimensions apparemment antinomiques: une vie de recherche d’union intime avec le Seigneur de la vie et une vie d’engagement concret pour les affaires de ce même Seigneur, sous une forme ou sous une autre. Cette double dimension se retrouve, concrétisée différemment, chez sainte Thérèse d’Avila, la re-fondatrice du Carmel, au XVIe siècle. La sainte appelle à prendre l’habitude de vivre avec le Seigneur comme avec un ami. Croyez-moi, autant que vous le pourrez, ne vous écartez jamais d’un si bon ami. Si vous prenez l’habitude de L’attirer auprès de vous, s’il voit que vous L’appelez avec amour (…), vous n’arriverez pas, comme on dit, à vous en débarrasser, jamais Il ne vous manquera, Il vous aidera dans tout votre travail, Il sera partout avec vous. Pensez-vous que ce soit peu de chose qu’un tel ami à nos cotés? (Le chemin de perfection)

La même Thérèse est aussi la femme qui passe les quinze dernières années de sa vie à fonder des communautés de sœurs, intervenant auprès du roi, des princes, des évêques et des responsables de la vie civile, afin d’accomplir l’œuvre reçue du Seigneur, ces fondations qui sont réalisées le plus souvent dans des conditions impossibles

Tel est le paradoxe d’une vie d’intimité contemplative avec le Seigneur et d’une vie qui coopère activement au bien de l’Eglise et de l’humanité, serait-ce par le don quotidien de la prière et du renoncement par amour de Dieu et des hommes. C’est ce qu’a accompli, dans l’incognito, une sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Celle que l’on appelle la petite Thérèse n’est jamais sortie de son Carmel. Si elle a été nommée patronne des missions, aux cotés de saint François Xavier, l’évangélisateur de Goa et du Japon, mort aux portes de la Chine, c’est qu’elle a réellement coopéré à l’annonce de l’Évangile, différemment, mais autant que le grand missionnaire.

Carmel de France, Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel / extraits (carmel.asso.fr)

image: Santa Teresa d'Avila, Giardino del Convento delle suore Carmelitane di Nuoro / Italia (diocesidinuoro.it)

03/10/2016

La spiritualité du Carmel - 3

Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel - III

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2. Deuxième caractéristique

Mais il faut aller plus loin ou plus précis… Et voici la deuxième caractéristique.

Toute vie chrétienne profonde se traduit par une relation vivante au Seigneur. Chez la plupart des saints et des bienheureux du Carmel, on remarque que cette relation a une note d’intériorité particulière. Pour Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Élisabeth de la Trinité, le Seigneur avec lequel et en présence duquel ils vivent, est d’abord présent en eux, selon les affirmations de la Parole de Dieu. C’est pourquoi ils interpellent, comme le fait Jean de la Croix (Cantique spirituel B): O mon âme, la plus belle entre les créatures, toi qui désires si ardemment savoir où se trouve ton Bien-Aimé, afin de Le chercher et de t’unir à Lui, voici qu’on te le dit: tu es toi-même la demeure où Il habite, la retraite où Il se cache. Quelle joie, quelle consolation pour toi! Ton trésor, l’objet de ton espérance, est si proche de toi qu’il est en toi-même, ou pour mieux dire, tu ne saurais exister sans lui. Ecoute: Voici que le royaume de Dieu est au dedans de vous. (Lc 17,21) Et l’apôtre Paul nous dit de son côté: Vous êtes le temple de Dieu. (2 Co 6,16)

Pourquoi donc vas-tu chercher le Seigneur si loin alors qu’Il s’est fait si proche de toi? Pourquoi Lui parles-tu comme à quelqu’un d’extérieur à toi, - ce qu’Il est certes – en méconnaissant qu’Il est aussi présent en toi? Comment peux-tu reconnaître vraiment que le Seigneur est dans le prochain que tu sers, si tu ne reconnais pas qu’Il est d’abord en toi, plus intime à toi-même que toi-même?... Où demeures-Tu? Dans tes pensées, tes affects, tes projets, tes inquiétudes, tes espoirs... alors que le Seigneur demeure en Toi... et t’y attend aussi. Demeurez en moi comme moi en vous. (Jn 15,4)

La dignité inouïe de l’homme est ici saisie à partir de l’œuvre de miséricorde du Seigneur. C’est Lui qui a choisi, dans une audacieuse folie, de venir faire Sa demeure en l’homme. Le Carmel ne se contente pas de connaître cette vérité, ni de l’affirmer. Dans la grâce du baptême, il se reconnaît appelé à en faire l’expérience. L’Esprit Saint est ici son Maître intérieur et les saints du Carmel, à la suite du Christ, sont ses compagnons et ses guides. Ils ont eux-mêmes vécu cette aventure, dans la foi, à la lumière de la Parole de Dieu, et dans la joie de constater que l’engagement sur ce chemin change le regard et la vie, ils invitent à s’y aventurer.

Peu à peu, avec les années, ou les décennies, tout le créé se révèle tel qu’il est: il ne prend sa vraie valeur que dans sa relation à Dieu et à Son projet de vie pour l’humanité. Les plus petites créatures apparaissent revêtues de la beauté du Créateur et les plus humbles occupations prennent une valeur quasi infinie dès lors qu’elles sont faites par amour, en union à la volonté de Dieu et pour le bien des hommes. Par contre, en dehors de cette relation vitale, tout apparaît de plus en plus fade et pâle... Les vues de Dieu ne sont pas comme les vues de l’homme, car l’homme regarde à l’apparence, mais le Seigneur regarde au cœur. (1 S 16,7)

Ce qui est petit, et parfois minable au regard humain, peut être grand aux yeux de Dieu. La spiritualité du Carmel, marquée par l’intériorité de l’Esprit Saint, est aussi placée sous le signe du cachéJe te bénis Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux habiles et de l’avoir révélé aux petits. (Mt 11,25)

Carmel de France, Quelques traits caractéristiques de la spiritualité du Carmel / extraits (carmel.asso.fr)

image: Carmel de France (carmel.asso.fr)