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27/05/2017

Chemins de traverse - 11 / Georges Bernanos

Georges Bernanos

littérature,roman,extraits,livres

Je voudrais vous donner ce que j'ai, ce que vous aimiez si fort, et dont je n'ai plus besoin maintenant - je n'en aurai jamais plus besoin, jamais - ma joie, ma pauvre joie qui vous plaisait. Je vous ai toujours obéi sans peine, comme vous désiriez l'être, avec allégresse. Et après tout, il est bien possible que cette allégresse fut vaine, mais quoi! N'est-ce pas vous qui vous étonniez un jour des grandes choses que Dieu sait tirer pour lui seul du rire d'un petit enfant?... Peut-être est-il bon aussi que j'apprenne à ménager la merveilleuse espérance dont je croyais la source intarissable, que je prodiguais sans y songer, follement, comme un présent de nul prix. L'espérance, après tout, c'est la parole divine, et la parole divine est à la fois suave et terrible. J'ai trop souri à la mort, ainsi qu'à tout le reste: il est juste que je voie aujourd'hui son vrai visage. Je l'ai vue. Je l'accepte ainsi, telle que vous me l'avez montrée: je la reçois véritablement de votre main...

Et maintenant... Et maintenant... comment vous dire?... Maintenant je vous supplie de n'être plus qu'heureux... heureux comme j'étais heureuse, ce matin, en vous regardant dormir, si calme, déjà hors de notre présence, à moitié dans l'ombre et à moitié dans la lumière. Ne vous détournez pas de moi ainsi, pour toujours, sur une dernière parole de tristesse. M'entendez-vous?

Après Dieu, c'est à vous que je devais ma joie, vous dis-je. Reprenez-la. Daignez la consommer tout entière, d'un seul coup, seulement pour franchir ce petit passage. S'il vous plaît de me laisser dans le doute, ne m'épargnez pas. Mais s'il est vrai que... par impossible... vous ayez besoin de moi, il me semble que je trouverais le moyen de vous être utile, peut-être... si vous vouliez du moins... Le voulez-vous?

Georges Bernanos, L'imposture (Castor Astral, 2010)

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17/07/2016

Convergences musicales - 113 / Francis Poulenc

Francis Poulenc

"Dialogue des Carmélites"

Scène finale

 

Anne-Sophie Schmidt, Hedwig Fassbender

Patricia Petibon, Valérie Millot

Laurence Dale, Nadine Denize

Henry Didier

Orchestre Philharmonique de Strasbourg

Choeurs de L'Opéra national du Rhin

Jan Latham-Koenig


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17/03/2016

Morceaux choisis - 8 / Georges Bernanos

Georges Bernanos

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Je suis rentré chez moi très tard, et j'ai croisé sur la route de vieux Clovis qui m'a remis un paquet de la part de madame la comtesse. Je ne me décidais pas à l'ouvrir, et pourtant, je savais ce qu'il contenait. C'était le petit médaillon, maintenant vide, au bout de sa chaîne brisée. 

Il y avait une lettre. La voici. Elle est étrange.

Monsieur le curé, je ne vous crois pas capable d'imaginer l'état dans lequel vous m'avez laissée, ces questions de psychologie doivent vous laisser parfaitement indifférent. Que vous dire? Le souvenir désespéré d'un petit enfant me tenait éloignée de tout, dans une solitude effrayante, et il me semble qu'un autre enfant m'a tirée de cette solitude. j'espère ne pas vous froisser en vous traitant ainsi d'enfant? Vous l'êtes. Que le bon Dieu vous garde tel, à jamais!

Je me demande ce que vous avez fait, comment vous l'avez fait. Ou plutôt, je ne me le demande plus. Tout est bien. Je ne croyais pas la résignation possible. Et ce n'est pas la résignation qui est venue, en effet. Elle n'est pas dans ma nature, et mon pressentiment là-dessus ne me trompait pas. Je ne suis pas résignée, je suis heureuse. Je ne désire rien.

