Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/07/2017

Morceaux choisis - 700 / Philippe de Jésus-Marie

Philippe de Jésus-Marie

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

L'espérance est la vertu du pèlerin, de l'homme en chemin: homo viator. Elle est, en creux, la marque, l'empreinte d'un don, d'un accomplissement que l'homme attend. Elle est tension vers une promesse dont il attend la pleine réalisation. Cette fin que l'homme poursuit, si elle est à l'origine de son pèlerinage, est tout autant à son origine. La fin est toujours première dans nos décisions, dans nos déplacements. L'espérance est le moteur, le mobile de notre marche. La mystérieuse raison qui me donne de faire aujourd'hui un pas de plus, quoiqu'il m'en coûte... Elle est comme un moteur à deux temps: celui de la perception du bien désiré et celui de la tension mise en oeuvre pour obtenir ce bien.

Dieu est le bien absolu désiré, le seul bien capable de rassasier notre désir. Et comme ce bien ne saurait être saisi, poursuivi par nos forces naturelles, il ne peut être obtenu que par l'oeuvre de Dieu en nous, par Sa grâce. Espérer, pour un chrétien, c'est attendre Dieu de Dieu Lui-même. C'est laisser Dieu le soulever au-delà de tous ses espoirs humains! Le pape Benoît XVI rappelait cette puissance de l'espérance théologale dans son encyclique Spe Salvi: Nous avons besoin des espérances - des plus petites aux plus grandes - qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin. Mais sans la grande espérance qui doit dépasser tout le reste, elles ne suffisent pas. Cette grande espérance ne peut être que Dieu seul, qui embrasse l'univers, et qui peut nous proposer et nous donner ce que, seuls, nous ne pouvons atteindre. 

L'espoir habite peu ou prou le coeur de chaque homme en l'engageant à marcher vers un lendemain meilleur, ou à travailler pour la réalisation de ses projets. Son dynamisme provient d'une tension vers l'avenir, vers ce qui n'est pas encore: le creux de l'espérance est toujours là qui le taraude. L'espérance théologale, elle, est habitée par un dynamisme beaucoup plus mystérieux et profond, qui est celui de la vie surnaturelle. Celle-ci ne se déploie pas de manière linéaire selon l'axe du temps, mais elle est accueil d'un mystère toujours nouveau: celui de l'éternité qui advient dans le temps, celui de Dieu qui se donne à l'homme, celui de l'infini qui se déploie dans notre finitude. L'espérance est donc, comme Dieu, du côté du nouveau, de l'inouï, du perpétuel renouvellement, aux antipodes du mal, de la répétition, de la monotonie, et donc du désespoir...

Si paradoxal que cela paraisse, l'espérance surnaturelle consiste avant tout à ne pas songer à l'avenir. Car l'avenir est la patrie de l'irréel, de l'imaginaire. Le bien que nous attendons de Dieu réside dans l'éternel, non dans l'avenir. Et le présent seul donne accès à l'éternel. Se réfugier dans l'avenir, c'est désespérer du présent, c'est préférer un mensonge à la réalité que Dieu nous envoie goutte à goutte chaque jour. (Charles Péguy, Le porche du mystère de la deuxième vertu)

Philippe de Jésus-Marie, L'espérance ou la petite fille en chemin / extraits, dans: Vives Flammes no 305 - L'espérance (Ed. du Carmel, 2016)

image: http://www.dissapore.com

Chemins de traverse - 599 / Abdellatif Laâbi

Abdellatif Laâbi

littérature,essai,extraits,livres 

Côté ténèbres: les visages de la barbarie d'aujourd'hui sont peut-être différents de ceux d'hier. Mais la barbarie, dans son essence, n'a pas changé. Les peuples qui viennent de mettre à bas la statue d'un tyran peuvent dès le lendemain acclamer un nouveau tyran. 

Côté lumière: un peuple qui semble soumis aujourd'hui, acceptant toutes les avanies, peut s'insurger demain et revendiquer des libertés inconcevables auparavant. L'égoïsme, l'indifférence, la fermeture de l'esprit peuvent, dans des circonstances déterminées, voler en éclats pour faire place à l'altruisme, l'attention à autrui, l'accueil bienveillant de la différence.

La dualité est en nous, en chacun  de nous. Ce qui compte, c'est la vigilance, le travail incessant de l'esprit, la reconstruction permanente de la pensée qui peut combattre efficacement l'assoupissement des consciences et le flux rampant des obscurantismes. 

Abdellatif Laâbi, Entretien avec Frank Barat, dans: Ecrits 1982-2016 (Editions de la Différence, 2017)

00:05 Publié dans Chemins de traverse | Tags : littérature, essai, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

24/07/2017

La citation du jour - 684 / Jean de la Croix

Jean de la Croix 

littérature,spiritualité,citations,livres

Au nom de son Epoux, prenons l’âme altérée par la main, et répondons à sa question en lui montrant le lieu précis où Il se cache, le lieu où elle Le trouvera d’une manière certaine, et avec autant de perfection, de suavité, qu’il se peut en cette vie.

Jean de la Croix, Cantique spirituel B, dans: Oeuvres complètes (Cerf, 1990)

image: Carmel du Pâquier, Suisse (http://carmel-lepaquier.com)

00:02 Publié dans Citation du jour, Jean de la Croix | Tags : littérature, spiritualité, citations, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

Chemins de traverse - 598 / Colette

Sidonie-Gabrielle Colette

littérature,récit,extraits,livres 

Autrefois, le rossignol ne chantait pas la nuit. Il avait un gentil filet de voix et s'en servait avec adresse du matin au soir, le printemps venu. Il se levait avec les camarades, dans l'aube grise et bleue, et leur éveil effarouché secouait les hannetons endormis à l'envers des feuilles de lilas. Il se couchait sur le coup de sept heures, sept heures et demie, n'importe où, souvent dans les vignes en fleurs qui sentent le réséda, et ne faisait qu'un somme jusqu'au lendemain.

Une nuit de printemps, le rossignol dormait debout sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête inclinée, comme avec un gracieux torticolis. Pendant son sommeil, les cornes de la vigne, ces vrilles cassantes et tenaces, dont l'acidité d'oseille fraîche irrite et désaltère, les vrilles de la vigne poussèrent si dru, cette nuit-là, que le rossignol se réveilla ligoté, les pattes empêtrées de liens fourchus, les ailes impuissantes... Il crut mourir, se débattit, ne s'évada qu'au prix de mille peines, et de tout le printemps se jura de ne plus dormir, tant que les vrilles de la vigne pousseraient. Dès la nuit suivante, il chanta pour se tenir éveillé: Tant que la vigne pousse, pousse, pousse... Je ne dormirai plus! Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...

Il varia son thème, l'enguirlanda de vocalises, s'éprit de sa voix, devint ce chanteur éperdu, enivré et haletant, qu'on écoute avec le désir insupportable de le voir chanter. J'ai vu chanter un rossignol sous la lune, un rossignol libre et qui ne se savait pas épié. Il s'interrompt parfois, le col penché, comme pour écouter en lui le prolongement d'une note éteinte... Puis il reprend de toute sa force, gonflé, la gorge renversée, avec un air d'amoureux désespoir. Il chante pour chanter, il chante de si belles choses qu'il ne sait plus ce qu'elles veulent dire. Mais moi, j'entends encore à travers les notes d'or, les sons de flûte grave, les trilles tremblés et cristallins, les cris purs et vigoureux, j'entends encore le premier chant naïf et effrayé du rossignol pris aux vrilles de la vigne: Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...

Collette, Les vrilles de la vigne (coll. Livre de poche/LGF, 2004)

image: Laurent Brun, Rossignol (decographe.com)

00:00 Publié dans Chemins de traverse | Tags : littérature, récit, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

23/07/2017

La citation du jour - 57 / Maurice Zundel

Maurice Zundel

1.jpg

Le sacrement de la présence réelle est le refuge de la contemplation, le ferment de la charité, l'ostensoir de l'humilité, le symbole de l'unité de l'Eglise, la fontaine de miséricorde et le sceau de la paix.

