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25/10/2016

Chemins de traverse - 475 / Graham Greene

Graham Greene

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Vous essayer de tout attirer dans les rets de votre foi, mon Père, mais vous ne pouvez accaparer toutes les vertus. La douceur n'est pas chrétienne, l'abnégation n'est pas chrétienne, la charité ne l'est pas, le remords non plus. Je suppose que l'homme des cavernes pleurait en voyant couler les larmes de son voisin. N'avez-vous jamais vu pleurer un chien? Dans le dernier refroidissement de la terre, quand le vide de votre croyance sera enfin dévoilé, il restera toujours quelque imbécile, à l'esprit obnubilé, qui couvrira de son corps un autre homme afin de lui procurer la chaleur nécessaire pour vivre une heure de plus.

Graham Greene, La saison des pluies (Robert Laffont, 1977)

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29/07/2016

Chemins de traverse - 434 / Graham Greene

Graham Greene

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Tu prétends M'aimer, et pourtant tu Me fais ceci... tu Me prives de toi pour toujours. Je t'ai préservé de plus de dangers que tu ne le sauras jamais. C'est Moi qui ai mis en toi ce désir de paix afin que Je puisse un jour satisfaire ce désir et contempler ta béatitude. Et voici que tu Me repousses, que tu Me places hors de ton atteinte. Quand nous nous parlons, nous ne sommes pas séparés par des lettres majuscules; Je ne suis pas Vous, mais simplement Toi, lorsque tu Me parles; Je suis aussi humble que n'importe quel autre mendiant. Ne peux-tu t'en remettre à Moi comme tu le ferais d'un chien fidèle? Il y a deux mille ans que Je te suis fidèle. Tout ce que tu as à faire est ceci: appuyer sur une sonnette; entrer dans un confessionnal, te confesser... le repentir est déjà là, il tire sur ton coeur.  

Graham Greene, Le fond du problème (coll. 10x18/UGE, 2006)

image: http://topyaps.com

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21/07/2016

Chemins de traverse - 429 / Graham Greene

Graham Greene

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Les saints ont employé le langage de l'amour humain pour décrire leur vision de Dieu; de même, je suppose, pourrions-nous faire usage des mots prière, méditation, contemplation, pour traduire l'intensité de l'amour que nous ressentons pour une femme. Nous aussi, nous renonçons à la mémoire, à l'intelligence et à la science, et nous aussi nous subissons l'épreuve du dépouillement, de la noche sombre, avec parfois, en manière de récompense, une sorte de paix.

Graham Greene, La fin d'une liaison (coll. 10-18/UGE, 2000)

image: La fin d'une liaison, film de Ralph Fiennes / 1999 (theguardian.com)

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18/05/2016

Chemins de traverse - 400 / Graham Greene

Graham Greene

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Après tout, était-il vraiment digne de l'Enfer? Des larmes roulèrent sur son visage; à ce moment-là, il n'avait plus peur de la damnation, même la peur de la souffrance corporelle avait reculé au second plan. Il ne ressentait qu'une immense déception de devoir se présenter devant Dieu les mains vides, parce qu'il n'avait rien fait du tout. Il lui sembla alors qu'il eût été très facile d'être un saint. Il n'était besoin que d'un peu d'empire sur soi, d'un peu de courage. Il avait le même sentiment qu'un homme qui a laissé fuir le bonheur en arrivant quelques minutes trop tard à un endroit fixé. Il savait maintenant qu'en fin de compte une seule chose importe vraiment: être un saint.

Graham Greene, La puissance et la gloire (coll. Livre de Poche/LGF, 2003)

image: John Haynes (mbird.com)

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14/05/2016

Chemins de traverse - 398 / Graham Greene

Graham Greene

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L'orgueil est ce qui causa la chute des anges. L'orgueil est la pire des fautes. Je pensais que j'étais un type merveilleux d'être resté au pays alors que tous les autres étaient partis. Puis j'ai pensé que j'étais si exceptionnel que je pouvais n'obéir qu'à mes propres lois. Je cessai de jeûner, je renonçai à la messe quotidienne, je négligeai mes prières... et puis un beau jour, simplement parce que j'étais ivre, que je me sentais seul... vous voyez ce qui a pu se passer... j'ai eu un enfant. Tout cela, je l'ai fait par orgueil. L'orgueil d'être resté. Du moins je ne servais pas à grand-chose. J'en suis arrivé à n'avoir même pas cent communions par mois. Si j'étais parti, j'aurais donné le bon Dieu à douze fois ce nombre de fidèles. C'est une erreur que l'on commet... de penser que parce qu'une chose est difficile ou dangereuse...