Ne m'attendez pas demain. J'irai me confesser à l'abbé X... comme d'habitude. Je tâcherai de le faire avec le plus de sincérité, mais aussi avec le plus de discrétion possible, n'est-ce-pas? Tout cela est tellement simple! Quand j'aurai dit: "J'ai péché volontairement contre l'espérance, à chaque heure du jour, depuis deux ans ", j'aurai tout dit. L'espérance! Je l'avais tenue morte entre mes bras, par l'affreux soir d'un mars venteux, désolé... j'avais senti son dernier souffle sur ma joue, à une place que je sais. Voilà qu'elle m'est rendue. Non pas prêtée cette fois, mais donnée. Une espérance bien à moi, rien qu'à moi, qui ne ressemble pas plus à ce que les philosophes nomment ainsi, que le mot amour ne ressemble à l'être aimé. Une espérance qui est comme la chair de ma chair. Cela est inexprimable. Il faudrait des mots de petit enfant.

Je voulais vous dire ces choses dès ce soir. Il le fallait. Et puis, nous n'en parlerons plus, n'est-ce pas? plus jamais! Ce mot est doux. Jamais. En l'écrivant, je le prononce tout bas, et il me semble qu'il exprime d'une manière merveilleuse, ineffable, la paix que j'ai reçue de vous.

J'ai glissé cette lettre dans mon Imitation, un vieux livre qui appartenait à maman, et qui sent encore la lavande qu'elle mettait en sachet dans son linge, à l'ancienne mode. elle ne l'a pas lu souvent, car les caractères sont petits et les pages d'un papier si fin que ses pauvres doigts, gercés par les lessives, n'arrivaient pas à les tourner.

Jamais... plus jamais... Pourquoi cela?... C'est vrai que ce mot est doux. 

Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne (coll. Livre de poche/LGF, 1975)

Claude Laydu, dans: Journal d'un curé de campagne, Robert Bresson (1950)

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02/04/2015

La citation du jour - 250 / Georges Bernanos

Georges Bernanos

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Qui n'a pas vu la route de l'aube, entre ses deux rangées d'arbres, toute fraîche, toute vivante, ne sait pas ce que c'est que l'espérance.

Georges Bernanos, Monsieur Ouine (Castor Astral, 2008)

image: Curio, Tessin / Suisse (2011)

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15/09/2014

La citation du jour - 125 / Georges Bernanos

Georges Bernanos

littérature,roman,citations,livres

Le diable, c'est l'ami qui ne reste jamais jusqu'au bout.

Georges Bernanos, Monsieur Ouine (Castor Astral, 2008)

image: Eric Armusik, The Temptation of Christ / detail (artsyhome.com)

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13/06/2014

Georges Bernanos

Georges Bernanos

littérature,roman,livres

Certains chefs d’œuvres sont indisponibles depuis de longues années. Parmi ceux-ci, heureusement, il en est un récemment réédité, soit la Nouvelle histoire de Mouchette de Georges Bernanos.

Tragédie du mal sous toutes ses formes – conformisme social, matérialisme, violence ou mensonge – ce roman nous dévoile le destin de Mouchette, une jeune fille de 14 ans, confrontée à l’indifférence de sa famille : une mère à l’agonie, un père et ses grands frères qui cherchent dans l’ivresse à oublier leur condition misérable. A la faveur d’une tempête, rentrant de l'école, elle s'égare en forêt et croise le chemin d’Arsène le braconnier qui l'accueille, puis la séduit et sous l'emprise de l'alcool, abuse d’elle. Seule, rejetée dans cet environnement qui ne lui fait aucun cadeau – même son institutrice la livre aux moqueries de ses camarades de classe – elle choisit, pour en finir avec le désespoir, la honte et le dégoût qui submergent son innocence perdue, de mettre fin à ses jours.

De toute évidence, ce texte écrit en 1937, transposé dans un contexte plus universel, incite à penser que Mouchette est le visage de la France humiliée, bafouée, en proie à la folie des hommes - leur lâcheté, leur mépris - comme si seule une grâce divine saurait illuminer les ténèbres insinuées dans la moindre des réalités.