Maurice Zundel, Le vrai monde n'est pas encore (Editions du Jubilé, 2011)

image: http://paref2520.ch

00:02 Publié dans Citation du jour, Maurice Zundel | Tags : littérature, spiritualité, citations, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

Une étreinte de feu - 291 / Gabriel de Sainte Marie-Madeleine

Gabriel de Sainte Marie-Madeleine 

littérature,spiritualité,prières,livres

Je le confesse, Seigneur, et Vous le savez déjà, je suis bien loin de désirer, comme les Saints, l'oubli, l'indifférence des créatures, moi qui me sers souvent spontanément de petits artifices pour me faire remarquer, me mettre en évidence. Mais Vous le savez, mon Jésus, je suis malade, et Vous savez aussi que je veux guérir en modelant ma vie sur la Vôtre. C'est seulement pour Vous ressembler que je puis accepter et aimer l'effacement; c'est uniquement pour mériter Votre amour, Vos regards, Votre intimité, que je puis renoncer à la bienveillance, à l'estime des créatures... O Jésus, augmentez donc mon désir de vivre uniquement pour Vous, - et il me sera doux de vivre ignoré des hommes. 

Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, Intimité divine, vol. I (Ed. du Carmel, 1963)

image: Our Lady of Mount Carmel and the Child Jesus (carmelourladysdovecote.wordpress.com)

00:01 Publié dans Une étreinte de feu / Prières | Tags : littérature, spiritualité, prières, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

22/07/2017

La citation du jour - 683 / Raymond Léopold Bruckberger

Raymond Léopold Bruckberger

12.jpg

Marie-Madeleine a toujours exaspéré certaines catégories de gens. Aujourd’hui, elle exaspère les puritains, les intellectuels et les exégètes, comme jadis elle a exaspéré les pharisiens et, parmi les apôtres, Judas. Elle est trop grande, elle est trop près du Christ, elle comprend trop bien tout, elle aime trop, elle ne dit rien pourtant ou presque, mais elle offusque, elle scandalise. D’ailleurs, elle ne scandalise pas que les pharisiens ou les prêtres, par-dessus tout elle porte sur les nerfs des médiocres. Elle voit grand, elle aime grand, elle ne frappe qu’aux portes dont le marteau est à hauteur de cavaliers.

Raymond Léopold Bruckberger, Histoire de Jésus-Christ (Dominique Martin Morin, 1998)

image: Hans Memling, Marie-Madeleine / Musée du Louvre, Paris - France (christiandoumergue.com)

00:04 Publié dans Citation du jour | Tags : littérature, spiritualité, livres, citations | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

Morceaux choisis - 699 / Thérèse de Jésus

Thérèse de Jésus (Thérèse d'Avila)

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

Si favorisée que soit une âme, mon sentiment est qu'il ne serait pas sûr pour elle d'oublier le temps où elle s'est trouvée en misérable état. Ce souvenir,  si pénible soit-il, est avantageux à bien des points de vue. Mais c'est peut-être parce que j'ai été pécheresse que j'en juge ainsi, et c'est pour cela que ma pensée se reporte sans cesse de ce côté. Celles qui auront mené une vie vertueuse n'auront pas les mêmes regrets, bien qu'à vrai dire nous fassions toujours des fautes tant que nous sommes dans ce corps mortel.

Cette peine n'est nullement adoucie par la pensée que Notre-Seigneur nous a pardonné nos péchés et les a mis en oubli; elle augmente, au contraire, à la vue d'une bonté qui ne se lasse pas d'accorder des faveurs à une âme qui n'a mérité que l'enfer. Ce dut être là, je pense, un grand martyre pour saint Pierre et la Madeleine. Brûlant d'un si ardent amour, favorisés de tant de grâces, comprenant la grandeur et la majesté de Dieu, pareille vue devait leur être terrible et faire naître en eux les plus tendres regrets.

Thérèse d'Avila, Le château intérieur, dans: Oeuvres complètes (Cerf, 1995)

image: Carmel du Reposoir, France (service-des-moniales.cef.fr)