Graham Greene, La puissance et la gloire (coll. Livre de Poche/LGF, 2003)

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11/03/2014

Chemins de traverse - 10 / Graham Greene

Graham Greene

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Le docteur ouvrit le tiroir de son bureau. A l'intérieur, il y avait une photographie de femme. Elle gisait là, dans l'attente, cachée aux regards étrangers, protégée de la poussière, toujours présente lorsque le tiroir s'ouvrait. 

- Cette chambre me manquera... où que je sois. Vous ne m'avez jamais parlé de votre femme, docteur. Comment est-elle morte?

- Maladie du sommeil. Elle passait beaucoup de temps dans la brousse, au début pour essayer de persuader les lépreux de venir se faire soigner. Nous n'avions pas, alors, contre la maladie du sommeil, les remèdes efficaces que nous avons à présent. Les gens meurent trop vite. 

- Mon espoir était de finir dans le même bout de terre qu'elle et vous. Nous aurions composé un coin des athées, à nous trois.

- Je me demande si vous seriez qualifié pour cela. 

- Pourquoi pas? 

- Vous êtes trop tourmenté par votre manque de foi, Querry. Vous le triturez sans arrêt, comme un bobo dont vous voudriez vous débarrasser. Je me contente du mythe, vous pas... vous voudriez être croyant ou incroyant. 

- Quelqu'un appelle dehors, dit Querry. J'ai cru un moment que c'était mon nom. Mais quel que ce soit le nom que l'on crie, nous imaginons toujours que c'est le nôtre. Il ne s'en faut que d'une syllabe pour que ce soit le même. Nous rapportons tout à nous.

- Vous avez dû connaître une foi immense pour qu'elle vous manque à ce point. 

- J'ai avalé d'un trait tous leurs mythes, si vous appelez cela la foi. Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Maintenant, lorsque je relis ce passage, son symbolisme m'apparaît très évident, mais comment espérer que de pauvres hommes habitués à manier leurs filets et leurs barques aient reconnu le symbole? Ce n'est qu'à mes moments de superstition que je me rappelle avoir renoncé au sacrement avant d'avoir renoncé à la foi et les prêtres y trouveraient sûrement un rapport. Je suppose que la foi est une sorte de vocation et que la plupart des hommes n'ont pas de place, en leur cerveau ou en leur coeur, pour deux vocations. Si nous croyons vraiment à quelque chose, nous n'avons pas le choix, n'est-ce pas? Il nous faut aller toujours plus loin. Autrement la vie, lentement, effrite et épuise la foi. Mon architecture était statique. On ne peut pas plus être un demi-croyant qu'un demi-architecte.

- Voulez-vous dire que même cette moitié, vous avez cessé de l'être?

- Sans doute ma vocation n'était-elle pas assez forte, dans un sens comme dans l'autre, et le genre de vie que j'ai mené a tué les deux. Il faut qu'une vocation soit très solide pour résister au succès. Le prêtre en vogue et l'architecte en vogue... leurs talents facilement tués par le dégoût.

- Le dégoût?  

- Le dégoût de la louange. Comme cela vous écoeure, docteur, à force de stupidité! Les mêmes gens qui détruisaient mes églises glorifiaient ensuite le plus bruyamment ce que j'avais construit. Les livres qu'ils écrivaient sur mes oeuvres, les pieuses intentions qu'ils m'attribuaient, suffisaient à me donner la nausée devant ma planche à dessin. Il aurait fallu plus de foi que je n'en avais pour résister à cela...

- La plupart des hommes semblent supporter le succès assez agréablement. Mais vous, vous êtes venu ici. 

- Je crois que je suis guéri d'à peu près tout, fût-ce du dégoût. J'ai été heureux ici...

Graham Greene, La saison des pluies (Laffont, 1960)

image: Léproserie - Nacopa / Mozambique (santegidio.org)

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