Bien des années plus tard, ce roman conserve un étonnant pouvoir de colère, de révolte, de fraternité douloureuse. Dans un autre décor social aussi glaçant que celui qui précède, on peut déceler aujourd’hui dans le drame de Mouchette, l’insupportable vérité des nouveaux pauvres, des exclus de la société, des victimes de la consommation, désormais jugés encombrants ou pire, inutiles … 

Ne manquez pas le film de Robert Bresson, Mouchette, réalisé en 1967 d'après l'oeuvre de Georges Bernanos avec la bouleversante Nadine Nortier. Un des dix plus beaux films de tous les temps! En prime, le Magnificat de Claudio Monteverdi, contrepoint saisissant à la noirceur de l'adaptation cinématographique.

Georges Bernanos, Nouvelle histoire de Mouchette (Le Castor Astral, 2009)

image: Nadine Nortier, dans: Robert Bresson, Mouchette (1967)

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28/03/2014

Chemins de traverse - 47 / Georges Bernanos

Georges Bernanos

littérature,roman,extraits,livres

La joie du jour, le jour en fleur, un matin d'août, avec son humeur et son éclat, tout luisant - et déjà, dans l'air trop lourd, les perfides aromates d'automne - éclatait à chaque fenêtre de l'interminable véranda aux vitraux rouges et verts. C'était la joie du jour, et par on ne sait quelle splendeur périssable, c'était aussi la joie d'un seul jour, le jour unique, si délicat, si fragile dans son implacable sérénité, où paraît pour la première fois à la cime ardente de la canicule, la brume insidieuse traînant encore au-dessus de l'horizon et qui descendra quelques semaines plus tard sur la terre épuisée, les prés défraîchis, l'eau dormante, avec l'odeur des feuillages taris.

De son pas juste et léger, rarement hâtif, la jeune fille traversa toute cette lumière, et ne s'arrêta que dans l'ombre du vestibule, les volets clos. Elle écoutait battre son coeur et ce n'était assurément ni de terreur ni de vaine curiosité, car depuis des semaines et des semaines, sans qu'elle y prît garde peut-être, chaque heure de sa vie était pleine et parfaite, et il lui semblait que toutes ses forces ensemble n'y eussent rien ajouté ni moins encore retranché... C'étaient les heures de jadis, si pareilles à celles de l'enfance, et il n'y manquait même pas la merveilleuse attente qui lui donnait autrefois l'illusion de courir à perdre haleine au bord d'un abîme enchanté. Délices profondes, plus secrètes qu'aucun battement de coeur profond! Au flanc des Pyrénées, sur un sentier vertigineux, regardant par la portière du coche le gouffre rose où tournent les aigles, la petite fille préférée de sainte Thérèse s'écrie joyeusement: Je ne puis tomber qu'en Dieu! C'étaient les heures de jadis peut-être, mais elle avait perdu jusqu'au goût de les retenir en passant, pour y chercher la part de joie ou de tristesse enclose, aini qu'on ouvre un fruit.

Elle avait cru d'abord, elle aurait voulu croire toujours, que l'espèce d'indifférence heureuse, ce sommeil heureux du désir, n'était rien d'autre que la miraculeuse insouciance des enfants, leur pureté... Bien avant qu'elle en eût fait confidence à personne, ou même qu'elle fût capable de la concevoir clairement, la pauvreté, une pauvreté surnaturelle, fondamentale, avait brillé sur son enfance, ainsi qu'un petit astre familier, une lueur égale et douce. Si loin qu'elle remontât vers le passé, un sens exquis de sa propre faiblesse l'avait merveilleusement réconfortée et consolée, car il semblait qu'il fût en elle comme le signe ineffable de la présence de Dieu, Dieu lui-même qui resplendissait dans son coeur. Elle croyait n'avoir jamais rien désiré au-delà de ce qu'elle était capable d'atteindre, et toujours cependant, l'heure venue, l'effort avait été moins grand qu'elle n'eût osé l'imaginer, comme si l'eût miraculeusement devancée la céleste compassion.

Georges Bernanos, La joie (Castor Astral, 2011) 

image:  Marie Laurencin (nabismag.fr)

06:48 Publié dans Chemins de traverse, Georges Bernanos | Tags : littérature, roman, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg