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10/04/2015

Pouvoir du mal, visage de Dieu - 5

Pouvoir du mal, visage de Dieu - V

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L'absolue certitude où nous sommes que Dieu prévient chaque adulte de la surabondance de Ses grâces, qu'Il ne va pas moissonner où Il n'a pas semé, nous la savons vérifiée en d'innombrables cas par notre expérience de pécheurs. Mais n'est-elle pas, en d'autres circonstances, démentie par les faits, n'est-ce pas une gageure de la maintenir en face de l'effrayante détresse de la vie et de la mort de tant d'êtres humains?

Le chrétien pense à ces abandonnés dont le sort éveille dans l'âme une angoisse intolérable, à cause de la nuit tout à fait noire dans laquelle la mort les a frappés... Je parle de tant de pauvres êtres qui n'avaient rien fait que leur humble besogne ordinaire et sur lesquels, en un instant, la mort s'est jetée comme une bête. Immolés par les caprices de la guerre et de la férocité, persécutés non pour la justice, à laquelle ils ne songeaient même pas, mais pour l'acte innocent de leur simple existence en un point malchanceux de l'espace et du temps. Et que sont leur supplice et leur mort, sinon l'image et le brusque abrégé où nous pouvons lire les souffrances de millions de pauvres au cours des siècles, broyés par la grande machine d'orgueil et de rapine aussi vieille que l'humanité? Combien d'autres sont morts tout à fait abandonnés. Ils n'ont pas donné leur vie, on leur a pris leur vie, dans les ténèbres de l'horreur. Ils ont souffert sans l'avoir voulu. Ils n'ont pas su pourquoi ils mouraient. Ceux qui savent pourquoi ils meurent sont de grands privilégiés. (Jacques Maritain)

Et voici maintenant la réponse, l'ultime réponse possible: Tout semble se passer comme si l'agonie de Jésus était quelque chose de si divinement immense qu'il faille, pour qu'une image en passe parmi Ses membres, et pour que les hommes participent complètement à ce grand trésor d'amour et de sang, qu'elle se partage en eux selon ses aspects contrastants. Les saints y entrent volontairement, en s'offrant avec Lui... La béatitude des persécutés illumine leur existence terrestre. Mais les tout à fait abandonnés, les victimes de la nuit, ceux qui meurent comme des réprouvés de l'existence terrestre, ceux qui sont jetés dans l'agonie du Christ sans le savoir et involontairement, c'est une autre face de cette agonie qu'ils manifestent, et il faut sans doute que tout soit manifesté... Le grand troupeau des vrais misérables, des morts sans consolation, comment n'aurait-Il pas soin de ceux qui portent cette marque-là de Son agonie? Comment, s'ils ne sont pas trouvés en rébellion contre l'Auteur de leur vie, leur délaissement même ne serait-il pas la signature de leur appartenance au Sauveur crucifié et un titre suprême à Sa miséricorde? Au détour de la mort, dans l'instant qu'ils passent de l'autre côté du voile, et que l'âme va quitter une chair dont le monde n'a pas voulu, n'a-t-Il pas le temps de leur dire encore: Tu seras avec moi en paradis (Jacques Maritain), même quand pour eux, jusqu'à l'extrême limite, rien, même du côté de Dieu, n'aura lui aux yeux des hommes?  

Charles Journet, Le mal - Essai théologique (Saint-Augustin, 2013)

image: Jérôme Bosch, Le jardin des délices / Détail (euclides59.wordpress.com)

09/04/2015

La citation du jour - 254 / Jacques Maritain

Jacques Maritain

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Si les gens savaient que Dieu souffre avec nous et beaucoup plus que nous, de tout le mal qui ravage la terre, bien des choses changeraient sans doute et bien des âmes seraient libérées.

Jacques Maritain,  dans: François Varillon, La souffrance de Dieu (Bayard, 1975)

image: Francisco Goya, Les fusillades du 3 mai 1808 (amidache72.blogspot.com)

Pouvoir du mal, visage de Dieu - 6

Pouvoir du mal, visage de Dieu - VI

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Dieu est trop bon pour qu'il y ait un enfer; Il est trop bon pour tolérer l'enfer, un enfer éternel. 

Mais c'est l'homme qui est responsable de l'enfer, ce n'est pas Dieu. Si secourable qu'Il cherche à être pour nous, dans Sa Bonté infinie, Dieu peut tolérer que l'homme veuille lui résister, Il peut tolérer que l'homme éternellement veuille lui résister.

Dieu est trop bon, dit-on, pour ne pas pardonner? C'est justement ce qu'Il fait: tout, Il pardonne tout dès que le coeur se repent. Si le diable se repentait il serait tout de suite pardonné. Mais le péché sans repentir ne peut pas être pardonné, pas plus que Dieu ne peut s'anéantir; il postule un monde à lui, privé de Dieu comme lui, un feu à lui presque aussi dur que celui de la charité, et où, cependant la pitié de Dieu, qui de rien n'est absente, fait que l'on pâtit moins qu'on ne l'a mérité. L'Amour a tout créé pour diffuser la beauté divine, il ne peut être vaincu; si je refuse de le manifester en miséricorde, je le manifesterai en justice. C'est ce refus qui est obscur. (Jacques Maritain)

Charles Journet, Le mal - Essai théologique (Saint-Augustin, 2013)

image: Jérôme Bosch, Le jardin des délices / Détail (euclides59.wordpress.com)

31/10/2014

Morceaux choisis - 153 / Jacques Maritain

Jacques Maritain 

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Ma solitude à moi? Il me semble que c'était celle d'une espèce de scaphandrier maladroit, avançant comme il pouvait au milieu de la faune sous-marine des vérités captives et des larmes du temps. On ne saura jamais à quelles tentations de tristesse noire et de désespoir un philosophe peut être exposé à mesure qu'il descend dans la connaissance de soi-même et de la grande pitié qui est au monde. C'est dans la nuit qu'enfin sera ici-bas son repos, si dans cette nuit plus proche de Dieu que le jour, plus désolée aussi, une invisible main qu'il aime le conduit comme un aveugle.

Jacques Maritain, Carnet de notes, dans: Daniel-Ange, Les feux du désert, vol. 1 / Solitudes (Rémy Magermans, 1973)

09/10/2014

Morceaux choisis - 140 / Raïssa Maritain

Raïssa Maritain

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On se sent la toute petite chose que l'on est
Que l'on se savait être
Maintenant on le sait dans l'esprit
Et dans l'âme et dans le corps
On vit ce vide avec une joie simple
Il y a une lumière dans ce vide
Elle vient d'ailleurs
Elle ne désigne rien que ce vide
Et cet ailleurs
On est sans défense mais aussi sans crainte
C'est le repos de ce qui est sans défense
Et qui ne veut plus rien défendre en soi
Pas même sa vie - peut-être
 
Tout le trésor des souffrances passées
Toujours présentes
Repose en paix et dit un chant d'appel
A la miséricorde
 
Ma misère est avec moi comme une chose
Dont un miracle aurait soustrait le poids.

Raïssa Maritain, Portes de l'horizon, dans: Charles Journet, La Messe - Présence du sacrifice de la Croix (Desclée de Brouwer, 1957)

image: http://stsauveurschola.blogspot.ch