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22/02/2017

Morceaux choisis - 623 / Martin Luther King

Martin Luther King

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres 

Aujourd'hui, dans la nuit du monde et l'espérance de la Bonne Nouvelle, j'affirme avec audace ma foi en l'avenir de l'humanité! Je refuse de croire que les circonstances actuelles rendront les hommes incapables de faire une terre meilleure. Je refuse de croire que l'être humain n'est qu'un fétu de paille, ballotté par le courant de la vie, sans avoir la possibilité d'influencer en quoi que ce soit le cours des évènements.

Je refuse de partager l'avis de ceux qui prétendent que l'homme est à ce point captif de la nuit sans étoiles, du racisme et de la guerre, que l'aurore radieuse de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir réalité. Je refuse de faire mienne la prédiction cynique que les peuples descendront l'un après l'autre dans le tourbillon du militarisme, vers l'enfer de la destruction thermo-nucléaire. Je crois que la vérité et l'amour sans conditions auront le dernier mot, effectivement. La vie, même vaincue provisoirement, demeure toujours plus forte que la mort.

Je crois fermement que, même au milieu des obus qui éclatent et des canons qui tonnent, il reste l'espoir d'un matin radieux. J'ose croire qu'un jour tous les habitants de la terre pourront recevoir trois repas par jour pour la vie de leur corps, pour l'éducation et la culture, pour la santé de leur esprit, l'égalité et la liberté pour la vie de leur cœur. Je crois également qu'un jour, toute l'humanité reconnaîtra en Dieu la source de son amour. Je crois également que la volonté salvatrice et pacifique deviendra un jour la loi. Le loup et l'agneau pourront se reposer ensemble, chaque homme pourra s'asseoir sous son figuier dans sa vigne, et personne n'aura plus raison d'avoir peur.

Je crois fermement que nous l'emporterons!

Martin Luther King, Discours du prix Nobel de la Paix - Décembre 1964 / extrait (emile.hennart.pagesperso-orange.fr)

10/12/2016

Morceaux choisis - 11 / Martin Luther King

Martin Luther King

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Aujourd'hui, dans la nuit du monde et l'espérance de la Bonne Nouvelle, j'affirme avec audace ma foi en l'avenir de l'humanité! Je refuse de croire que les circonstances actuelles rendront les hommes incapables de faire une terre meilleure. Je refuse de croire que l'être humain n'est qu'un fétu de paille, ballotté par le courant de la vie, sans avoir la possibilité d'influencer en quoi que ce soit le cours des évènements.

Je refuse de partager l'avis de ceux qui prétendent que l'homme est à ce point captif de la nuit sans étoiles, du racisme et de la guerre, que l'aurore radieuse de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir réalité. Je refuse de faire mienne la prédiction cynique que les peuples descendront l'un après l'autre dans le tourbillon du militarisme, vers l'enfer de la destruction thermo-nucléaire.

Je crois que la vérité et l'amour sans conditions auront le dernier mot effectivement. La vie, même vaincue provisoirement, demeure toujours plus forte que la mort. Je crois fermement que, même au milieu des obus qui éclatent et des canons qui tonnent, il reste l'espoir d'un matin radieux. J'ose croire qu'un jour tous les habitants de la terre pourront recevoir trois repas par jour pour la vie de leur corps, pour l'éducation et la culture, pour la santé de leur esprit, l'égalité et la liberté pour la vie de leur cœur.

Je crois également qu'un jour, toute l'humanité reconnaîtra en Dieu la source de son amour. Je crois également que la volonté salvatrice et pacifique deviendra un jour la loi. Le loup et l'agneau pourront se reposer ensemble, chaque homme pourra s'asseoir sous son figuier dans sa vigne, et personne n'aura plus raison d'avoir peur.

Je crois fermement que nous l'emporterons!

Martin Luther King, Discours du Prix Nobel 1964 (emile.hennart.pagesperso-orange.fr)

image: tahitinui.blog.lemonde.fr

11/07/2016

La citation du jour - 507 / Martin Luther King

Martin Luther King

littérature,spiritualité,citations,livres

A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis.

Martin Luther King, Citation (feeb-nantes.org)

image: http://www.gettyimages.ch

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03/12/2015

Morceaux choisis - 396 / Martin Luther King

Martin Luther King 

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Il peut vous arriver de penser que vous avez tout acquis par vous-mêmes. Mais savez-vous que, avant d'être sortis pour venir à cette église, vous avez été dépendants de plus de la moitié du monde? Au lever, vous vous rendez dans la salle de bains pour prendre un peu de savon que vous tend un Français, l'éponge que vous passe un Turc, la serviette que vous propose un habitant d'une île du Pacifique. Puis vous passez à la cuisine pour prendre votre petit déjeuner: un Latino-Américain vous verse une tasse de café, ou peut-être, si vous préférez, un Chinois s'occupe-t-il de votre thé ce matin-là. Ou un Africain de l'ouest vous prépare-t-il un cacao. Puis un fermier de langue anglaise - pour ne rien dire du boulanger - vous tend un peu de pain. Ainsi, avant d'avoir terminé votre petit déjeuner, vous aurez donc été dépendant de plus de la moitié du monde.

