Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18/07/2017

Une étreinte de feu - 290 / François Mauriac

François Mauriac 

littérature,spiritualité,prières,livres

Je crois, Seigneur, viens  au secours de mon incrédulité (Mc 9,24). Cette prière, Vous l'avez entendue de vos oreilles, mon  Dieu, quand Vous  étiez un homme, entouré d'autres pauvres hommes galiléens. Et ce petit livre n'exprime rien d'autre que cette contradiction. Nous croyons en Vous que nous ne voyons pas. Nous écoutons Votre parole que nous n'entendons pas. Cette bouchée de pain azyme sur ma langue, je dis que c'est Vous, je me recueille et j'adore en moi cette présence qui ne m'est attestée par rien de sensible. Plusieurs ont reçu des signes, qui n'étaient pas des saints: Claudel, Max Jacob, Simone Weil. Mais moi?

Si je prétendais n'en avoir reçu aucun durant ma vie, je mentirais. Mais si je  les rapportais, ils s'évanouiraient en même temps que j'essaierais de les fixer dans des mots. Et puis, tant d'années recouvrent ces instants de grâce que je ne suis pas sûr du souvenir que j'en garde. Oui, je l'ai vue! je l'ai vue! répétait en mourant la pauvre Bernadette à qui on avait fait si souvent répéter au parloir, pour l'édification des visiteurs, l'histoire des apparitions, et qui peut-être finissait par douter de n'avoir pas rêvé.

François Mauriac, Ce que je crois, dans: Oeuvres autobiographiques (Bibliothèque de la Pléiade/Gallimard, 1990)

image: Lourdes, France (paroissesotteville.com)

27/04/2016

Chemins de traverse - 390 / Simone Weil

Simone Weil

5.jpg

Les institutions qui déterminent le jeu de la vie publique influencent toujours dans un pays la totalité de la pensée, à cause du prestige du pouvoir. On en est arrivé à ne presque plus penser, dans aucun domaine, qu'en prenant position pour ou contre une opinion. Ensuite on cherche des arguments, selon le cas, soit pour, soit contre. C'est exactement la transposition de l'adhésion à un parti.

Comme dans les partis politiques, il y a des démocrates qui admettent plusieurs partis, de même dans le domaine des opinions les gens larges reconnaissent une valeur aux opinions avec lesquelles ils se disent en désaccord. C'est avoir complétement perdu le sens même du vrai et du faux. D'autres, ayant pris position pour une opinion, ne consentent à examiner rien qui lui soit contraire. C'est la transposition de l'esprit totalitaire.

Quand Einstein vint en France, tous les gens des milieux plus ou moins intellectuels, y compris les savants eux-mêmes, se divisèrent en deux camps, pour ou contre. Toute pensée scientifique nouvelle a dans les milieux scientifiques ses partisans et ses adversaires animés les uns et les autres, à un degré regrettable, de l'esprit de parti. Il y a d'ailleurs dans ces milieux des tendances, des coteries, à l'état plus ou moins cristallisé. Dans l'art et la littérature, c'est bien plus visible encore. Cubisme et surréalisme ont été des espèces de partis. On était gidien comme on était maurassien. Pour avoir un nom, il est utile d'être entouré d'une bande d'admirateurs animés de l'esprit de parti.

De même il n'y avait pas grande différence entre l'attachement à un parti et l'attachement à une Eglise ou bien à l'attitude antireligieuse. On était pour ou contre la croyance de Dieu, pour ou contre le christianisme, et ainsi de suite. On en est arrivé, en matière de religion, à parler de militants.

Même dans les écoles on ne sait plus stimuler autrement la pensée des enfants qu'en les invitant à prendre parti pour ou contre. On leur cite une phrase de grand auteur et on leur dit: Etes-vous d'accord ou non? Développez vos arguments. A l'examen les malheureux, devant avoir fini leur dissertation au bout de trois heures, ne peuvent passer plus de cinq minutes à se demander s'ils sont d'accord. Et il serait si facile de leur dire: Méditez ce texte et exprimez les réflexions qui vous viennent à l'esprit.

Presque partout - et même souvent pour des problèmes purement techniques - l'opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s'est substituée à l'opération de la pensée.

C'est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s'est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée.

Il est douteux qu'on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.

Simone Weil, Note sur la suppression générale des partis politiques (Climats, 2006)

image: La balance de la justice, Vancouver / Canada (cic.gc.ca)

00:04 Publié dans Chemins de traverse, Simone Weil | Tags : littérature, essai, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

21/03/2016

Morceaux choisis - 6 / Simone Weil

Simone Weil

0_1.jpg

Ce qui permet de contempler la nécessité et de l'aimer, c'est la beauté du monde. Sans la beauté ce ne serait pas possible. Car bien que le consentement soit la fonction propre de la partie surnaturelle de l'âme, il ne peut pas en fait s'opérer sans une certaine complicité de la partie naturelle de l'âme et même du corps. La plénitude de cette complicité, c'est la plénitude de la joie; l'extrême malheur au contraire rend cette complicité au moins pour un temps tout à fait impossible. Mais même les hommes qui ont le privilège infiniment précieux de participer à la croix du Christ ne pourraient pas y atteindre s'ils n'avaient pas traversé de la joie. Le Christ a connu la perfection de la joie humaine avant d'être précipité tout au fond de la détresse humaine. Et la joie pure n'est pas autre chose que le sentiment de la beauté. La beauté est un mystère; elle est ce qu'il y a de plus mystérieux ici-bas. 

