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18/05/2017

Morceaux choisis - 667 / Pauline Bebe

Pauline Bebe

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Les difficultés nous empêchent de voir les sources d'eau, les lieux où notre âme peut se désaltérer, reprendre des forces et revivre. Les murs du désespoir se resserrent autour de nous comme un étau et nous ne voyons plus rien, nous fermons à double tour les portes de l'espoir et n'envisageons plus d'issue. Parfois il suffit d'un ange, quelque visage qu'il prenne, celui d'un enfant, d'un ami, d'un rayon de soleil pour prendre conscience de la source d'eau qui est là, toute proche, à portée de bras, à portée de bouche, celle qui va nous permettre du dos de la main d'essuyer nos larmes, de nous relever bien droit, de poser sereinement un pas devant l'autre, et de nous diriger vers la prochaine oasis que nos yeux et notre âme ne soupçonnent pas encore...

Pauline Bebe, A la lumière de ton visage (Actes Sud, 2014)

image: Pietro Perugino, Archangel Raphael with Tobias / 1496-1500 (wikiart.org)

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25/04/2017

Morceaux choisis - 653 / Pauline Bebe

Pauline Bebe

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Les grands enfants que nous sommes aimons laisser des traces et ainsi nous bercer de l'illusion que le monde sera un peu différent lorsque nous le quitterons. Nous imprimons notre je en posant des pierres, en associant des mots, en sifflotant, en essayant de faire le bien autour de nous, en nous efforçant de réparer le monde - imprimer notre marque, laisser une impression, comme si le monde était un grand parchemin sur lequel nous voulions laisser notre chapitre, un mot, juste une lettre parfois, une note de musique, un trait de crayon, un sourire. Les traces sont notre mémoire et ce que nous voulons léguer à nos enfants ou à ceux qui viendront après nous sur cette terre. 

Nous désirons laisser l'empreinte de nos errances et de nos rêves, de nos amours et de nos déceptions, de nos découvertes et de nos émerveillements. Ainsi, selon l'usage talmudique, une génération pourra se tenir sur les épaules de la précédente. Et c'est aussi une manière de tromper la mort, de faire un pied de nez à la finitude, de donner un espoir à l'éternité.

Mais les traces, nous aimons aussi les effacer, passer le curseur suppression sur les ombres de notre vie, comme la gomme à fusain sur les traits d'une esquisse qui s'égarent. Et la mer efface sur le sable les pas des amants désunis (Jacques Prévert). Des traces de pas ou pas de traces. Nous sommes la mer qui nous submerge, nous surfons sur ses vagues et n'en retenons que les écumes. Peut-être que la teshouva, le retour sur soi, est ce correcteur qui efface ce dont nous ne voulons pas nous souvenir: nos amours déçues, nos petitesses, nos étroitesses, la honte de nous-mêmes, la culpabilité qui nous empêche de regarder l'autre dans les yeux et qui fait grimacer l'étincelle divine sur notre visage.

Et heureusement, notre disque dur a une capacité de mémoire limitée et si nous avons la mémoire qui flanche, c'est parfois une bénédiction. Nous choisissons nos souvenirs, nous réécrivons notre histoire en ne retenant que les traits de lumière, et l'ombre est parfois bien nécessaire pour les souvenirs trop douloureux! Le hassid ne nous dit-il pas: Vos vies sont comme des palimpsestes, n'écrivez sur eux que ce que vous souhaitez que l'on retienne.

Pauline Bebe, A la lumière de ton visage (Actes Sud, 2014)

image: http://ninette297.unblog.fr

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11/04/2016

La citation du jour - 458 / Shimon Ben Gamliel

Shimon Ben Gamliel

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J'ai passé toute ma vie parmi les sages, et je n'ai rien trouvé de mieux que le silence.

Shimon Ben Gamliel, dans: Pauline Bebe, Saisir le merveilleux dans l'instant - Une philosophie de la vie au quotidien (Le Passeur, 2015)

image: Israël (footage.framepool.com)

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31/12/2015

Morceaux choisis - 412 / Pauline Bebe

Pauline Bebe

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Qu'est-ce que le merveilleux? C'est ce qui sort de l'ordinaire, ce qui nous fait sourire, rire, aimer, danser, mais aussi ce qui nous fait pleurer, réfléchir, questionner. Il semble que lorsque nous sortons de l'enfance, nous perdions cette capacité à nous plier en deux pour observer une fourmi et la suivre dans son chemin, que nous ne levions plus la tête pour observer les étoiles en tendant la main pour en attraper une, que nous n'accueillions plus le visage de l'autre comme un émerveillement.

Notre vie entre dans la banalité, dans les demi-teintes, dans l'indifférence. Il nous faut des artifices pour nous étonner et nous surprendre, de grandes sensations pour nous sentir en vie. Mais nous oublions que le merveilleux se cache dans l'ordinaire, que le plus miraculeux se lit dans deux mains qui s'effleurent, dans cet entre-deux plein de promesse, dans ces regards qui se croisent et se disent silencieusement toute la flamme de leur amour, dans le chant d'un oiseau qui, de trois notes têtues, accompagne la rosée du matin, dans le bruissement du vent qui fait converser les brins d'herbe. Il suffit d'écouter, de regarder, de respirer pour nourrir son âme et son corps de la poésie de l'instant.