Martin Luther King, Minuit quelqu'un frappe à la porte (Bayard Jeunesse, 2000)

image: https://creativemarket.com

20/03/2015

Morceaux choisis - 239 / Martin Luther King

Martin Luther King

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Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve: c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo: Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux.

Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Georgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. Je rêve qu’un jour, même l’Etat du Mississippi, un Etat où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice. Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve!

Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur à la bouche pleine des mots opposition et annulation des lois fédérales, que là même en Alabama, un jour les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve!

Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair. Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud. Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne du désespoir une pierre d’espérance. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les discordes criardes de notre nation en une superbe symphonie de fraternité. Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en sachant qu’un jour, nous serons libres. Ce sera le jour où tous les enfants de Dieu pourront chanter ces paroles qui auront alors un nouveau sens: Mon pays, c’est toi, douce terre de liberté, c’est toi que je chante. Terre où sont morts mes pères, terre dont les pèlerins étaient fiers, que du flanc de chacune de tes montagnes, sonne la cloche de la liberté! Et, si l’Amérique doit être une grande nation, que cela devienne vrai.

Que la cloche de la liberté sonne du haut des merveilleuses collines du New Hampshire! Que la cloche de la liberté sonne du haut des montagnes grandioses de l’Etat de New York! Que la cloche de la liberté sonne du haut des sommets des Alleghanys de Pennsylvanie! Que la cloche de la liberté sonne du haut des cimes neigeuses des montagnes rocheuses du Colorado! Que la cloche de la liberté sonne depuis les pentes harmonieuses de la Californie!

Mais cela ne suffit pas.

Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Stone de Georgie! Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Lookout du Tennessee! Que la cloche de la liberté sonne du haut de chaque colline et de chaque butte du Mississippi! Du flanc de chaque montagne, que sonne le cloche de la liberté!

Quand nous permettrons à la cloche de la liberté de sonner dans chaque village, dans chaque hameau, dans chaque ville et dans chaque Etat, nous pourrons fêter le jour où tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Juifs et les non-Juifs, les Protestants et les Catholiques, pourront se donner la main et chanter les paroles du vieux Negro Spiritual: Enfin libres, enfin libres, grâce en soit rendue au Dieu tout puissant, nous sommes enfin libres!

Martin Luther King, I have a Dream / extrait (jeuneafrique.com)

11/01/2015

La citation du jour - 202 / Martin Luther King

Martin Luther King

littérature,spiritualité,citations,livres

Il n'est pas très facile d'admettre que la force morale possède autant de pouvoir et de vertu que le coup de poing; et que la maîtrise de soi qui refuse la riposte requiert plus de volonté et de courage que le réflexe automatique de rendre coup pour coup.

Matin Luther King, Révolution non violente (coll. Petite Bibliothèque/Payot, 2006)

image: http://www.kaai24.eu

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11/09/2014

Morceaux choisis - 122 / Martin Luther King

Martin Luther King

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Ce fut, lorsque je devins partiellement responsable du boycottage des autobus à Montgomery que je fus confronté réellement avec les épreuves de la vie. Presque aussitôt après le lancement de cette protestation, nous commençâmes à recevoir à domicile des menaces par téléphone et par lettres. Sporadiques au début, elles se multiplièrent de jour en jour. Je les pris d'abord à la légère, estimant qu'elles venaient de quelques têtes chaudes qui se décourageraient dès qu'elles constateraient que nous ne répondions pas. Mais les semaines passant, je compris que beaucoup de ces menaces étaient sérieuses. Je me sentis hésitant et ma peur grandit.

A la fin d'une journée particulièrement chargée, je me couchai à une heure tardive. Ma femme dormait déjà et j'étais sur le point de m'assoupir quand le téléphone sonna. Une voix en colère dit: Ecoute nègre, nous en avons assez de toi. Avant la semaine prochaine, tu regretteras d'être venu à Montgomery. Je raccrochai, mais le sommeil était parti. Il me semblait que toutes mes craintes m'étaient revenues d'un coup. J'avais atteint le point de saturation.

Je sortis du lit et commençai à arpenter le plancher. Finalement, j'allai à la cuisine et fis chauffer du café. J'étais prêt à abandonner. J'essayai de trouver un moyen de disparaître sans avoir l'air d'un lâche. Dans un état d'épuisement, alors que mon courage était presque entièrement perdu, je décidai de remettre mon problème à Dieu. La tête dans les mains, je m'inclinai sur la table de la cuisine et je priai à haute voix. Ce que je dis à Dieu cette nuit-là est encore vivant dans ma mémoire: Je me suis dressé ici pour ce que je crois être juste. Mais maintenant j'ai peur. Les gens se tournent vers moi pour être guidés et si je vais devant eux sans force et sans courage, eux aussi chancelleront. Je suis au bout de mes forces. Il ne me reste rien. J'en suis venu au point où seul je ne puis plus faire face.

A ce moment même, j'eus conscience de la présence divine comme jamais auparavant. C'était comme si je pouvais entendre la tranquille assurance d'une voix intérieure: Debout pour la justice. Debout pour la vérité. Dieu sera toujours à tes côtés. Presque aussitôt mes craintes commencèrent à me quitter. Mon incertitude disparut. J'étais prêt à tout affronter. La situation extérieure n'avait pas changé, mais Dieu m'avait donné le calme intérieur.

Martin Luther King, La force d'aimer (Casterman, 1990)

26/05/2014

Chemins de traverse - 26 / Daniel Barenboim

Daniel Barenboim

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Vingt-quatre heures seulement. Pour changer le monde, il faut agir vite. Dans mon rêve, je suis Premier ministre d'Israël. Ma baguette dirige une nouvelle et magnifique symphonie: le traité marquant la coexistence amicale d'Israël et de la Palestine. Avec cette oeuvre, je réalise ce qui, ici et maintenant, semble impossible: l'égalité des droits de ces deux peuples du Proche-Orient. L'ouverture indique que Jésusalem est la capitale commune. Cette ville sainte doit être la demeure partagée des chrétiens, musulmans et juifs, Jérusalem a pour moi les résonances polyphoniques d'une ville qui, plus encore que Rome ou Athènes, renvoie à l'époque mythique de l'histoire de l'humanité.

Jeudi matin, huit heures. Le temps est ensoleillé, l'air est doux. C'est une belle journée d'automne, qui promet de devenir historique. Le philosophe Baruch Spinoza frappe à la porte de ma résidence, en face du mur des Lamentations de Jérusalem. Je l'ai choisi comme conseiller, bien qu'il soit mort depuis plus de trois cents ans. Il a apporté du hoummous, mon plat préféré. A quoi s'ajoutent du jus d'orange fraîchement pressé et du café fort. 

Nous avons à peine fini de nous sustenter que le téléphone sonne. C'est mon ami Edward Said. Dans la vie, il est professeur de littérature à Columbia University, mais dans mon rêve il a été choisi par les Palestiniens pour signer le traité. Hé, lui dis-je, Où es-tu? Nous voulons conclure la paix aujourd'hui, et tu es en retard? Lorsqu'il finit par arriver, nous savons tous trois, Spinoza, Said et moi, qu'il n'y aura pas de retour en arrière. Pour commencer, nous décidons que le traité d'amitié prendra effet le 15 mai; car ce jour-là, cinquante et un ans auparavant, nos deux peuples combattaient l'un contre l'autre. Pour les Juifs, c'était la guerre d'indépendance; pour les Palestiniens, c'était le al-Nakhab, la catastrophe. Cet anniversaire de la guerre d'hier doit désormais n'être plus que le jour de la paix.

Trois conditions doivent être réunies, sinon le traité ne vaudra pas le papier sur lequel il est écrit. Premièrement, les deux nations sont obligées de collaborer. Cette coopération sera si étroite que nos avenirs économiques, mais aussi culturels et scientifiques, seront imbriqués. Cela veut dire que la Palestine et Israël seront aussi proches qu'une famille. Et cela implique qu'ils soient solidaires. Par exemple, que faire de l'argent que les banques européennes ont volé aux Juifs à l'époque nazie? Mon rêve, s'il n'y a pas de survivants à qui donner l'argent, est qu'Israël consacre ces millions de dollars aux réfugiés palestiniens.

Deuxièmement, je suis partisan d'armer les deux nations. Israël doit rester vigilant face au monde arabe, mais la Palestine aussi, ne serait-ce que pour des raisons psychologiques. Pour les Juifs ultra-religieux, ce sera très difficile à accepter. Je prévois une option dans mon traité pour séparer l'Eglise de l'Etat, comme dans le reste du monde occidental. Je ferai tout pour les religieux et l'étude de la religion. Après tout, le judaïsme est presque une science, et le Talmud est bien plus qu'un texte qu'on déclame. Mais que faire du spectre des groupes religieux extrémistes?

Enfin, le traité prévoira la création de nouveaux services secrets, intégrés à un ministère comprenant l'armée et la police. Pourquoi ne pas le baptiser ministère de la paix? C'est un juge, et non un militaire, qui sera à sa tête. Il sera garant d'une transparence et d'une conduite qui seraient impossibles avec les faucons de l'armée. Dans mon rêve, cela ouvrira pour beaucoup de nouveaux horizons. Ce sera une époque mouvementée, avec peut-être des débordements d'émotion. Quiconque attenterait à la paix serait condamné à cinq années dans une espèce de goulag. On y enverrait également les Palestiniens. Ce type de châtiment les amènerait à se repentir. Les fauteurs de troubles n'auront plus qu'à se regarder droit dans les yeux?

Tandis que nous finissons de définir les trois axes du traité, les invités commencent à arriver: intellectuels, musiciens, écrivains et philosophes israéliens et palestiniens. Leurs opinions sont la pierre de touche pour la paix. La fumée de cigare imprègne l'air. On discute beaucoup. Soudain, on entend frapper. La salle se tait et, comme un seul homme, tous mes invités se tournent vers la porte. David Ben Gourion arrive avec Gamal Abdul Nasser. Dans mon rêve, ils ont formé une alliance et sont contre mon traité. Ils déversent leur mépris sur Said et moi-même, agitant leur index, psalmodiant des mots comme trahison d'Israël, et trahison du nationalisme arabe.

Imperturbable, je leur explique que le moment est venu d'abandonner le contrôle sur un million et demi de Palestiniens. Nous avons le devoir d'avancer. C'est impératif non seulement pour des raisons morales, mais également pour l'avenir du judaïsme. Si l'Etat d'Israël n'apprend pas à s'engager dans la voie de la paix et à ouvrir ses frontières, il risque de devenir un ghetto. Il est crucial que mon peuple comprenne qu'il ne s'agit pas de faire plaisir aux Palestiniens, et que c'est l'unique occasion que nous, Juifs, avons pour évoluer. Ceux qui s'épuisent à faire la guerre n'auront plus aucune force pour un avenir de paix. Ben Gourion et Nasser sont impressionnés.

Puis je leur raconte une histoire drôle juive qui illustre les luttes internes de mon peuple. Cinq Juifs se rencontrent pour décider de ce qui est important pour la race humaine. Moïse se gratte la tête et dit: La faculté de penser. Jésus met la main sur son coeur et dit: La compassion. Marx se frotte l'estomac et dit: La nourriture. Freud, la main à l'entrejambe, dit: Le sexe. Einstein se touche les genoux et dit: Tout est relatif. L'histoire explique pourquoi nous, Juifs, sommes si souvent consumés par le doute.

La journée se termine par une fête. C'est l'heure de dîner. Le festin est généreux: des plats casher à côté de mets arabes. Albert Einstein est là, un peu grognon car il est persuadé que les champs gravitationnels entre les deux camps vont mettre mes projets en lambeaux. Il est assis à côté de Spinoza, qui explique comment la foi en une seule idée peut totalement saper les forces. Bien sûr, l'auteur dramatique Heiner Müller est également présent. Il fume un long et luxueux cigare, et fait des déclarations comme Shakespeare utilise Hamlet comme alter ego pour changer le monde. Le chancelier allemand Gerhard Schröder est toléré parce qu'il offre une boîte de Cohibas. Ludwig van Beethoven préside, la tête penchée, esquissant des notes tout en imaginant un fabuleux hymne pour les deux nouveaux Etats. Richard von Weizsäcker, toujours aussi élégant, grand homme d'Etat et ami d'Israël, parle des similitudes entre Berlin et Jérusalem. Je suis en train de me demander s'il doit être le premier maire de la nouvelle capitale, Jérusalem, lorsque Martin Luther King entre et s'écrie: Tu fais un rêve? C'est Barenboim, n'est-ce pas? Il me prend par les épaules, me passe la main sur la tête en disant: Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Tu es vivant et je suis mort.

Est-ce vraiment un rêve? En réalité, j'ai déjà réalisé mon rêve à une petite échelle. J'ai créé cet été un orchestre dans lequel de jeunes musiciens juifs et palestiniens jouent ensemble, comme ils l'avaient toujours fait. Grâce à la musique, nous avons chassé l'hostilité. Il est intolérable de penser qu'au moment d'entrer dans le nouveau millénaire, le Moyen-Orient reste ce qu'il a été tout au long de ce siècle: une poudrière, une région de haine avec des peuples en quête de suprématie nationale. Dans mon rêve, il ne faut que vingt-quatre heures pour faire la paix. La politique peut demander plus de temps, mais non un temps infini. 

Daniel Barenboim, I have a dream / Octobre 1999, dans: La musique éveille le temps (Fayard, 2009)

image: Daniel Barenboim et Edward Said (gregmitchellwriter.blogspot.com)

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