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31/12/2016

Morceaux choisis - 97 / Augustin d'Hippone

Augustin d'Hippone 

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres

En marchant par la foi, faisons le bien, et pour faire le bien, ayons envers Dieu une affection gratuite et envers le prochain une affection bienfaisante. Nous n'avons rien à donner à Dieu, mais nous pouvons donner au prochain, et nous mériterons, en lui donnant, de posséder Celui qui est l'abondance même. Que chacun donc donne ce qu'il a; que chacun verse dans le sein de l'indigent ce qu'il a de superflu. L'un a de l'argent; qu'il nourrisse le pauvre, donne des vêtements à qui n'en a pas, bâtisse une église, fasse enfin avec son argent tout le bien qu'il peut faire. Un autre a de la prudence; qu'il dirige son prochain et dissipe, à la lumière de la piété, les ombres du doute. Un autre encore est instruit; qu'il puise dans les trésors du Seigneur, qu'il distribue de quoi vivre à ses collègues dans le service de Dieu; qu'il affermisse les fidèles, ramène les égarés, cherche ceux qui sont perdus et fasse enfin tout ce qu'il peut. Les pauvres mêmes peuvent se donner l'un à l'autre. Que celui-ci prête ses pieds au boiteux, que celui-là serve de guide à l'aveugle; que l'un visite les malades et que l'autre ensevelisse les morts. Ces services sont à la portée de tous, et il serait fort difficile de rencontrer quelqu'un qui n'eût rien à donner.

Saint Augustin, Sermon XCI, dans: Sermons sur l'Ecriture (coll. Bouquins/Laffont, 2014)

image: Juste de Gand et Berruguete Pedro, Saint Augustin (fr.muzeo.com)

Convergences musicales - 225 / Bob Dylan

Bob Dylan

"The Times They Are A-Changin"

1.jpg

Come gather around people
Wherever you roam
And admit that the waters
Around you have grown
And accept it that soon
You'll be drenched to the bone
And if your breath to you is worth saving
Then you better start swimming or you'll sink like a stone
For the times they are a-changing

Come writers and critics
Who prophesize with your pen
And keep your eyes wide
The chance won't come again
And don't speak too soon
For the wheel's still in spin
And there's no telling who that it's naming
For the loser now will be later to win
Cause the times they are a-changing

Come senators, congressmen
Please heed the call
Don't stand in the doorway
Don't block up the hall
For he that gets hurt
Will be he who has stalled
There's the battle outside raging
It'll soon shake your windows and rattle your walls
For the times they are a-changing

Come mothers and fathers
Throughout the land
And don't criticize
What you can't understand
Your sons and your daughters
Are beyond your command
Your old road is rapidly aging
Please get out of the new one if you can't lend your hand
Cause the times they are a-changing

The line it is drawn
The curse it is cast
The slowest now
Will later be fast
As the present now
Will later be past
The order is rapidly fading
And the first one now will later be last
Cause the times they are a-changing.


Texte et musique: Bob Dylan

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Chemins de traverse - 46 / Maurice Chappaz

Maurice Chappaz

Maurice Chappaz 2.gif

Je voudrais que les baisers
remplacent les chants d'oiseaux.
Qu'ils pépient dès l'aube
sur tes joues, tes paupières.
Je voudrais que la nuit
remplace le jour,
que la prière
remplace le travail,
que le silence
remplace les paroles.
Je voudrais que l'éternité
remplace cette vie
ne serait-ce qu'un instant.

Maurice Chappaz, Tendres campagnes (Fata Morgana, 2005)

00:05 Publié dans Chemins de traverse | Tags : littérature, poésie, extraits, livres | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

Une étreinte de feu - 252 / Alexandre Sojénitsyne

Alexandre Sojénitsyne

littérature,spiritualité,prières,livres 

Comme il m'est facile de vivre avec Toi, Seigneur! Comme il m'est facile de croire en Toi! Lorsque mon esprit tombe dans la perplexité ou se tait, accablé; lorsque les gens les plus intelligents ne voient pas plus loin que le soir d'aujourd'hui et ne savent pas ce qu'il faudra faire demain, Tu me donnes la claire confiance que Tu existes et que Tu as souci que toutes les routes vers le bien ne soient pas fermées. Par-dessus les cimes de la gloire terrestre, je regarde avec étonnement ce chemin que jamais je n'aurais pu inventer moi-même, ce chemin merveilleux au-delà du désespoir, là d'où, moi aussi, je pourrai envoyer à l'humanité un reflet de Ta lumière. Et ce qu'il faudra que je leur dise moi-même, Tu me le donneras, et si je n'y parviens pas, cela veut dire que Tu en as destiné d'autres pour cela. Oui, Seigneur, toutes nos vies sacrifiées, nos vies boiteuses, nos gémissements et nos larmes, tout cela ne donnera-t-il pas une beauté éternelle et achevée? Je sens avec tant de clarté que ce qu'il y a en moi n'est pas encore tout moi. Je sens quelque chose de très indestructible, quelque chose de très, très haut: Quelque chose comme un éclat de l'Esprit universel!

