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22/05/2017

Chemins de traverse - 566 / Sarah Hall

Sarah Hall

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De tous les états par lesquels nous passons, la solitude est peut-être le plus mal compris. La choisir est tenu pour une preuve d'irresponsabilité ou la marque d'un échec. Aux yeux de la plupart des gens, on devrait s'en garder, comme d'une maladie. A l'intérieur de la solitude, les gens voient les nombreux compartiments de la tristesse, rangés comme les cellules de la grenade. Etre évacué du monde, rejeté et oublié, est-ce cela que nous redoutons le plus? C'est pourquoi il nous faut serrer des mains, verser de l'argent, entendre des bavardages sur la société, sur notre famille, sur nous-mêmes. Il nous faut emprunter des portes, appuyer sur les boutons des ascenseurs, échanger nos rhumes, rire et pleurer, contribuer au vacarme et à l'agitation. Il nous faut danser et chanter, et fréquenter les tribunaux. Nous sommes tenus de passer ces contrats quotidiens.

Mais si elle est embrassée, la solitude est le plus joyeux des engagements. Dans la bénédiction de ces paisibles pièces, je connais bien mieux la saveur de chaque journée. Comme je connais bien la vie! Je comprends l'eau dans son verre. A mesure qu'avance l'après-midi, des ombres se déplacent derrière les objets posés sur la table. Il y a une pointe de cannelle dans le ragoût d'agneau. Quel accord! Quelle intimité! La peinture sur le châssis du chevalet a l'épaisseur du guano sur les falaises où nichent les mouettes.

Sarah Hall, Comment peindre un homme mort (Bourgois, 2010)

image: Giorgio Morandi, Nature morte / 1960 (artduquotidien.com)

00:01 Publié dans Chemins de traverse | Tags : littérature, roman, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

19/05/2017

Chemins de traverse - 565 / Dante Alighieri

Dante Alighieri

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S’il plaît à Celui par qui toutes les choses vivent, que ma vie dure encore quelques années, j’espère dire d’elle ce qui jamais ne fut dit d’aucune. Et puis qu’il plaise à Celui qui est Sire de la courtoisie que mon âme puisse aller voir la gloire de sa dame, c’est-à-dire de cette Béatrice bénie laquelle glorieusement contemple la face de Celui qui est per omnia saecula benedictus.

Dante Alighieri, Vita Nova (coll. Poésie/Gallimard, 1974)

Michael Parks, Dante et Béatrice (renclassic.ru)

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18/05/2017

Chemins de traverse - 564 / Abdelhafid Baoune

Abdelhafid Baoune

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Le plus beau de mes poèmes
sera celui qui pénètrera votre coeur
telle une épée bien aiguisée
et où mes mots
vous auront soulagé
de vos maux.

Le plus beau de mes poèmes
sera celui que vous aimerez
ou que vous chanterez
et que tout le monde fredonnera.
Et si la mort m'emportait
je reposerais en paix
car je saurais que vous lisez,
que vous chantez
ce que je vous aurai laissé.

Abdelhafid Baoune, Ecrits d'un passant (Société des Ecrivains, 2009)

image: Isabelle Cochereau, Les douceurs (https://frankzumbach.wordpress.com)

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15/05/2017

Chemins de traverse - 563 / Louis Aragon

Louis Aragon

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J'entends j'entends le monde est là
Il passe des gens sur la route
Plus que mon cœur je les écoute
Le monde est mal fait mon cœur las

Faute de vaillance ou d'audace
Tout va son train rien n'a changé
On s'arrange avec le danger
L'âge vient sans que rien se passe

Au printemps de quoi rêvais-tu
On prend la main de qui l'on croise
Ah mettez les mots sur l'ardoise
Compte qui peut le temps perdu

Tous ces visages ces visages
J'en ai tant vu des malheureux
Et qu'est-ce que j'ai fait pour eux
Sinon gaspiller mon courage

