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08/05/2017

Chemins de traverse - 559 / Jacques Ancet

Jacques Ancet

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Et pourtant, je reviens, et comment l’expliquer malgré tant de raisons d’abandonner, tant de raisons de s’enfermer, de disparaître, je reviens comme après un jour de pluie dans le ciel obscur, la lumière soudain, et tout semble recommencer, les tasses brillent, le bois de la table, et sur la vitre un grand morceau de bleu où s’entrecroisent les branches noires, un contre-jour où tu es là, et quand même, je dis oui au sourire, à la tendresse, à toutes ces années et leur ombre portée, oui à ce trop peu de temps qui reste, alors je reviens, je me dépêche, je me dépêche pour chaque objet, la chaise, la table, le fauteuil, le tapis, pour le jaune des pommes, le vert de l’hibiscus et du lierre, pour le livre entr’ouvert, le frémissement des feuilles, pour le mystère de ces deux-là, devant leur café, le brouhaha des voix, les soupirs du percolateur, le jour qui tombe et le clin d’oeil des lampes, pour le matin de la blancheur et du givre, du bleu pâle des yeux au milieu des images, pour le vent qu’on ne voit pas et qu’on voit pourtant dans les arbres secoués ou la dérive des nuages, et qu’on entend, parfois, c’est un soupir comme glissé sous le silence, une sorte de voix sans mots qu’on écoute un instant, mais elle s’est tue, et comment la retrouver dans l’indescriptible désordre du monde, dans cet infini de visages d’une même force sans visage, et ce n’est pas moi, c’est elle qui revient, même si je ne l’entends plus, comme le vent, elle est là, elle m’enveloppe, me traverse, elle pousse mes mots comme des feuilles, les disperse, les réunit en figures improbables…

Jacques Ancet, Chant III / extrait, dans : Ode au recommencement 2007-2008 (jacques.ancet.pagesperso-orange.fr)

Image : Orianne (https://riendetelque.wordpress.com)

00:01 Publié dans Chemins de traverse | Tags : littérature, poésie, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

Commentaires

"...Je dis oui au sourire, à la tendresse, à toutes ces années et leur ombre portée, oui à ce trop peu de temps qui reste..."
Quel beau texte, très poétique!

Écrit par : Véra Kretz | 08/05/2017

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