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04/04/2015

Pouvoir du mal, visage de Dieu - 14

Pouvoir du mal, visage de Dieu - XIV (fin) 

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Nous savons que le mal est plus visible que le bien; mais le bien est plus durable que le mal, il mine les constructions du mal qui s'effondrent l'une sur l'autre. Nous croyons que si le mal, à un moment de l'histoire, devait primer le bien, Dieu ferait sauter la machine du monde.

Charles Journet, Le mal - Essai théologique (Saint-Augustin, 2013)

image: Jérôme Bosch, Le jardin des délices / Détail (euclides59.wordpress.com)

31/03/2015

Pouvoir du mal, visage de Dieu - 13

Pouvoir du mal, visage de Dieu - XIII

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Le problème du mal est impossible à éluder. Dieu la pose à chaque homme à son entrée dans le monde. Non pour que nous perdions la foi et l'amour, mais pour qu'à la rencontre du mal, si terrible soit-il, puissent grandir en nous, jusqu'à la fin, la foi et l'amour. Une telle réponse doit se faire dans le silence de nos coeurs. Elle se formulera peut-être au sein d'une nuit qui persistera jusqu'à la mort. Elle peut aussi venir par une sorte d'irruption soudaine de la Sagesse éternelle transfigurant la douleur, réduisant à néant les doutes et les objections. A chaque âme d'aller par la voie que Dieu lui a préparée.

Charles Journet, Le mal - Essai théologique (Saint-Augustin, 2013)

image: Jérôme Bosch, Le jardin des délices / Détail (euclides59.wordpress.com)

29/03/2015

Pouvoir du mal, visage de Dieu - 12

Pouvoir du mal, visage de Dieu - XII

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Le pardon, nous le savons bien, est le pain dont nous avons d'abord besoin. Sans Votre pardon, comment vivre Seigneur? Comment regarder l'avenir et la mort, comment lever les yeux vers Vous? Le pire mal, le péché est entré en nous. Il travaille sourdement notre inconscient. Les sept péchés capitaux sont lovés en nous comme des serpents endormis.

Mais la puissance du pardon divin est infinie; une seule goutte du sang du Christ suffit à effacer les souillures du monde, un seul mot de Lui à ouvrir le paradis à un brigand. Il a Lui-même supplié pour nous tous: Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Ils ne savent ni l'offense qu'ils font à l'Amour, ni la profondeur de cet Amour; ils ne savent même pas le mal qu'ils se font à eux-mêmes, et que le rejet de l'Amour, c'est, dès ici-bas, l'Enfer qu'ils inaugurent librement en eux.

Pardonnez-nous comme nous pardonnons... Mieux que nous pardonnons. Mettez Vous-même un peu de votre magnanimité dans nos pardons: ils resteront finis, mais c'est un pardon infini que nous mendions de Vous.  

Charles Journet, Le mal - Essai théologique (Saint-Augustin, 2013)

image: Jérôme Bosch, Le jardin des délices / Détail (euclides59.wordpress.com)

25/03/2015

Pouvoir du mal, visage de Dieu - 11

Pouvoir du mal, visage de Dieu - XI

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Que Votre règne arrive initialement, quand Votre amour descend sans cesse au sein même du monde pour y former Votre Eglise; et que Votre règne arrive pleinement, quand Votre amour renversera les oeuvres du mal pour transfigurer l'univers.

Je me rappelle une visite à ce qui reste aujourd'hui du camp de la mort de Majdanek, près de Lublin, où deux millions d'êtres humains ont péri. Dans de sinistres baraques encerclées de miradors et de barbelés électriques, sont empilés de pauvres restes humains, de misérables espadrilles, des souliers de femmes, de petites chaussures d'enfants, on y découvre des fragments de poupées. On voit un premier modèle de four, une monstrueuse marmite apportée de Berlin. Puis le bâtiment central en béton, avec les salles de bains précédant les chambres à gaz, les grands fours parallèles dont chacun se chargeait par fournées de six cadavres, les rigoles pour recueillir les graisses et les potasses. Techniquement tout est prévu, même la dalle de ciment où l'on déaurifiait les dents des cadavres. Dehors, c'est le soir, le soleil qui baisse se voile dans un nuage rose. Un grand silence sur la plaine polonaise. A quelques pas devant moi la lourde cheminée carrée, en briques, construite par les prisonniers eux-mêmes, domine l'édifice; elle monte dans le ciel comme une sorte de clocher. Tant de pauvres yeux épouvantés, affolés, l'ont regardée. Ils ont vu la flamme rouge jaillir puis s'éteindre dans un nuage noir infini. Eat-il possible que ces êtres décharnés, en attendant leur fin horrible dans ce camp de la mort, ne se soient pas tournés vers le Dieu tout-puissant et infiniment bon pour Le prendre à témoin, pour Le supplier de les secourir par quelque miracle dans leur atroce détresse? Et nulle réponse n'est venue. J'essaie à mon tour de dire le Pater, de crier pour eux vers le Père qui est dans les cieux, qui a vu tout cela, et qui est resté muet.

Quel mystère! Jusqu'à quelle profondeur Dieu nous demande-t-Il de Lui faire confiance, de croire à Son Amour! Oui, Seigneur, que Votre règne arrive! Qu'il se hâte, Seigneur, pour faire sauter un jour toute cette infernale machinerie, et nettoyer la terre de si effroyables inventions!

Charles Journet, Le mal - Essai théologique (Saint-Augustin, 2013)

image: Jérôme Bosch, Le jardin des délices / Détail (euclides59.wordpress.com)

22/03/2015

Pouvoir du mal, visage de Dieu - 10

Pouvoir du mal, visage de Dieu - X

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La souffrance, la mort, sont un mal, que Dieu déteste, qu'Il ne veut pas pour le premier homme. Mais l'homme les introduit dans le monde par sa révolte, il est accablé, écrasé sous elles. A cet instant, la souffrance, la mort, changent d'aspect aux yeux de Dieu. Elles lui étaient odieuses; elles lui deviennent désirables, enviables, depuis qu'elles sont humaines. Il vient du ciel pour les prendre sur Lui; Il ne les ôte pas, Il fait plus, Il leur donne un sens, Il les illumine de l'intérieur, Il les transfigure, Il les divinise. Et alors elles peuvent être désirables pour l'homme lui-même. Elles deviennent ce que Jésus appelait d'une manière prophétique une croix, un reflet de Sa Croix; et bienheureux ceux qui voudront la porter avec Lui, ils seront portés par elle où ils ne voudraient pas aller, mais où il est meilleur pour eux d'aller.

La dialectique de la souffrance chrétienne est achevée: Dieu qui ne voulait pour nous ni de la souffrance ni de la mort, les envie quand elles sont devenues nôtres; Il les transfigure en les faisant siennes en Son Fils, afin qu'à notre tour nous puissions les envier. 

Charles Journet, Le mal - Essai théologique (Saint-Augustin, 2013)

image: Jérôme Bosch, Le jardin des délices / Détail (euclides59.wordpress.com)

19/03/2015

Pouvoir du mal, visage de Dieu - 9

Pouvoir du mal, visage de Dieu - IX

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Dans l'ordre surnaturel la souffrance est un mal, mais un mal dont Dieu se sert pour notre bien et dont Lui seul peut se servir ainsi à coup sûr. Alors quand elle nous arrive, il faut la bénir, parce que, entre les mains de Dieu, ce mal peut devenir un bien. Mais on ne peut pas la désirer pour les autres, car elle est un mal. Ainsi s'explique un paradoxe de la vie chrétienne: d'une part la douleur est un bien, non de soi, mais comme instrument de Dieu; d'autre part nous cherchons à l'éviter à ceux que nous aimons. A entendre certains lieux communs de piété, nous devrions souhaiter la peste et la famine à ceux que nous chérissons le plus. La transformation de la douleur en clarté, d'un mal physique en bien moral, ne nous appartient pas: elle relève d'un domaine réservé à Dieu.

Charles Journet, Le mal - Essai théologique (Saint-Augustin, 2013)

image: Jérôme Bosch, Le jardin des délices / Détail (euclides59.wordpress.com)

15/03/2015

Pouvoir du mal, visage de Dieu - 8

Pouvoir du mal, visage de Dieu - VIII

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Ce n'est pas maintenant le temps de la gloire, mais celui des questions: de celles que notre coeur, à cause des scandales, pose sans cesse à Dieu; de celle, unique et décisive celle-là, que Dieu pose à chacun de nous en la plaçant, mais avec Sa grâce, au sein d'un monde que les scandales semblent submerger. Mais les scandales ne pourront jamais étouffer l'amour; dans les grandes âmes, ils provoquent sa flamme.

Malheur au monde à cause des scandales! Il est fatal certes qu'il arrive des scandales, mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive! (Mt 18, 7) Qui dira jamais ce qu'il y avait dans l'âme du Sauveur, de douleur et d'intense amour d'une part de la gloire de Dieu, et d'autre part de la pauvre humanité, quand Il a prononcé cette terrible malédiction contre les fauteurs de scandale!

Charles Journet, Le mal - Essai théologique (Saint-Augustin, 2013)

image: Jérôme Bosch, Le jardin des délices / Détail (euclides59.wordpress.com)