Sinon chanter chanter chanter
Pour que l'ombre se fasse humaine
Comme un dimanche à la semaine
Et l'espoir à la vérité

J'en ai tant vu qui s'en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère

J'entends leurs pas j'entends leurs voix
Qui disent des choses banales
Comme on en lit dans le journal
Comme on en dit le soir chez soi

Ce qu'on fait de vous hommes femmes
O pierre tendre tôt usée
Et vos apparences brisées
Vous regarder m'arrache l'âme

Les choses vont comme elles vont
De temps en temps la terre tremble
Le malheur au malheur ressemble
Il est profond profond profond

Vous voudriez au ciel bleu croire
Je le connais ce sentiment
J'y crois aussi moi par moments
Comme l'alouette au miroir

A vous comme les grains de sable
Comme le sang toujours versé
Comme les doigts toujours blessés
Ah je suis bien votre semblable

J'aurais tant voulu vous aider
Vous qui semblez autres moi-même
Mais les mots qu'au vent noir je sème
Qui sait si vous les entendez

Tout se perd et rien ne vous touche
Ni mes paroles ni mes mains
Et vous passez votre chemin
Sans savoir ce que dit ma bouche

Votre enfer est pourtant le mien
Nous vivons sous le même règne
Et lorsque vous saignez je saigne
Et je meurs dans vos mêmes liens

Quelle heure est-il quel temps fait-il
J'aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile

C'est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettez avec en terre
Comme une étoile au fond d'un trou.

Louis Aragon, Le discours à la première personne, dans: Les poètes (coll. Poésie/Gallimard, 1976)

image: https://cordeamapola.wordpress.com

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13/05/2017

Chemins de traverse - 562 / Platon

Platon

littérature,philosophie,extraits,livres

Si la vie vaut la peine d'être vécue, c'est à ce moment: lorsque l'humain contemple la Beauté en soi.

Platon, Le banquet (coll. GF/Flammarion, 2016)

image: http://media.commentfaiton.com

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12/05/2017

Chemins de traverse - 561 / Pascal Quignard

Pascal Quignard 

littérature,essai,extraits,livres

Il faut prendre exemple sur les chats qui avancent prudemment leurs coussinets sur les gouttières des toits. Il faut regarder comment ils s’arquent pour bondir avant d’atteindre le toit suivant. Moitié hardi, moitié craintif. Cette prudence est toute la politique du monde.

Pascal Quignard, La barque silencieuse (coll. Folio/Gallimard, 2011)

image: petitalan-photodujour.over-blog.com

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11/05/2017

Chemins de traverse - 16 / Marie Noël

Marie Noël

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Il arrive que nous cherchons, dans notre ami, la consolation et qu'elle ne s'y trouve pas aujourd'hui. Il arrive que nous ayons soif et que la tendresse de notre ami oublie aujourd'hui de nous donner à boire. C'est que la source de douceur humaine n'est pas inépuisable. Le consolateur a, comme nous, ses heures de sécheresse. Celui qui nous donne la force manque aujourd'hui de force. Celui qui relève notre joie est tombé, aujourd'hui, de sa joie.

Comprenons-le. Ayons compassion à notre tour de cette pauvreté. N'exigeons rien. Ne réclamons pas sans cesse de l'amitié, de la bonté, le plus dont elle est capable mais soyons toujours reconnaissant pour le moins dont elle dispose, le peu qu'elle a et nous donne. Et sachons attendre. L'instant vient où la grâce de l'ami lui sera et nous sera rendue. 

Marie Noël, Notes intimes, dans: Vives Flammes no 273: La douceur (Ed. du Carmel, 2008)

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09/05/2017

Chemins de traverse - 560 / Paul Valéry

Paul Valéry

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Si un oiseau savait dire précisément ce qu’il chante, pourquoi il le chante, et quoi, en lui, chante, Il ne chanterait pas.

Paul Valéry, Choses tues (Pagine d'Arte, 2016)

image: http://moineaudeparis.com

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