Il nous faut parcourir des chemins comme cet homme qui marche infiniment en grandissant. L'être humain est une question qui se pose perpétuellement mais qui vit dans le mouvement, l'interrogation, la certitude des incertitudes. Il lui faut peser les perspectives, accepter les contradictions, ne jamais s'installer dans un dogme, ne pas se laisser séduire par la facilité de formules toutes faites qui l'enferment dans l'étroitesse de l'obscurantisme. Il lui faut aimer la liberté et sa compagne la responsabilité. La vie est un défi et comme des funambules nous marchons sur le fil tendu de l'espoir. La remise en question est salutaire pour trouver ce shvil hazahav, ce chemin doré du juste milieu qui nous permet d'aborder toutes les grandes questions de la vie avec sagesse et audace.

Dans cette recherche du bien, nous ne sommes pas seuls, car c'est dans le lien à l'autre, la découverte de son visage que s'exerce la responsabilité éthique et que se découvre la spiritualité. Si je salue l'humanité d'autrui, sa dignité, mon visage se met à vivre dans sa lumière, dans son sourire.

Pauline Bebe, Saisir le merveilleux dans l'instant - Une philosophie de la vie au quotidien (Le Passeur, 2015)

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21/12/2014

Morceaux choisis - 188 / Pauline Bebe

Pauline Bebe

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Que va-t-on chercher dans une contrée inconnue, à la conquête de soi, de l'autre, d'un pays ou d'une terre promise? On se lance dans un ailleurs plein de promesse: Et il n'est rien de plus beau que l'instant qui précède le voyage, l'instant où l'horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses, écrit Milan Kundera. Nous tendons la main vers de multiples terres promises qui parfois nous échappent, parfois se laissent apprivoiser et s'abandonnent dans nos bras soupirants. Et lorsque nous sommes au bord de cette terre comme les enfants d'Israël sur ce liseré de forêt qui laisse entre ses feuilles soupçonner la clairière, souvent la peur nous assaille, des papillons dans le ventre, parparim habeten, comme le dit si bien l'expression hébraïque.

Lorsque ce que nous désirons est sur le point de se réaliser, lorsque le rêve veut céder sa place à la réalité aussi séduisante et attendue soit-elle, un beau pays ou une belle personne, on peut avoir envie d'être encore ailleurs. On a peur que la réalité déçoive nos rêves, ou de ne pas être à la hauteur de ce qui est attendu de nous. Alors, comme un orteil qui teste timidement la température de l'eau avant de donner à tout le corps la permission de suivre, avant de me plonger corps et âme dans ce que j'ai longtemps désiré, je muse. 

Ma muse m'attend, je le sais, je n'ai même pas peur de la perdre, elle m'est acquise, alors je goûte à l'instant, avant de goûter le moment, je laisse mon esprit divaguer sur les vagues de l'espoir, je caresse toutes les éventualités, imagine tous les possibles et pourtant tout me surprend. Un peu comme un chercheur qui fait et refait ses expériences mille et une fois pour enfin obtenir un autre résultat, je veux recommencer, je veux réessayer autrement, je veux donner à mon rêve la possibilité d'exister.

Rabbin Pauline Bebe, A la lumière de ton visage (coll. Souffle de l'Esprit/Actes Sud, 2014)

image: André Lemaire, Jérusalem (clio.fr)

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12/10/2014

Chemins de traverse - 109 / Pauline Bebe

Pauline Bebe

littérature,spiritualité,extraits,livres 

Qu'est-ce qu'un miracle? Souvent on pense le miracle comme un événement extraordinaire, inattendu, bouleversant les lois de la nature. Le mot vient de mirari en latin, qui signifie s'étonner. Et la question dubitative est souvent posée: crois-tu au miracle? Sont alors rangés d'un côté les savants éclairés qui ne se laissent pas berner par ces histoires à dormir debout et de l'autre les illuminés qui, les pauvres, ont besoin de ces béquilles artificielles pour pouvoir avancer sur le chemin de la vie, comme des ornières qui les empêcheraient de voir la réalité. Mais les choses sont-elles si simples?

La tradition juive appelle un miracle nes, l'étendard, le drapeau, le mât d'un bateau. Ce mât est sans doute ce que l'on voit en premier, lorsque l'embarcation navigue sur les flots, celui qui porte l'espoir d'un retour, l'assurance de la survie au voyage, à l'aventure, la victoire de la vie sur la tempête, qui remplit le coeur de joie. L'expression la'aloth al nes - grimper sur un miracle ou porter aux nues - est encore plus parlante, comme si par un trait de crayon, nous soulignions un mot sur le parchemin de notre vie, nous orientions un projecteur sur un instant du rouleau du temps qui défile, nous arrêtions la clepsydre du temps.

L'enfant tend son doigt vers la lune et dit elle me sourit, vers le soleil et dit il m'accompagne, se plie en deux pour observer une fourmi et dit elle m'a reconnu. Il n'a pas tort, il s'émerveille, il apprécie l'instant, célèbre le détail et se laisse envahir d'une douceur bienfaisante. Tout est un miracle pour lui sauf, bien sûr, quand ses parents lui disent d'aller se coucher. Ils n'ont vraiment rien compris à la vie: la plupart des miracles, il faut les observer les yeux ouverts!

Rabbin Pauline Bebe, A la lumière de ton visage (coll. Souffle de l'Esprit/Actes Sud, 2014)

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