Il n'y a ici-bas, à proprement parler, qu'une seule beauté, c'est la beauté du monde. Les autres beautés sont les reflets de celle-là, soit fidèles et purs, soit déformés et souillés, soit même diaboliquement pervertis. En fait, le monde est beau. Quand nous sommes seuls en pleine nature et disposés à l'attention, quelque chose nous porte à aimer ce qui nous entoure, et qui n'est fait pourtant que de matière brutale, inerte, muette et sourde. Et la beauté nous touche d'autant plus vivement que la nécessité apparaît d'une manière plus manifeste, par exemple dans les plis que la pesanteur imprime aux montagnes ou aux flots de la mer, dans le cours des astres. 

C'est seulement pour celui qui a connu la joie pure, ne fût-ce qu'une minute, et par suite la saveur de la beauté du monde, car c'est la même chose, c'est pour celui-là seul que le malheur est quelque chose de déchirant. En même temps c'est celui-là seul qui n'a pas mérité ce châtiment. Mais aussi pour lui ce n'est pas un châtiment, c'est Dieu même qui lui prend la main et la serre un peu fort. Car s'il reste fidèle, tout au fond de ses propres cris il trouvera la perle du silence de Dieu.

Simone Weil, Commentaires de textes pythagoriciens - L'amour de Dieu et le malheur (coll. Quarto/Gallimard, 1990)

00:15 Publié dans Morceaux choisis, Simone Weil | Tags : littérature, spiritualité, morceaux choisis, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

05/09/2015

Morceaux choisis - 2 / Simone Weil

Simone Weil

littérature,essai,morceaux choisis,livres

Je vous souhaite tous les biens possibles, sauf la croix; car je n'aime pas mon prochain comme moi-même, vous particulièrement, comme vous vous en êtes aperçu. Mais le Christ a accordé à son ami bien-aimé, et sans doute à tous ceux de sa lignée spirituelle, de venir jusqu'à lui non pas à travers la dégradation, la souillure et la détresse, mais dans une joie, une pureté et une douceur ininterrompues. C'est pourquoi je peux me permettre de souhaiter que même si vous avez un jour l'honneur de mourir pour le Seigneur d'une mort violente, ce soit dans la joie et sans aucune angoisse; et que seules trois des béatitudes - mites, mundo corde, pacifici - s'appliquent à vous. Toutes les autres enferment plus ou moins des souffrances. Ce vœu n'est pas dû seulement à la faiblesse de l'amitié humaine. Pour n'importe quel être humain pris en particulier, je trouve toujours des raisons de conclure que le malheur ne lui convient pas, soit qu'il me paraisse trop médiocre pour une chose si grande, ou au contraire trop précieux pour être détruit. 

Simone Weil, L'attente de Dieu (Fayard, 2008)

00:06 Publié dans Morceaux choisis, Simone Weil | Tags : littérature, essai, morceaux choisis, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

13/03/2015

Chemins de traverse - 186 / Simone Weil

Simone Weil

littérature,poésie,extraits,livres

Ouvrez-nous donc la porte et nous verrons les vergers, 
Nous boirons leur eau froide où la lune a mis sa trace. 
La longue route brûle ennemie aux étrangers. 
Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.
 
Nous voulons voir des fleurs. Ici la soif est sur nous. 
Attendant et souffrant, nous voici devant la porte. 
S’il le faut nous romprons cette porte avec nos coups. 
Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
 
Il faut languir, attendre et regarder vainement. 
Nous regardons la porte; elle est close, inébranlable. 
Nous y fixons nos yeux; nous pleurons sous le tourment ; 
Nous la voyons toujours; le poids du temps nous accable.
 
La porte est devant nous; que nous sert-il de vouloir? 
Il vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance. 
Nous n’entrerons jamais. Nous sommes las de la voir.
La porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence
 
Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur; 
Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière 
Fut soudain présent de part en part, combla le cœur, 
Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.

Simone Weil, La porte / 1941 - Mythe et Poésie, dans: Oeuvres (coll. Quarto/Gallimard, 1990)

image: http://www.stonewritten.com

00:05 Publié dans Chemins de traverse, Simone Weil | Tags : littérature, poésie, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

12/01/2015

La citation du jour - 204 / Simone Weil

Simone Weil 

littérature,spiritualité,citations,livres

Le Temps est l'attente de Dieu qui mendie notre amour.

Simone Weil, Cahiers d'Amérique, dans: Patrice Mahieu, Maîtres spirituels du XXe siècle - Une pensée par jour (Médiaspaul, 2011)

image: Jeannette Woitzik (art-spire.com)

00:14 Publié dans Citation du jour, Simone Weil | Tags : littérature, spiritualité, citations, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg