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10/04/2017

Chemins de traverse - 547 / Laurent Gaudé

Laurent Gaudé

littérature,poésie,extraits,livres

Je vous ai vus
Et vous m'avez mené jusqu'à cette église,
Un peu plus haute que les autres baraques
Et cerclée d'une palissade de bois.
Sainte-Détresse-des-Erythréens.
 
Je m'arrête.
Je reste là,
Devant cette bâtisse fragile,
Improbable.
Qu'est-ce que Dieu est venu faire ici?
 
Une cloche pend devant la porte.
On a habillé la façade pour Noël.
Il y a donc des hommes, des femmes
Qui savent encore prier?
Notre-Dame-des-Jungles, donnez-moi la force...
Notre-Dame-des-Jungles,
faites que que nous réussissions à passer...
Sainte-Mère-de-l'Usure-et-de-la-Honte,
Sainte-Solitude-d'Afrique-au-Milieu-des-Dunes,
Merci.
D'avoir construit cette église -
La plus belle que j'aie jamais vue,
Merci.
 
Je n'irai pas y prier car je n'ai pas de Dieu
Mais elle est le signe de votre dignité
Et d'un espoir, encore, en vous,
Malgré la crasse et l'usure du vent.
 
Notre-Dame-des-Jungles,
Veillez sur les tentes, les baraques,
Les désespoirs.
Veillez sur la vie qui est là, encore,
S'accroche, lutte pour ne pas céder,
Résiste à la malnutrition,
A la faiblesse face au froid,
Aux fièvres et aux crachats.
 
Notre-Dame-des-Jungles,
On vous brûlera peut-être demain,
Les incendies prennent vite ici
Et courent d'une baraque à l'autre.
A moins que les pelleteuses
Ne vous renversent
Lorsqu'elles l'auront décidé...
 
Pourquoi devriez-vous survivre à tout?
Pourquoi ne connaîtriez-vous pas le même sort
Que ceux qui vous ont construite?
Peut-être ne serez-vous plus là
Lorsque je reviendrai,
Mais du moins vous avez existé,
Notre-Dame-des-Jungles,
Et cela ne sera pas oublié.
 
Je m'arrête là,
Sans entrer dans l'église.
J'ai poussé la bâche qui sert de porte.
J'ai vu les tapis propres,
Les petites lumières, chiches,
Mais joliment agencées,
J'ai vu l'autel où vous déposez vos espoirs.
Je n'entre pas, ne passe pas le seuil,
Car je ne suis pas un des vôtres
Mais je dépose dans le sable
Mouillé par la pluie
Les mots que j'ai en moi.
 
Ci-gît la France
Qui n'a pas le courage de ses valeurs.
Ci-gît l'Europe et mon âme
D'avoir vu votre misère.
Ci-gît un peu de l'homme d'où qu'il soit,
Car en des terres
Le mot "frère" a été oublié.
 
Et lorsque les pelleteuses
Auront fait place nette,
Lorsqu'elles auront piétiné
Ce que vous avez patiemment construit,
Elles s'apercevront peut-être,
Mais trop tard,
Que ce sur quoi elles roulent,
Ce qu'elles tassent,
Et font disparaître,
C'est notre dignité.

Laurent Gaudé, Notre-Dame-des-Jungles / extrait, dans: De sang et de lumière (Actes Sud, 2017)

image: La jungle de Calais, France / 2016 (images.midilibre.fr)

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La citation du jour - 630 / Dietrich Bonhoeffer

Dietrich Bonhoeffer

littérature,spiritualité,citations,livres

Nous hébergeons en nous pour ainsi dire Dieu et le monde entier.

Dietrich Bonhoeffer, Résistance et soumission (Labor et Fides, 2006)

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09/04/2017

Une étreinte de feu - 8 / Thérèse de l'Enfant Jésus

Thérèse de l'Enfant Jésus (Thérèse de Lisieux)

0_1.jpg

Longtemps encore je veux bien vivre, Seigneur, si c'est là Ton désir. Dans le Ciel je voudrais Te suivre, si cela Te faisait plaisir. L'Amour, ce feu de la Patrie, ne cesse de me consumer. Que me fait la mort ou la vie, mon seul bonheur, c'est de T'aimer.

Thérèse de Lisieux, Novissima Verba, dans: Hans-Urs von Balthasar, Thérèse de Lisieux - Histoire d'une mission (Editions Paulines, 1971)

image: imagessaintes.canalblog.com

Chant sacré - 4 / Chant grégorien

Gregorian Chant

"Te Deum"

 

Benedictine Nuns of St. Cecilia's Abbey


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La nuit comme le jour illumine - 12

Cristina Kaufmann

La nuit comme le jour illumine - XII

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Malgré la tristesse
j'aimerais être un sourire

malgré le meurtre partout
j'aimerais chanter la vie

malgré la vulgarité
j'aimerais fleurir:
une étoile bleue
au bord de la poussière

malgré la nuit
j'aimerais brûler

malgré le grand silence
j'aimerais être prononcée

malgré le froid
j'aimerais étendre mes mains
comblées de tendresse
vers Dieu.

Eric de Rus, Cristina Kaufmann - Une existence épiphanique (Ad Solem, 2013)

image: Carmel du Pâquier, Suisse (carmel-lepaquier.com)

Une étreinte de feu - 273 / Claudio Montale

Claudio Montale

littérature,spiritualité,prières,livres 

Seigneur mon Dieu, d’où vient-il que si, par Ta grâce, je participe à Ta joie divine, je remets à plus tard, bien souvent avec désinvolture, tout acte de pénitence, tout effort et toute persévérance, contrariant ainsi le bonheur que Tu veux révéler en mon âme, aujourd'hui? Que Ton Esprit Saint ravive mon désir d'abandonner entre Tes mains toutes mes faiblesses, sans artifices, sans excuses ni justifications, au nom de Ton Amour infini. Que guéri de mes blessures et des vaines agitations de ce monde, je célèbre d'un coeur libre et ardent Ta seule gloire, manifestée par Ton Fils bien-aimé dans toute Son humanité.

Claudio Montale, Prière du dimanche des Rameaux (prier.be)

image: Carmel de Flavignerot, Dijon / France (elisabeth-dijon.org)

08/04/2017

Morceaux choisis - 645 / Jean-Paul 1er

Jean-Paul 1er

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Les grands principes doivent se couler dans la vie des hommes. Or les hommes sont comme les feuilles d'un arbre: toutes semblables, aucune parfaitement semblable à l'autre. Ils se présentent à nous différents l'un de l'autre, par la culture, le tempérament, la famille, les circonstances, l'état d'âme. Attention donc aux circonstances, aux états d'âme. S'ils changent, changez vous aussi, non les principes, mais leur application à la réalité du moment.

Toutefois, je n'appelle pas prudence l'excessive désinvolture dans le changement. La bonne tactique des justes dosages et des adaptations n'est pas l'opportunisme. Il ne s'agit pas de tourner le dos à celui qui tombe en disgrâce, ni de rivaliser d'adresse pour tordre ses principes et son âme. Comme n'est pas non plus prudente l'attitude de qui s'obstine à ne pas prendre acte de réalités qui crèvent les yeux et tombe dans une rigidité excessive, dans l'intégrisme. Cela arrive. Tel s'empare d'une idée, l'enfouit en terre et continue à monter la garde autour d'elle, à la défendre jalousement toute sa vie,  sans jamais plus la réexaminer, sans vouloir vérifier ce qu'elle est devenue après tant de pluies et de vents, de tempêtes, d'événements et de changements.

La vie est bien autre chose: cherchez autant à savoir que comprendre. Comme je le disais plus haut, posséder les principes et les appliquer à la réalité, c'est le début de la prudence.

Albino Luciani / Jean-Paul 1er, De saint Bernard de Clairvaux, dans: Humblement vôtre (Nouvelle Cité, 1978)

image: Saint Bernard de Clairvaux, Vitrail - Musée de Cluny, Paris / France (fr.wikipedia.org)