Alexandre Soljénitsyne, dans: François Varillon, Joie de croire - Joie de vivre (Centurion, 1981)

Relire... Les Confessions - 14

Augustin d'Hippone

Relire... Les Confessions - XIV

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres 

Pourquoi partir? Pourquoi m'en aller? Tu le savais, Dieu, mais Tu ne l'as indiqué ni à moi ni à ma mère qui a versé des pleurs atroces sur mon départ. Elle m'a accompagné jusqu'à la mer. J'ai dû ruser avec elle quand elle s'est violemment accrochée à moi pour me supplier de rester ou de l'emmener. J'ai inventé un ami que je ne pouvais quitter sous prétexte que nous attendions le vent ensemble pour naviguer. J'ai menti à une mère, à cette mère-là, et j'ai fui. Et là encore Tu m'as épargné. Tu m'as évité par amour de sombrer dans les eaux de la mer, moi qui étais si lourd d'exécrables déchets, pour me laver dans Ton eau protectrice et assècher les torrents de larmes des yeux de ma mère. A cause de moi, chaque jour, elle baignait devant Toi de ses larmes la terre sous ses yeux. Elle m'a attendu, pleuré et prié. Et pour Te demander quoi, mon Dieu, avec tant de larmes? De ne pas me laisser prendre la mer. Mais dans Ta grande sagesse, et tout en accédant à quelque chose d'essentiel de son désir, sans toutefois répondre vraiment à son attente, Tu as fait de moi ce qu'elle avait toujours attendu. 

Le vent s'est levé. Il a gonflé nos voiles. Le rivage a disparu du champ de notre vision. Abandonnée au petit matin, ma mère, folle de douleur, a déversé dans Tes oreilles plaintes et gémissements. Tu les as négligés. Tu m'avais enlevé en Te servant de mon ambition pour mettre fin précisément à cette ambition. Et le souhait humain de ma mère, Tu l'as étrillé d'une douleur cinglante et juste. Elle aimait que je sois près d'elle, comme toutes les mères, et plus encore que beaucoup d'entre elles. Mais elle était inconsciente des joies que Tu retirerais pour elle de mon absence. Inconsciente, elle pleurait et se lamentait. Cette torture en a fait l'héritière d'Eve. Elle a cherché dans les gémissements ce qu'elle avait enfanté dans les gémissements. Mais après avoir accusé ma duplicité et ma cruauté, elle recommençs à intercéder pour moi auprès de Toi.

Elle a disparu dans son ordinaire et moi à Rome.

Saint Augustin, Les aveux / Les confessions (P.O.L, 2013)

image: Saint Augustin et le mystère de la sainte Trinité, Eglise catholique du Tarn / France (catholique-tarn.cef.fr)

30/12/2016

Chemins de traverse - 502 / Jules Supervielle

Jules Supervielle

littérature,poésie,extraits,livres

Je vous vois aller et venir sur le tremblement de la Terre
Comme aux premiers jours du monde,
mais grande est la différence.
Mon oeuvre n'est plus en moi, je vous l'ai toute donnée.
Hommes, mes bien-aimés,
je ne puis rien dans vos malheurs,
Je n'ai pu que vous donner votre courage et les larmes,
C'est la preuve chaleureuse de l'existence de Dieu.

L'humidité de votre âme
c'est que ce qui vous reste de moi.
Je n'ai rien pu faire d'autre.
Je ne puis rien pour la mère dont va s'éteindre le fils
Sinon vous faire allumer, chandelles de l'espérance.
S'il n'en était pas ainsi, est-ce que vous connaîtriez,
Petits lits mal défendus, la paralysie des enfants.
Je suis coupé de mon oeuvre,
Ce qui est fini est lointain et s'éloigne chaque jour.

Quand la source descend du mont
comment revenir là-dessus ?
Je ne sais pas plus vous parler
qu'un potier ne parle à son pot,
Des deux il en est un de sourd,
l'autre muet devant son oeuvre
Et je vous vois avancer vers d'aveuglants précipices
Sans pouvoir vous les nommer,

Et je ne peux vous souffler
comment il faudrait s'y prendre,
Il faut vous en tirer tout seuls
comme des orphelins dans la neige.
Et je me dis chaque jour au delà d'un grand silence:
Encore un qui fait de travers
ce qu'il pourrait faire comme il faut,
Encore un qui fait faux pas
pour ne pas regarder où il doit.
Et cet autre
qui se penche beaucoup trop sur son balcon,
Oubliant la pesanteur,
Et celui-là qui n'a pas vérifié son moteur,
Adieu avion, adieu homme!

Je ne puis plus rien pour vous, hélas si je me répète
C'est force d'en souffrir.
Je suis un souvenir qui descend,
vous viviez dans une espérance.
Secoué par les prières et les blasphèmes des hommes,
Je suis partout à la fois
et ne peux pas me montrer,
Sans bouger je déambule
et je vais de ciel en ciel,
Je suis l'érrant en soi-même,
et le grouillant solitaire,
Habitué des lointains, je suis très loin de moi-même,
Je m'égare au fond de moi
comme un enfant dans les bois,
Je m'appelle, je me hale, je me tire vers mon centre.

Homme, si je t'ai créé c'est pour y voir un peu clair.
Et pour vivre dans un corps
moi qui n'ai mains ni visage.
Je veux te remercier de faire avec sérieux
Tout ce qui n'aura qu'un temps
sur la Terre bien-aimée,
O mon enfant, mon chéri, ô courage de ton Dieu,
Mon fils qui t'en es allé courir le monde à ma place
A l'avant-garde de moi dans ton corps si vulnérable
Avec sa grande misère.
Pas un petit coin de peau
Où ne puisse se former la profonde pourriture.
Chacun de vous sait faire un mort
sans avoir eu besoin d'apprendre,
Un mort parfait qu'on peut tourner et retourner
dans tous les sens,
Où il n'y a rien à redire.

Dieu vous survit,
lui seul survit entouré par un grand massacre
D'hommes, de femmes et d'enfants.
Même vivants,
vous mourez un peu continuellement,
Arrangez-vous avec la vie,
avec vos tremblantes amours.

Vous avez un cerveau,
des doigts pour faire le monde à votre goût,
Vous avez des facilités pour faire vivre la raison
Et la folie en votre cage,
Vous avez tous les animaux
qui forment la Création,
Vous pouvez courir et nager
comme le chien et le poisson,
Avancer comme le tigre
ou comme l'agneau de huit jours,
Vous pouvez vous donner la mort
comme le renne, le scorpion,
Et moi je reste l'invisible,
l'introuvable sur la Terre,
Ayez pitié de votre Dieu
qui n'a pas su vous rendre heureux,
Petites parcelles de moi,
ô palpitantes étincelles,
Je ne vous offre qu'un brasier
où vous retrouverez du feu.

Jules Supervielle, Tristesse de Dieu - La fable du monde, dans: Choix de poèmes (Gallimard, 1947)

image: Sandra Ovono, Retour de pêche (http://sandraovono.com)

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Morceaux choisis - 597 / Francine Carrillo

Francine Carrillo

littérature,spiritualité,morceaux choisis,livres 

C'est une histoire de toujours, une histoire de tous les jours où le mot de la fin n'attend pas demain. C'est une histoire d'amandier, une histoire d'été qui fleurit sous la neige en lumineux arpèges. C'est une histoire de lueur, une histoire de douceur qui se raconte à fleur de peau, là où le silence éclôt. C'est l'histoire d'un sourire né à la pointe d'une étoile, pour ôter des yeux le voile et ensemencer l'avenir.

Lytta Basset, Francine Carrillo, Suzanne Schell - Traces vives (Labor et Fides, 2006)

00:02 Publié dans Lytta Basset, Morceaux choisis | Tags : littérature, spiritualité, morceaux choisis, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg

La citation du jour - 582 / Fiodor Dostoïevski

Fiodor Dostoïevski

littérature,roman,citations,livres

Il y a des instants, dit-il, ils durent cinq ou six secondes, quand vous sentez soudain la présence de l’harmonie éternelle, vous l’avez atteinte. Ce n’est pas terrestre; je ne veux pas dire que ce soit une chose céleste, mais que l’homme sous son aspect terrestre est incapable de la supporter. Il doit se transformer physiquement ou mourir. C’est un sentiment clair, indiscutable, absolu... Et une joie si immense avec ça! Si elle durait plus de cinq secondes, l’âme ne la supporterait pas et devrait disparaître. En ces cinq secondes je vis toute une vie et je donnerais pour elle toute ma vie, car elles le valent.

Fiodor Dostoïevski, Les possédés (coll. Livre de Poche/LGF, 1997)

00:01 Publié dans Citation du jour, Fiodor Dostoïevski | Tags : littérature, roman, citations, livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | Pin it! | | Digg! Digg